(Paris) Une lettre écrite à quatre mains par Vincent Van Gogh et Paul Gauguin, dans laquelle ils témoignent de leur admiration mutuelle et d’une même vision du renouveau futur de l’art moderne, a trouvé preneur mardi aux enchères à l’Hôtel Drouot à Paris pour 210 600 euros (322 000 $).

Agence France-Presse

Autographe à l’encre sur papier quadrillé, et qui comprend leurs deux signatures, cette lettre est adressée à leur ami peintre Émile Bernard depuis Arles, le 1er/2 novembre 1888, et évoque des discussions en cours sur une « association de peintres ».

Elle était estimée entre 180 000 et 250 000 euros (275 000 $ et 382 000 $). Elle passait sous le marteau au début de la session printanière des ventes des Collections Aristophil.

Tous deux expriment leur conviction que l’art traverse une période charnière vers une « renaissance ».

« Or, moi qui crois certes à la possibilité d’une immense renaissance de l’art, qui crois que cet art nouveau aura les tropiques pour patrie, il me semble que nous-mêmes ne servons que d’intermédiaires », écrit Van Gogh (1853-1890). « Ce ne sera qu’une génération suivante qui réussira à vivre en paix », prédit-il dans la lettre à son « cher copain Bernard ».

« Gauguin, poursuit le peintre hollandais, m’intéresse beaucoup comme homme. Il m’a depuis longtemps semblé que dans notre sale métier de peintre, nous avons le plus grand besoin de gens ayant des mains et des estomacs d’ouvrier, des goûts plus naturels, des tempéraments plus amoureux et plus charitables, que le boulevardier parisien décadent et crevé ».

Gauguin est « un être vierge à instincts de fauve. Chez Gauguin, le sang et le sexe prévalent sur l’ambition », résume-t-il.

Et de confier à Émile Bernard qu’ils se sentent assez complices pour aller ensemble dans certains lieux : « Nous avons fait quelques excursions dans les bordels et il est probable que nous finirons par aller souvent travailler là ».

Van Gogh cède la plume sur la dernière page à Paul Gauguin (1848-1903) qui repousse avec fausse modestie les compliments de son ami : « N’écoutez pas Vincent, il a comme vous savez l’admiration facile et l’indulgence dito ».

Quant à « son idée sur l’avenir d’une génération nouvelle aux tropiques comme peintre », elle « me paraît absolument juste et je continue à avoir l’intention d’y retourner ». Ce qu’il fera.