En matière de jeu télévisuel simple et dynamique, difficile de battre Le tricheur à TVA. Depuis presque 10 saisons, Guy Jodoin et ses invités vedettes s’amusent dans un décor spectaculaire, se tirent la pipe et amassent quotidiennement des sous pour divers organismes de charité.

Hugo Dumas
Hugo Dumas La Presse

Ça roule tout seul, Le tricheur. C’est un divertissement familial efficace, dont les cotes d’écoute flirtent encore avec le million de téléspectateurs. Durer aussi longtemps, et avec des audiences aussi costaudes, c’est un tour de force en cette époque d’éparpillement et de multiplication des contenus sur les plateformes numériques.

Radio-Canada vise le créneau du Tricheur avec son nouveau jeu-questionnaire Question de jugement, qui dérive, en partie, de la défunte émission Le verdict de Véronique Cloutier. On ne se prend pas la tête ici, on rit de ses travers, on se choque pour le spectacle et des concurrents repartent avec 1000 $ par épisode, dans le meilleur des cas.

Le concept de Question de jugement, très simple, devient répétitif à la longue. Quatre vedettes restent dans leurs fauteuils pendant deux jours et découvrent, avec deux participants derrière des lutrins, ce que le public pense d’elles. Le tout, orchestré à partir de vrais sondages.

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Mélanie Maynard et Benoît McGinnis ont été invités à Question de jugement.

Par exemple : laquelle de ces quatre vedettes appellerait, selon vous, la police à 23 h 01 pour dénoncer des voisins bruyants ? Qui, parmi ces quatre membres de l’UDA, serait le plus susceptible de consulter une application d’astrologie avant de prendre une importante décision ? Et qui se balade au centre commercial pour le simple plaisir de se faire reconnaître ?

Les deux joueurs en studio tentent de deviner la tendance du vote. Mais attention. Ce n’est pas la vérité qui compte, mais bien la perception des gens qui ont répondu au questionnaire. Qui passe pour un pingre, un alcoolique, un obstineux ou un désordonné dans le groupe, on navigue dans ces eaux-là. Les préjugés, les idées reçues, les « a priori ».

Évidemment, plus la vedette réagit fortement aux coups de sonde, plus c’est drôle. Et ça ressemble souvent à : « ben voyons, ça se peut pas, les gens pensent vraiment ça de moi, j’ai l’air de quoi » ?

La semaine dernière, Alex Perron s’est avéré un cobaye parfait pour l’émission. L’orgueil en a pris pour son rhume. Mélissa Désormeaux-Poulin a également été payante, tout comme Hélène Bourgeois Leclerc, Benoît McGinnis et Mélanie Maynard.

Contrairement à celui du Tricheur, techno et ludique, le décor de Question de jugement fait salle d’attente d’aéroport. Ça manque de chaleur.

Le plus intéressant de ce quiz, c’est son animateur, Pierre Hébert. L’humoriste était déjà bon à Ceci n’est pas un talk-show sur Z, puis Noovo. Il est encore meilleur dans cet élément. Il rebondit rapidement sur les réponses des invités, taquine gentiment quand c’est le temps et insuffle un rythme rapide aux épisodes.

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Pierre Hébert anime la nouvelle émission Question de jugement à Radio-Canada.

Évidemment, on n’apprendra pas la capitale du Botswana (réponse : Gaborone) ou la monnaie officielle de la Pologne (réponse : le zloty) à Question de jugement, qui remplace Des squelettes dans le placard dans la grille estivale de Radio-Canada. C’est léger, sympathique et ça fonctionne plutôt bien avec une moyenne d’écoute en direct de 582 000 téléspectateurs.

Finale lumineuse de Bête noire

Avez-vous suivi la poignante minisérie Bête noire à Séries plus ? Moi, oui. Et pas uniquement pour des raisons professionnelles, mais par pur goût personnel. En doses hebdomadaires, la tristesse et la douleur de Bête noire s’absorbaient mieux.

C’est ce mercredi à 20 h que Séries Plus diffuse le sixième et dernier épisode de cette série réalisée par Sophie Deraspe (Antigone) et coécrite par Annabelle Poisson et Patrick Lowe. Avec douceur et bien des larmes, Bête noire se dirige vers une finale plutôt lumineuse, qui attache toutes les ficelles.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE SÉRIE PLUS

Isabelle Blais et Sophie Cadieux dans une scène de Bête noire

La psychiatre-coroner Éliane Sirois (Sophie Cadieux) dépose son rapport d’enquête et détaille tous les éléments ayant contribué à la radicalisation du tueur adolescent Jérémy (Zakary Auclair), que la police soupçonne d’appartenir au mouvement incel, les célibataires involontaires.

Il y a une scène de colère impliquant la maman Mélanie (Isabelle Blais) qui vous broiera le cœur. C’est bouleversant. Le papa Luc (Stéphane Gagnon) cheminera aussi dans ce cauchemar, qui a fauché la vie de six élèves du Collège Beaufort.

Ce que Bête noire expose avec doigté, ce sont tous les impacts épouvantables qu’a eus cette tragédie sur les survivants. La relation qui se dégrade entre les deux parents (elle veut tout savoir, pas lui), la solitude et la culpabilité portées par la grande sœur Léa (Marine Johnson), la hargne des parents des victimes et l’incompréhension générale devant un geste d’une telle violence. Pourquoi personne n’a rien vu venir ?

Personne ne joue faux dans Bête noire. Isabelle Blais et Stéphane Gagnon offrent des performances renversantes. Le duo formé par Martin Dubreuil et Sophie Cadieux est super bien assorti. Et les jeunes, dont Nahéma Ricci et Lévi Doré, crèvent tous l’écran. Une belle réussite que cette Bête noire.

Et les cotes d’écoute ? Séries Plus ne les a pas dévoilées. Dommage. Des rediffusions de Bête noire ont été programmées à partir du jeudi 3 juin à 22 h.