QUÉBEC — Le gouvernement Legault anticipe une reprise « en douceur » du secteur culturel et estime qu’il est « probable » que la direction de santé publique autorise l’ouverture des bibliothèques et des musées en juin.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a été vivement critiquée par les partis de l’opposition, jeudi. Ceux-ci lui ont reproché de ne pas avoir de plan à proposer aux artistes et aux travailleurs en culture.

« J’attends le feu vert de la Santé publique pour l’annoncer », a plaidé Mme Roy, qui espère pouvoir donner des nouvelles d’ici quelques jours.

Selon elle, certains secteurs pourront plus facilement reprendre leurs activités, alors que les librairies et les galeries d’art, tout comme les autres commerces de proximité, par exemple, ont rouvert à l’extérieur du Grand Montréal.

Mais des industries comme celle du spectacle seront paralysées plus longtemps que d’autres. Nathalie Roy affirme que les experts en santé publique évoquent des scénarios où les salles de concert ne pourraient recevoir que le tiers ou la moitié des spectateurs qu’ils accueillaient avant la pandémie.

Chose certaine, « le nombre de spectateurs devra être considérablement réduit », a-t-elle prévenu, avec les conséquences que cela implique sur la chaîne de production des spectacles.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Le spectacle de la fête nationale ne se déroulera pas devant une foule de spectateurs, comme par les années passées.

Une fête nationale au petit écran

Alors que les grands rassemblements sont interdits au Québec, la fête nationale sera cette année célébrée au petit écran, a également annoncé Nathalie Roy jeudi. Les grands réseaux de télévision – Radio-Canada, TVA, V et Télé-Québec – diffuseront le 24 juin une émission spéciale mettant en vedette les artistes d’ici, qui se tiendront à deux mètres de distance les uns des autres, évidemment.

Pour « superviser » les festivités, la ministre a aussi créé un Secrétariat à la promotion de la culture québécoise, a-t-elle annoncé jeudi, à la surprise des partis de l’opposition qui ignoraient l’existence de cette nouvelle instance.

Pour soutenir les créateurs, Nathalie Roy affirme que le budget « historique » en culture qu’avait prévu en mars dernier le ministre des Finances, Eric Girard, sera maintenu, malgré la crise qui force les gouvernements à investir des sommes record dans l’économie.

Depuis le début de la pandémie, a précisé la ministre de la Culture, Québec a devancé le paiement de l’équivalent de 60 millions prévus pour l’année 2020-2021 dans les industries culturelles, en plus de verser 50 millions supplémentaires dans les coffres de la Société de développement des entreprises culturelles.

Mais les artistes en arrachent, alors que nombre d’entre eux voient leur haute saison tomber avec l’annulation des festivals et rassemblements culturels cet été. Pour la reprise, a dit Nathalie Roy, « le but n’est pas d’en faire moins, mais d’en faire plus. L’argent, on va le trouver, quand on aura bien identifié là où il devra aller ».

Déjà 20 millions en placements publicitaires

Depuis le début de la pandémie, Québec a investi près de 10 millions par mois en placements publicitaires dans les médias, soit près de 20 millions jusqu’à présent.

Cette campagne de promotion, a affirmé la ministre de la Culture et des Communications, jeudi, est une « forme de subvention » aux médias, dont la chute vertigineuse des revenus publicitaires depuis le début de la crise menace dans certains cas l’existence.

Interrogée sur la durée estimée de cette campagne publicitaire, Mme Roy a affirmé qu’elle serait en place « jusqu’à tant qu’on en [ait] besoin […] pour informer la population ».

La semaine dernière, les grands médias du Québec – télévision, radio et les journaux, imprimés et numériques – ont rencontré la ministre, qui siège à un comité de travail sur l’avenir des médias avec le ministre des Finances, Eric Girard, et le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

Les médias ont « des problèmes d’argent », a résumé Nathalie Roy. 

Les sources de revenus [publicitaires] ne sont plus là et [ils] ont besoin de sous. Quelle forme [l’aide] pourrait prendre ? Je vous avoue qu’on me demande que le crédit d’impôt qui a été consenti à la presse écrite soit [étendu] à tous les autres types de médias.

Nathalie Roy, ministre de la Culture et des Communications

En octobre dernier, le gouvernement Legault a en effet annoncé un plan d’aide à la presse écrite de 250 millions sur cinq ans qui inclut un crédit d’impôt remboursable de 35 % pour les employés des salles de rédaction et des technologies de l’information, entre autres.

Taxer les géants du web

En commission parlementaire jeudi, Nathalie Roy a rejeté l’idée d’imposer une taxe provisoire de 3 % sur les bénéfices réalisés par les géants du web afin de « générer au Québec des revenus qui seraient versés dans un fonds dédié à la relance de la culture et des médias québécois », comme l’a demandé le Parti libéral.

« Il est faux, faux, faux de croire que nous pourrions poser ce geste sans conséquence d’une façon unilatérale. Nous devons contraindre les GAFA de concert avec nos partenaires internationaux », a-t-elle dit. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) doit également se prononcer cette année sur la question.

La députée libérale Isabelle Melançon a dit en conclusion que le « nationalisme » de la Coalition avenir Québec était à « géométrie variable ». « Vous refusez ça, c’est honteux », a-t-elle lancé.

Les artistes et les artisans auront besoin de « cash », a pour sa part déclaré Catherine Dorion de Québec solidaire. Dans ce contexte, taxer les géants du web apparaît comme une solution viable, a-t-elle plaidé.

Mme Dorion s’est désolée que dans le dossier des GAFA, la ministre de la Culture et son gouvernement fassent preuve de « passivité totale ».

— Avec La Presse canadienne