Le Conseil des arts et des lettres du Québec et la Galerie de l'UQAM se sont associés pour permettre au Québec d'être représenté cette année à la Biennale de Venise par l'artiste Raphaëlle de Groot, récipiendaire du prix Sobey 2012.

Éric Clément LA PRESSE

Des Québécois ont déjà exposé dans le passé à la Biennale de Venise, un événement international d'art contemporain très prisé depuis 1895, principalement à travers la représentation du Canada qui y possède un pavillon.

Trois artistes québécois ont représenté le Canada à Venise: Geneviève Cadieux en 1990, Jana Sterbak en 2003 et David Altmejd en 2007.

Même si ce ne sera pas de façon officielle, la biennale vénitienne n'accueillant officiellement que les représentations nationales de pays dotés de pavillons (c'est l'Ontarienne Shary Boyle qui représente le Canada cette année), le Québec sera présent à travers une performance que réalisera Raphaëlle de Groot. «La Biennale n'est pas encore au courant», a prévenu Louise Déry, directrice de la Galerie de l'UQAM, qui a eu l'idée de cette performance.

Âgée de 38 ans, Raphaëlle de Groot fera une performance en deux étapes. D'abord, elle se transformera dans les Giardini (jardins) du quartier du Castello, où se trouvent les pavillons internationaux. Sa métamorphose à l'aide de matières recyclées du Québec et de Venise entraînera un enveloppement de sa tête, une sorte de masque qui fera qu'elle ne pourra plus voir. L'artiste, qui cherche en général à provoquer une perte de repères, entreprendra ensuite à l'aveugle un périple sur le site de la Biennale, sur les quais avoisinants puis sur une gondole.

«Je ne verrai rien mais en même temps, j'attirerai le regard», a dit Raphaëlle de Groot, lors de la conférence de presse, ce mercredi.

«J'ai fait de Raphaëlle de Groot la métaphore de Venise, là où le masque, la mascarade et le déguisement sont devenus une allégorie de la ville», a dit Louise Déry.

Forte de son expérience de commissaire (elle a notamment présenté Altmejd à Venise en 2007) et de ses contacts en Italie, Mme Déry devra négocier avec les gondoliers mais aussi avec la Ville de Venise pour faciliter la réalisation de la performance de Raphaëlle de Groot.

«Ce ne sera pas facile, dit Louise Déry. Il faudra aussi tenir compte des heures de marée et de la pleine lune.»

L'artiste montréalaise qui vit une partie de l'année en Italie est très heureuse de cette nouvelle expérience artistique et consciente du défi: «Je suis littéralement au bout d'un tremplin, précipitée dans les airs!», a-t-elle dit.

Le pdg du CALQ, Yvan Gauthier, a dit souhaiter pérenniser cette présence d'un artiste subventionné à la Biennale de Venise. «On va aller valider sur place ce que ça représente, a-t-il dit. Nous appuyons de tels projets pour assurer une présence extérieure à nos artistes, comme on l'a fait récemment pour l'événement Montréal-Brooklyn mais aussi pour d'autres biennales à La Havane, Liverpool ou Sydney.»

Ce projet représente un investissement de 35 000 $ pour le CALQ, qui paie les déplacements à Venise et permettra la production d'une vidéo documentant la performance de Raphaëlle de Groot. La Galerie de l'UQAM évalue son propre investissement à plus de 65 000 $.

Louise Déry est ravie que son idée se soit concrétisée, elle qui a une «vision nationale» de l'expression des artistes d'art contemporain du Québec. «On va marquer (à Venise) la présence de l'artiste autrement, de manière furtive, a-t-elle dit. L'art actuel, aujourd'hui, c'est aussi une présence de l'artiste de multiples manières. On peut se tailler une place avec des projets transportables et en toute amitié avec nos collègues du pavillon du Canada.»

Le Québec pourrait-il toutefois envisager d'avoir un lieu permanent à Venise pour permettre la participation d'un artiste s'exprimant par un autre médium que la performance? «Le Québec est toujours obligé de faire des performances», a répondu M. Gauthier.