Alfons Mucha, dont les célèbres affiches de théâtre de Sarah Bernhard et les publicités décoratives Art Nouveau ont fleuri au début du XXe siècle à Paris, vient éclairer la grisaille hivernale à Vienne dans une vaste rétrospective ouverte jeudi au Musée Unteres Belvédère.

Mis à jour le 12 févr. 2009
AGENCE FRANCE-PRESSE

«Après la grande exposition Klimt, nous sommes heureux d'accueillir cette rétrospective complète de la vie et de l'oeuvre d'Alfons Mucha, un autre maître de l'Art Nouveau», s'enthousiasme Agnès Husslein, directrice du Musée devant le petit-fils du peintre, John Mucha, présent mercredi à l'ouverture à la presse.

En 250 tableaux, dessins, croquis, affiches, livres, bijoux et même quelques meubles, on apprend à connaître ce peintre «avant tout slave», comme l'explique le conservateur français de l'exposition, Jean-Louis Gaillemin.

Il rappelle que Mucha «a voulu montrer que la civilisation slave était très attachée à l'art et non pas aux armes» alors que l'Europe était alors plongée dans la Première Guerre mondiale après l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo dans les Balkans.

Né en Moravie en 1860, Alfons Mucha, après le refus de sa candidature à l'Académie des beaux-arts de Prague, est venu en 1879 comme assistant-décorateur de théâtre à Vienne. Après des études à Munich et à l'Académie Julian à Paris entre 1885 et 1888, il s'installe dans la capitale française, alors haut-lieu artistique européen.

Le jeune peintre tchèque, qui a hébergé Paul Gauguin dans son atelier à son retour de Tahiti, signe en 1895 son premier contrat avec l'actrice mythique Sarah Bernhard pour l'illustration de ses pièces, Gismonde, Médée puis bien d'autres.

Le style Mucha, tout en courbes et volutes, décors floraux et ornements stylisés, est lancé et l'on s'arrache rapidement ses affiches.

Il est contacté par des grandes marques de biscuits, chocolat et autres produits qui comptent sur son sens artistique nouveau de la promotion. Il signe aussi avec des maisons d'édition parisiennes pour illustrer des livres dont Ilsée, la Princesse de Tripoli, de Robert de Flers, compte pas moins de 134 dessins.

Très méticuleux, Alfons Mucha faisait des dizaines de croquis de ses illustrations, exposés en grand nombre dans un état de conservation remarquable au Belvédère.

L'Exposition Universelle de 1900 à Paris constituera un formidable tremplin pour l'artiste slave qui se voit confier par les responsables de l'empire austro-hongrois la réalisation du pavillon de Bosnie-Herzégovine.

«Pour la première fois depuis cette Exposition en 1900 nous avons intégralement reconstitué ce pavillon dans une des grandes salles du musée», explique à l'AFP la directrice. «Nous avons trouvé les panneaux enroulés sommairement et entassés dans des caves d'un musée à Prague. Là vous voyez les traces d'eau ou là un portrait découpé au couteau dans un panneau», s'indigne-t-elle.

Ce pavillon remporta la médaille d'argent de l'Exposition et valut à Mucha d'être élevé au titre de Chevalier de la Légion d'Honneur.

Dans une petite pièce, devant une photo grandeur nature d'une fontaine d'intérieur du plus pur style Mucha trônent une petite table et deux chaises en cuirs. Dans des casiers de verre, colliers, boucles d'oreille et bracelets, signés Mucha, complètent le décor. Il s'agit de la boutique Georges Fouquet de la rue royale à Paris. Le joaillier avait été attiré par un bracelet en forme de serpent, créé par Mucha, sur le bras de Sarah Bernhard sur l'affiche de Médée.

Enfin, une rétrospective Mucha sans mention de son «Epopée slave» était impensable. Deux toiles exposées sur les 20 de plus de 20 m2 sur l'histoire du peuple slave viennent faire la synthèse de ses travaux. Il a mis près de 20 ans à réaliser ces allégories offertes en 1928 au peuple tchèque.

En 1939, Mucha est l'un des premiers arrêtés par les nazis après leur entrée dans Prague. Il mourra peu après sa libération le 14 juillet 1939.