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Missa de Dominique Blain : s'indigner comme on respire

Dominique Blain... (Photo: Olivier Jean, collaboration spéciale)

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Dominique Blain

Photo: Olivier Jean, collaboration spéciale

Elle est une artiste engagée pour la vie et contre les haines. Un filon qui semble sans fin et qu'elle exploite depuis 30 ans. Dominique Blain est fêtée ces jours-ci par le Musée des beaux-arts de Montréal qui vient d'installer son oeuvre Missa de retour d'une longue tournée mondiale pour promouvoir la paix.

«Quand je suis entré dans la salle, j'ai entendu le bruit des bottes.»

Marcelo Leiva est gardien au Musée des beaux-arts de Montréal où il travaille depuis 21 ans. D'origine chilienne, il est arrivé au Québec il y a 38 ans, fuyant la dictature de Pinochet. Quand il a vu Missa, la sculpture de Dominique Blain présentée dans le Carré d'art contemporain du musée jusqu'au 28 octobre, les horreurs commises par la junte militaire chilienne lui sont revenues en mémoire, notamment le bruit infernal des bottes des militaires frappant le pavé.

Missa est une oeuvre forte. Il s'agit d'une centaine de paires de bottes militaires noires suspendues chacune par un fil sombre à une structure métallique elle-même suspendue au plafond.

Les bottes symbolisent les parades militaires bien sûr mais aussi les guerres, le fascisme, les violences entre les États, les dictatures, les destructions provenant d'idéologies politiques ou religieuses qui mettent à mal la liberté, la pensée et la démocratie. Les fils noirs suggèrent que les soldats sont les marionnettes de pouvoirs supérieurs aux sombres desseins.

Dominique Blain a légèrement soulevé une botte sur deux, la droite, pour rendre encore plus évidente la marche des militaires et donner froid dans le dos.

Prix du Conseil des arts de Montréal en 2009, Dominique Blain a créé l'affiche On ne naît pas dans la rue pour l'ATSA. On lui doit aussi l'oeuvre Japan Apologizes, sur le viol de milliers de Coréennes par l'armée japonaise durant la Seconde guerre mondiale.

Dominique Blain est une indignée. Par nature. Alerte, elle s'indigne comme on respire et ses raisons de s'indigner ne manquent pas depuis 20 ans. Elle a créé Missa en 1992, à l'occasion des Cent jours d'art contemporain de Montréal. Le mur de Berlin était tombé trois ans auparavant mais la guerre déchirait l'ex-Yougoslavie.

Le MBAM a acheté l'oeuvre en 1994 mais elle est ensuite partie faire le tour du monde comme une ambassadrice de paix en mission, trouvant dans quelque 25 endroits un nouveau sens, que ce soit à Rome, Amsterdam, Londres, Bruxelles, Copenhague, Sydney, Belfast ou aux États-Unis.

«Au Stedelijk Museum d'Amsterdam, on l'a présentée en 1995 à l'occasion du 50e anniversaire de la libération des Pays-Bas, alors l'oeuvre a pris tout une autre connotation, une autre résonnance», dit Dominique Blain.

Oeuvre universelle, Missa est encore très actuelle. «Malheureusement, elle est encore très pertinente quand on voit ce qui se passe en Syrie ou ailleurs dans le monde, dit Dominique Blain. Nous ici, on n'a souvent aucune idée de ce qu'est un régime militaire ou la guerre. La semaine dernière, j'entendais une Iranienne à Radio-Canada qui disait qu'il valait mieux le pire des dictateurs qu'une guerre. Parce qu'elle a connu la guerre en Iran et quand on y pense, c'est une alternative affreuse.»

«Missa génère beaucoup d'émotion, dit Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du musée. C'est une oeuvre hypnotique et impressionnante. Ce que j'aime chez Dominique Blain, c'est qu'elle est très articulée et très précise dans ses propositions, ce qui vient nous chercher.»

Dominique Blain a deux autres oeuvres intéressantes exposées au MBAM. Mirabilia, d'abord, sa sculpture lumineuse de 38 boîtes de verre créée pour le nouveau pavillon Claire et Marc Bourgie et qui rend hommage aux oeuvres d'arts volées, disparues ou détruites dans le monde, notamment lors de conflits, comme récemment à Tombouctou au Mali et à Alep, en Syrie.

«Mirabilia parle aussi de la mission du musée, dit l'artiste de 55 ans. Cela ramène l'Histoire à l'avant-plan et invite le spectateur à réfléchir sur le passé pour mieux comprendre le présent. J'essais d'être un transmetteur.»

Dans l'espace d'art islamique du musée, on peut également contempler son tapis persan Rug à motif de mines antipersonnel. Une oeuvre en hommage aux innocentes victimes qui, chaque jour, encore aujourd'hui, meurent ou sont blessées par des bombes et des mines de par le monde.

L'organisme Handicap international organisera sa 6e pyramide de chaussures au square Philips samedi de 11h à 17h, un événement animé par Marie Fugain, la fille de Michel Fugain. «Quand on voit qu'Handicap international fête son 30e anniversaire, le tapis de Dominique est une invitation à réfléchir et démontre encore une fois la précision de ses propositions», estime Nathalie Bondil.




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