La police néerlandaise enquêtait mercredi sur plusieurs indices fournis par le public, au lendemain du vol de sept tableaux au musée Kunsthal de Rotterdam, dont un Picasso et deux Monet, un butin de plusieurs millions d'euros.

Publié le 17 oct. 2012
ASSOCIATED PRESS

Grâce à un appel à témoin diffusé à la télévision mardi soir, la police a reçu une quinzaine d'informations du public, a précisé Willemieke Romijn, une des porte-parole de la police. Les enquêteurs étudiaient également les images des caméras de vidéosurveillance prises au moment du vol, à 3h du matin mardi.

Sept tableaux de grande valeur, dont un Picasso, un Matisse, un Gauguin, deux Monet et un Lucian Freud ont été volés au musée Kunsthal de Rotterdam, a annoncé mardi la police néerlandaise. Le cambriolage se serait produit mardi très tôt.

Les tableaux emportés sont Tête d'Arlequin de Pablo Picasso (1971); Waterloo Bridge London et Charing Cross Bridge, London de Claude Monet (1901); La Liseuse en blanc et jaune d'Henri Matisse (1919); Femme devant une fenêtre ouverte, dite La Fiancée de Paul Gauguin (1898); Autoportrait de Meyer de Haan (vers 1890), et Woman with Eyes Closed de Lucian Freud (2002).

«Les peintures ont une valeur considérable», avait estimé mardi Mariette Maaskant du musée Kunsthal.

Chris Marinello, à la tête du site Art Loss Register, qui recense les oeuvres volées, a estimé que les tableaux vaudraient «des centaines de millions d'euros» s'ils étaient vendus aux enchères et que les voleurs savaient ce qu'ils faisaient.

Les tableaux, exposés ensemble pour la première fois depuis le 7 octobre et normalement jusqu'au 20 janvier, faisaient partie de la collection privée de la Fondation Triton (Triton Foundation) du milliardaire Willem Cordia, un investisseur et homme d'affaires décédé en 2011.

Peu d'options pour écouler les tableaux

Au delà des inquiétudes sur le sort des fameuses toiles et des questions sur l'efficacité du système de surveillance du musée Kunsthal, les journaux néerlandais se demandaient mercredi si les voleurs avaient agi sur ordre, par opportunité et même s'ils étaient «idiots».

Selon Alice Farren-Bradley, chargée de la récupération d'oeuvres d'art volées chez Art Loss Register (ALR), la plus grande base de données privée sur l'art volé à travers le monde, il est très peu probable que les auteurs du vol aient agi sur ordre.

«Au cours des 20 ans d'existence du ALR, nous n'avons jamais rencontré une situation où des oeuvres avait été volées sur commande par une sorte de génie criminel, qui aurait ordonné le vol d'oeuvres spécifiques pour sa collection privée», a-t-elle affirmé à l'AFP.

«Il ne semble pas non plus qu'il s'agisse ici d'un vol dû à une opportunité, où quelqu'un serait rentré dans le musée en grimpant par une fenêtre laissée entrouverte», a-t-elle ajouté.

«Souvent, les criminels prévoient exactement le vol mais pensent beaucoup moins, voire pas du tout, à ce qu'ils vont faire avec les objets volés une fois qu'ils seront en leur possession», souligne-t-elle.

«Il y a quelques options ouvertes pour ceux qui détiennent les toiles mais cela va être difficile», a précisé Mme Farren-Bradley, qui planche actuellement sur près de 150 cas.

L'attention des médias va peut-être forcer les voleurs à chambouler leurs plans, le vol ayant fait la Une de journaux à travers le monde et la police ayant rapidement diffusé des photos des oeuvres en question, selon la même source.

Les voleurs peuvent essayer de vendre les toiles rapidement, ce qui les feraient repérer, les échanger contre des armes ou de la drogue, essayer d'obtenir une «rançon» des propriétaires ou des compagnies d'assurance ou même les abandonner, comme l'avaient fait les auteurs d'un précédent vol au musée Van Gogh.

En tous les cas, une vente pourrait rapporter entre 5% et 10% de la véritable valeur de l'oeuvre sur le marché officiel et ce chiffre serait encore plus bas si les peintures ont été endommagées pendant le vol.

«Beaucoup de personnes pensent au scénario de L'affaire Thomas Crown (un film réalisé en 1999 à propos du vol d'un Monet, ndlr) et pensent qu'on peut juste retirer une toile de son cadre mais cela abîme les oeuvres», assure Alice Farren-Bradley.

Où que soient les peintures, elles pourraient ne pas revenir à la surface avant plusieurs décennies.

Si certaines oeuvres sont retrouvées deux semaines après leur disparition, d'autres, volées avant la Première guerre mondiale, continuent aujourd'hui à refaire surface.