Assassinat de Kennedy, Watergate, invasions irakiennes, de grands événements de l'histoire moderne des États-Unis ont nourri la suspicion du public à l'égard des élites et inspiré nombre d'artistes, comme en témoigne une nouvelle exposition au musée new-yorkais Met Breuer.

Publié le 18 sept. 2018
Thomas URBAIN AGENCE FRANCE-PRESSE

Conspirationnisme, le terme est à la mode et le nouveau directeur du Metropolitan Museum de New York, Max Hollein, reconnaît que l'exposition Everything is Connected: Art and Conspiracy est «bien dans son époque».

L'histoire des théories du complot s'étend, au minimum, sur plusieurs siècles mais le Met Breuer, antenne du Met dédiée à l'art moderne et contemporain, a choisi comme point de départ l'assassinat de John F. Kennedy, a expliqué à l'AFP Ian Alteveer, cocommissaire de l'exposition, qui s'ouvre mardi et durera jusqu'au 6 janvier.

Ce n'est pas tant l'événement en lui-même que les commissions d'enquête qui ont suivi, notamment la commission Warren mais aussi le comité Church sur les agissements des services secrets américains, qui ont stimulé l'expression artistique, dit-il.

«Ça commence à mijoter et cela arrive à ébullition durant les années 1970», a relevé M. Alteveer, comme l'illustre l'oeuvre qui a servi à l'affiche de l'exposition, The Lee Harvey Oswald Interview (1976), de l'artiste américaine Lutz Bacher.

L'artiste, qui s'identifie par un pseudonyme et n'a jamais révélé son identité réelle, présente un montage avec une interview d'elle-même sur l'assassin présumé de John F. Kennedy, illustrée de photos d'Oswald, sorte de mise en abîme complexe.

Pas assez de distance avec Trump

Le mythe d'Oswald plane résolument sur cette exposition, qui s'ouvre d'ailleurs avec un immense portrait du suspect, intitulé Peach Oswald du peintre américain Wayne Gonzales.

La première partie de l'installation est consacrée aux oeuvres qui s'appuient sur des éléments factuels documentés et cherchent à alerter sur les agissements secrets, mais avérés, du gouvernement américain, d'entreprises ou d'hommes d'affaires.

Trevor Paglen a notamment consacré une série de photos aux prisons secrètes de la CIA, dont il est parvenu à retrouver certains sites.

Quant à Alfredo Jaar, il a consacré plusieurs oeuvres à l'ancien secrétaire d'État Henry Kissinger, dont certaines rappellent son rôle dans le renversement du président chilien Salvador Allende en 1973.

La seconde partie de l'exposition s'intéresse aux artistes ayant utilisé conspiration et conspirationnisme comme base d'un travail plus abstrait, où le fantasme et l'imaginaire l'emportent sur les faits.

«Ces oeuvres (...) parlent toutes de l'urgence d'interroger, d'imaginer et de comprendre que le monde (...) dans lequel nous vivons est beaucoup plus complexe que nous le pensons ou que d'autres voudraient nous le faire penser», a expliqué Max Hollein, lors de la présentation de l'exposition.

Pas de trace de Donald Trump, pourtant le président des «Fake news», friand de conspirationnisme, ni du célèbre conspirationniste Alex Jones dans cette exposition qui comprend 70 oeuvres de trente artistes, réalisées de 1969 à 2016.

Ian Alteveer dit n'avoir pas vu, à ce jour, d'oeuvre qui «réponde à la situation actuelle de manière sophistiquée».

Pour lui, «il n'y a pas encore assez de distance historique, même pour un artiste».

Il cite en exemple le 11 septembre. Il se souvient n'avoir vu la première création qui, selon lui, «l'évoquait de façon sophistiquée et nuancée», que six ans après les attaques.

Pour l'ère Trump, «je pense donc que nous allons peut-être devoir attendre un peu plus longtemps».