C’est dans le cadre du projet Mural Estival que l’artiste de Québec Patrick Forchild s’est vu confier la réalisation d’une grande œuvre peinte sur le mur de l’Hôpital général juif de Montréal. La Presse l’a rencontré le rouleau à la main.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

On retrouve l’artiste peintre devant l’immense mur de béton de l’Hôpital général juif de Montréal, chemin de la Côte-Sainte-Catherine. Patrick Forchild est perché dans une nacelle à plusieurs mètres au-dessus du sol. C’est le jour 3 de son projet d’œuvre murale et déjà, il applique les couleurs.

Deux jours plus tôt, il a tracé les contours de son dessin à l’aérosol – grâce à la projection nocturne de son esquisse. « Sinon, ça m’aurait pris deux jours ! », nous dit-il. Puis, il a mis un fond blanc sur le mur de béton, pour que les couleurs « ressortent mieux après ».

L’œuvre murale contient trois accolades entremêlées. Dans la première, tout en haut et de façon bien visible, il a représenté l’étreinte de deux personnes. Qui est le soignant ? Qui est le patient ? Ce n’est pas tout à fait clair, et c’est exactement ce que souhaitait Patrick Forchild quand il a soumis cette esquisse.

Évolution de l’œuvre murale de Patrick Forchild

  • PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

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Je voulais représenter le soutien et la compassion. Je voulais souligner l’interrelation entre le personnel soignant et les patients, et ce besoin de reconnaissance des deux côtés, c’est pour ça qu’ils sont habillés de la même manière.

Patrick Forchild, muraliste

Le directeur général de Mural, Pierre-Alain Benoît, a pensé à Patrick Forchild parce qu’il le savait capable de réaliser une œuvre qui serait à la fois figurative et abstraite.

« Forchild est un artiste actif depuis longtemps, mais qui n’est pas nécessairement sur Instagram comme les plus jeunes, nous dit-il. Je trouvais que son style se prêtait bien à ce genre d’exercice. Si on regarde son travail comme muraliste, on voit bien qu’il est capable de donner vie à des personnages qui peuvent être anonymes. »

Dans ce jeu d’accolades où les corps s’entremêlent de façon plus abstraite, on voit apparaître des bras, et surtout des mains, un des dadas de Forchild, en particulier dans ce cas-ci, « pour qu’on sente le soutien ». « Les mains sont présentes dans tout ce que je fais », nous dit Forchild, qui a même un tatouage d’une main sous le coude, qui vient « supporter » son bras.

« Au départ, c’était pour perfectionner mon dessin, parce que je faisais des mains vraiment sketch, dit en riant le muraliste de Québec, connu pour sa marque Avive – collection de vêtements, dessins de skateboards et de planches à neige. Mais en arrière de ça, il y a l’idée du travail fait à la main. Je pars de rien, j’utilise mes mains. Il y a aussi beaucoup d’expression dans les mains, dans les lignes, autant que dans les visages, en fait. »

Forchild applique les couleurs au rouleau, vu que les surfaces sont assez grandes. Pour ce projet-ci, il se fait aider par un autre peintre muraliste surnommé Mort, qui a notamment peint une œuvre murale pour Belgian Moon à Toronto. Il passe la semaine avec son collègue en terre montréalaise.

Je fais mes lignes contours à l’aérosol, mais je trouve que pour peindre, le rouleau donne une texture intéressante, il y a quelque chose d’humain. Tu sens que ce n’est pas trop liché. Après avoir mis les couleurs, je vais refaire les contours en noir. Je vais avoir besoin d’une zone téteux pour peaufiner tout ça, quand ça va être terminé.

Patrick Forchild, muraliste

Ce projet avec l’Hôpital général juif de Montréal tombe pile-poil dans ses cordes. Il a enfin l’impression d’être sur son X.

« C’est ce que j’ai toujours voulu faire [des œuvres murales], nous dit l’artiste qui a multiplié les œuvres à Québec récemment. En fait, je suis passé par autre chose pour arriver à ça. Les t-shirts m’ont donné une visibilité, qui m’ont mené au milieu du skate et des planches, qui m’ont mené aux murales. Ce sont des milieux tellement créatifs, dit-il. Moi, je capote, je travaille avec des jeunes, qui sont tellement inspirants, ça me donne juste envie de continuer. »