La création du pavillon Claire et Marc Bourgie n'augmente pas seulement la superficie du Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM) de 20%, elle offre aussi une lecture de l'histoire de l'art plus cohérente.

Éric Clément LA PRESSE

«Jamais un tel bouleversement n'a été opéré dans l'histoire du Musée», affirme Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du MBAM, qui a montré à La Presse l'ampleur des changements lors d'une visite des trois bâtiments du musée, en compagnie du conservateur de l'art canadien, Jacques Des Rochers.

«La collection a été enrichie par de nouvelles acquisitions et de nouvelles études, dit-elle. Des découvertes et des réévaluations à l'échelle de la collection ont permis de définir la nouvelle présentation.» Dans le pavillon Jean-Noël Desmarais, construit il y a 20 ans, des salles sont maintenant consacrées à l'art médiéval français, l'art catalan du XVe siècle, la Renaissance germanique et italienne, l'art flamand ou français du XVIIe siècle, la peinture victorienne, le classicisme, le réalisme, l'impressionnisme, le cubisme, l'art moderne et l'art contemporain.

«Beaucoup d'oeuvres sont des trésors qu'on nous a donnés et qu'on n'aurait pas les moyens d'acheter, dit Mme Bondil. Il n'y a qu'un seul endroit au Québec où l'on peut voir un Rembrandt, un Véronèse, un Manet, un Rodin, un Matisse, un Poussin, c'est ici et c'est gratuit!»

Dans une des salles consacrées au romantisme, on pourra même bientôt écouter du Chopin, car Nathalie Bondil veut associer l'art et la musique, comme l'illustre la création de la salle de concert Bourgie.

Le nouveau pavillon Claire et Marc Bourgie, aménagé dans l'ancienne église Erskine and American et dans un nouveau bâtiment en verre et en marbre, est consacré aux 600 oeuvres de l'art canadien et québécois. L'art plus ancien se trouve au sommet des six étages, et le plus récent à la base. Le niveau le plus élevé et le plus lumineux compte une centaine de pièces d'art inuit, des sculptures et des estampes, qui racontent le quotidien et les légendes de ce peuple.

Au-dessous, la salle Identités fondatrices présente l'art de la période coloniale jusqu'à la création de la Confédération: art religieux, copies d'oeuvres européennes et art local né du métissage culturel.

La salle consacrée à l'Époque des salons (1880-1920) contient des oeuvres uniques, peintures et sculptures, de Louis-Philippe Hébert, Marc-Aurèle de Foy, Suzor-Côté, Alfred Laliberté, Ozias Leduc, Maurice Cullen ou J.W. Morrice. Certaines des oeuvres ont été restaurées au Centre de conservation de Québec, tandis que d'autres ont été acquises récemment.

Le niveau 1 présente la production artistique des années 1920 et 1930, celle du Groupe des Sept et du Groupe de Beaver Hall, avec les Emily Carr, Edwin Holgate ou Lawren Harris, auxquels on a ajouté un espace très zen avec une dizaine de tableaux verdoyants de Marc-Aurèle Fortin.

La période foisonnante du Refus Global, de Prisme d'Yeux et des Plasticiens se trouve au niveau S1, avec les Borduas, Pellan, Leduc, Sullivan, Jauran ou Barbeau, tandis que Riopelle a une place pour lui seul, avec des oeuvres immenses telles que Gravité (1956) ou Iceberg no 1 (1977).

Au niveau des fondations de l'église, une galerie-cathédrale de 45 m célèbre l'avant-gardisme canadien avec des oeuvres phares de Riopelle, Molinari, Tousignant, Snow, etc.

Le nouveau pavillon Claire et Marc Bourgie comprend aussi deux nouvelles réalisations extérieures. Une sculpture monumentale de David Altmejd, qui sera inaugurée aujourd'hui, et Mirabilia, une installation de Dominique Blain, placée sur une terrasse extérieure surélevée, qui marie le verre et la lumière pour honorer les oeuvres d'art détruites ou disparues dans le monde.

L'ouverture officielle aura lieu le 14 octobre.

Le MBAM en chiffres

50 125: superficie (en m2) du musée

12 610: nombre d'heures de travail de restauration des oeuvres d'art canadien et québécois

5460: nouvelle superficie construite (en m2)

1500: nombre de plaques de marbre sur le nouvel édifice

1860: date de création du MBAM

1894: date de création de l'église patrimoniale

600: nombre des oeuvres dans le nouveau pavillon

450: nombre de professionnels qui ont travaillé sur le chantier

444: nombre de places de la nouvelle salle de concert Bourgie

146: nombre de vitraux réinstallés

72: coût du projet en millions (construction " achat de l'église " restaurations " acquisitions diverses " constitution d'un fonds de fonctionnement)

2: nombre de prix d'architecture déjà obtenus par le nouveau pavillon