Les oeuvres récentes de Michel Goulet actuellement exposées chez son galeriste Simon Blais révèlent encore une fois son goût inextinguible de relier le geste artistique à une réflexion sans écarter le jeu. Plus que jamais foisonnant, l'artiste montréalais invite le public, et notamment les plus jeunes, à interagir avec ses oeuvres.

Publié le 11 avr. 2013
Éric Clément LA PRESSE

Michel Goulet a accueilli La Presse dans son atelier du Plateau Mont-Royal. Il peaufinait des trophées créés pour l'Université de Sherbrooke, qui les remettra à ses ambassadeurs. Des cadres métalliques sculptés, incrustés (évidemment) de poésie, et un livre d'artiste magnifique avec des mots de Luc LaRochelle transcrits sur du papier de pierre.

Il est content que son ancienne université ait opté pour ce type de trophée, résolument contemporain. « C'est un geste pour changer de mentalité, dit-il. L'ambassadeur qui ne connaît pas l'art contemporain et qui va mettre ça sur son mur sera obligé d'expliquer ce que c'est et amènera d'autres gens à savoir qu'il y a quelque chose de sérieux, là. »

C'est le charme de Michel Goulet et ce qui fait son succès, notamment avec ses chaises-poèmes, en Europe. Cette capacité de mêler légèreté et matière réflexive. À 68 ans, celui qui ne créerait plus s'il n'avait plus aucune inspiration dit qu'il « s'imbibe » encore de la vie à profusion, et ce, chaque jour. « J'arrive toujours à me stimuler. Je ne saurais pas quoi faire d'autre. »

On en a un exemple à la galerie Simon Blais avec De la commodité à la connaissance, une exposition dans laquelle il propose une table en casse-tête sculptée, des présentoirs et des cadres colorés interactifs.

Michel Goulet reprend la table comme lieu d'échange, y greffant une référence à la perte de mémoire. L'immense table en merisier s'appelle Blanc de mémoire. Découpée en casse-tête, elle a ensuite été gravée sur ses bords de dessins géométriques, de rayures et de ses éléments qu'on avait vus dans ses Tables 2005-2006.

La table est aussi gravée de phrases glanées dans des journaux, des phrases accrocheuses, comme des cicatrices ou une mémoire blessée. Et sur la table qu'il a finalement laquée en blanc, comme un piano, ont été placés de petits objets en polymère que les visiteurs sont invités à déplacer pour en faire des formes.

Cette table casse-tête évoque la société et les êtres humains qui forment le puzzle. « Même s'il y a des ressemblances, chacun a sa place et doit la trouver », dit Michel Goulet.

L'exposition comprend aussi ses Signes, des sortes d'écriteaux placés sur des tiges, le tout en laiton, acier et cuivre. Comme ceux qu'on rencontre à l'entrée des restaurants avec l'inscription « Attendez qu'on vous assigne une place ». Chaque forme est presque cachée par un graffiti métallique, donnant au Signe un aspect intriguant. Typique de Michel Goulet qui voile tout en dévoilant.

Enfin, sa création la plus ludique est Paysages éphémères : huit plaques ancrées au mur et constituées de morceaux de casse-tête en acrylique. Chaque morceau peut être déplacé autour d'un axe. Le visiteur devient ainsi créateur en interférant sur l'oeuvre et en la modifiant.

« J'ai observé à Toronto que les enfants le défont et le remontent entièrement », dit Michel Goulet, ravi de voir son travail victime consentante d'interférences quotidiennes.

Pour lui, créer l'objet est presque aussi important que les rencontres qu'il provoque. Même en dramaturgie : il signera la scénographie d'Albertine, en cinq temps, de Michel Tremblay, mise en scène par Lorraine Pintal, l'an prochain, au TNM. Interférer, vous dites ?

De la commodité à la connaissance de Michel Goulet jusqu'au 20 avril chez Simon Blais.