«Ces peintures sont des représentations de ma fille, avec laquelle j'ai la relation la plus amoureuse et la plus exigeante de ma vie. Béatrice m'a toujours inspirée. Elle est tellement magnifique. On est en symbiose. Quand je suis avec elle, je sais pourquoi j'existe», explique Miville.

ÉRIC CLÉMENT LA PRESSE

Projeter avec spontanéité et détermination l'amour irrépressible d'une mère pour sa fille. Tel est le canevas du dernier corpus de la peintre Miville, artiste en émergence qui signe son solo le plus abouti à la galerie du Salon b, à Montréal. 

Née dans le Bas-du-Fleuve, Miville (de son vrai nom Jennifer Tremblay), qui a grandi et étudié en scénographie à Québec, est une créatrice de costumes réputée dans le milieu de la télévision et du théâtre. Elle a travaillé sur les séries L'auberge du chien noir, 30 vies, Ruptures, District 31 et Les invisibles. Elle a collaboré avec les théâtres La Licorne, Espace Go, Denise-Pelletier, d'Aujourd'hui, Périscope, La Bordée et Le Trident.

Les arts plastiques l'animent toutefois depuis ses plus jeunes années et prennent une place grandissante dans sa vie professionnelle. L'artiste de 38 ans a déjà à son actif quelques expos à Montréal et aux États-Unis: un solo au Livart l'an dernier, une expo à la galerie GOT l'année précédente, plusieurs accrochages à la galerie Roccia du sculpteur André Desjardins et des présences à deux foires, Scope New York et SOFA Chicago, l'an dernier. 

L'exposition 24.09 est son corpus le plus homogène. Le plus solide. Les 11 oeuvres dévoilées jeudi dernier éclatent de l'amour fulgurant que Miville éprouve pour sa fille de 10 ans. Ses créations découlent d'une photo prise par son conjoint, Marc Labrèche, alors qu'ils étaient en partance pour le Mexique. Mais elles suggèrent d'abord et avant tout des moments d'intimité que Miville a eus avec Béatrice depuis sa naissance.

Ainsi, la peinture 8 h 47 évoque l'heure de la naissance et la grossesse de l'artiste. Minuit parle d'allaitement et de relation maternelle, tandis que 19 h relate le rituel du coucher. Avec la peur des fantômes et de la lumière éteinte.

«Je me suis totalement investie dans cette expo. Cela m'a fait tellement de bien. Ma fille est devenue importante dans mon parcours. J'ai choisi de la représenter dans l'abstrait, car il y a quelque chose d'insaisissable chez elle.»

Embrassant l'automatisme et l'expressionnisme abstrait, Miville a hérité de la fulgurance d'un Marcel Barbeau et des approches plastiques et spirituelles de Franz Kline et d'Antoni Tàpies. «Miville a un bon sens du mouvement et de l'esthétisme comme de la composition», dit la commissaire Malgosia Bajkowska. 

«J'adore la déconstruction de la ligne et une sorte de sobriété abstraite, dit Miville. Une ligne sensible où s'insère de la lumière.» 

Béatrice est bien sûr cette lumière qui subjugue l'artiste. En adoration devant sa fille, cette mère-artiste a illustré des facettes de son amour par une gestuelle efficace sur des toiles de coton indien. Efficace et fort.

À la galerie du Salon b, jusqu'au 29 avril.