L’artiste de rue et designer graphique montréalais Nick Fortin a dirigé une équipe d’artistes urbains pendant cinq ans pour optimiser le réalisme du nouveau jeu vidéo d’Ubisoft, Watch Dogs Legion. Une initiative applaudie à Londres, où se déroule l’action…

Éric Clément
Éric Clément La Presse

Londres dans les années 2030. La capitale britannique est en pleine décrépitude. Y règnent violence, désordre, détresse sociale et contestations. Les services publics ont été abandonnés. Survolées par toutes sortes de drones, les rues sont en piteux état. Des factions s’y affrontent dans les quartiers pauvres. Les habitants, constamment surveillés, réclament plus de justice tandis que les riches entreprises affichent leur santé financière au travers d’immeubles luxueux.

Tel est le décor du nouveau jeu d’Ubisoft, Watch Dogs Legion, troisième de la série Watch Dogs, dans lequel l’amateur de jeux vidéo pourra, dès le 29 octobre, tenter de remettre un semblant de légalité et de paix dans la ville anglaise afin qu’elle sorte de la crise. Un jeu dont le dessin souvent vaporeux et les couleurs rendent bien l’impression de chaos.

Regardez la bande-annonce du jeu vidéo.

Pour reproduire graphiquement, et avec le plus de justesse possible, la saveur visuelle unique de l’art urbain londonien, Ubisoft a fait appel à quatre artistes de rue montréalais dont Nick Fortin, directeur artistique chez Ubisoft, qui a fait ses premiers pas dans la rue comme muraliste à l’âge de 20 ans.

Âgé de 42 ans, il a travaillé dans le secteur des effets spéciaux pour films pendant une dizaine d’années avant d’intégrer Ubisoft en 2013, tout en continuant à créer des œuvres murales, comme son Montréal Love peint en 2015 à l’intersection de la rue de Bellechasse et de l’avenue Christophe-Colomb et retouché en noir l’été dernier, en hommage au mouvement Black Lives Matter.

PHOTO FOURNIE PAR NICK FORTIN

Montréal Love de Nick Fortin

Pour Watch Dogs 2, sorti en 2016 et qui se déroule à San Francisco, Nick Fortin avait participé au graphisme pour y inclure des éléments d’art urbain de style californien. « C’était un essai, j’étais tout seul pour la recherche et la production, mais Ubisoft s’est rendu compte que cela bonifiait le jeu, dit-il. Ils ont donc décidé de créer une équipe pour monter d’un cran le street art et le branding dans Watch Dogs Legion. »

Nick Fortin a ainsi travaillé cinq ans sur Watch Dogs Legion avec Antonin Brault, Maxime Bourgeois et Filipe Aguiar, « trois artistes designers graphiques qui font aussi de l’art urbain par passion, un peu comme moi », dit-il.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Nick Fortin, directeur artistique chez Ubisoft, devant une œuvre que son équipe et lui ont récemment créée dans les locaux de l’entreprise de jeux vidéo.

Tous les quatre ont produit les murales que l’on découvre dans le jeu vidéo, mais aussi les affiches, les publicités, les logos de vêtements et tous les dessins qui apparaissent sur les murs de la ville et les vitrines. Le travail a été effectué à Montréal, mais Nick Fortin est allé deux fois à Londres pour faire sa recherche sur l’art urbain local et l’affichage, « afin de saisir la saveur de chaque quartier » et rendre les lieux crédibles, notamment les quartiers multiculturels, ou encore la pérennité de la culture punk.

« J’ai eu aussi la chance d’y rencontrer des graffiteurs locaux et surtout les vieux loups de la scène locale que sont D* Face et Ben Eine, dit-il. C’était un rêve de rencontrer ces deux piliers du street art mondial. Ils m’ont fourni des connaissances et vraiment aidé à cerner le langage visuel du street art à Londres, où ça s’en va, les couleurs utilisées, les styles, etc. Ça nous a permis d’adapter tout ça pour le jeu. »

Des images de Watch Dogs Legion

  • Watch Dogs Legion

    IMAGE FOURNIE PAR UBISOFT

    Watch Dogs Legion

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    Watch Dogs Legion

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    Watch Dogs Legion

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Watch Dogs Legion décrit une crise sociale d’une Angleterre post-Brexit. On aperçoit sur un mur un graffiti qui évoque la séparation de la Grande-Bretagne de l’Union européenne : Yes 1 Europe 0. « On est dans un futur proche donc on ne voulait pas reproduire ce qu’on retrouve à Londres aujourd’hui, mais on voulait qu’il y ait des petits clins d’œil à la réalité britannique, des choses qui vont parler à ceux qui connaissent bien Londres », dit Nick Fortin.

Les quatre artistes ont essayé de traduire l’identité de plusieurs quartiers de la ville tels que Brixton ou Camden. « Un de nos piliers était de mettre une touche de l’humour british qu’on connaît tous, qu’on sente la culture british et l’âme de Londres, dit Nick Fortin. On ne pouvait pas utiliser les noms de marques réels, mais le travail de trouver les bons mots fictifs pour qu’on sente qu’on est à Londres a donné de bons résultats, car les Anglais à qui on les a montrés étaient agréablement surpris. »

Cette première d’Ubisoft de faire appel à une équipe d’artistes urbains et de designers graphiques qui se consacre à rendre l’atmosphère réaliste d’un art urbain local dans un jeu vidéo est « un gros plus », selon Nick Fortin. C’est aussi une façon de reconnaître le talent montréalais en art urbain.

« Je pense que ça a porté ses fruits et que ce sera reconnu quand le jeu va sortir, dit-il. Les joueurs vont apprécier ce petit extra sur le plan de la qualité et de l’effort de traduire la véritable saveur de Londres. Surtout que dans le jeu, on se promène beaucoup dans la ville. Donc ça apporte énormément. Mais pour ça, si j’ai fait beaucoup de recherches, je dois mettre de l’avant la qualité de l’équipe que j’avais, car ils sont tous les trois en très grande partie responsables de la réussite de ce qu’on a accompli. »