Le gouvernement français offensif sur le portable à l'école, plus hésitant sur les antennes relais. A l'issue du «Grenelle des ondes», le gouvernement a décidé de limiter l'usage des téléphones mobiles pour les enfants de moins de dix ans et de mener une expérimentation pour les antennes relais et leur influence éventuelle sur la santé. Des orientations présentées lundi et jugées insuffisantes par la majorité des associations.

Laurence Joan-Grangé ASSOCIATED PRESS

L'usage des téléphones portables pourrait être interdit à l'école primaire pour les enfants de six à dix ans et les oreillettes généralisées, a annoncé lundi la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, dans le cadre des conclusions de la table ronde «radiofréquences, santé et environnement».Il faut «des offres spécifique destinées aux jeunes» avec «des appareils qui ne peuvent s'utiliser qu'avec l'oreillette» ou des téléphones «qui ne permettent l'utilisation qu'en SMS», a ajouté Roselyne Bachelot, lors d'une conférence de presse aux côtés des secrétaires d'Etat à l'Ecologie, Chantal Jouanno, et au Développement de l'économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet.

«Il ne s'agit pas d'interdire la détention» des téléphones portables pour les enfants, mais d'en limiter l'usage au nom du «principe de précaution» car l'exposition aux ondes est «considérablement plus élevée que les antennes», a-t-elle noté. «Nous avons des expositions avec le téléphone mobile qui atteignent 10 000 fois l'exposition des antennes relais.»

Quant à cette question délicate, la secrétaire d'Etat Jouanno a proposé «une expérimentation dans des villes candidates» à la mesure des émissions des antennes relais afin d'en estimer les effets éventuels sur la santé, après une modélisation sur ordinateur qui débutera en juin. Deux villes se sont d'ores et déjà portées candidates, Courbevoie et Pau, pour ce projet doté d'un million d'euros, a-t-elle déclaré.

«Nous disposons de bien peu d'études fiables et les premières études ne concluent pas l'intérêt» de la baisse des émissions à 0,6 volt par mètre, demandée par l'association Robin des toits, a ajouté Roselyne Bachelot. «Il n'y a aucun fondement scientifique à l'heure actuelle dans la communauté scientifique sur cette dose».

La secrétaire d'Etat chargée de la Prospective et du Développement de l'économie numérique a évoqué pour sa part un «registre des personnes électrosensibles», avec un suivi épidémiologique pour ces personnes déclarant souffrir de pathologies liées à l'exposition aux ondes, désormais «prises en compte comme un fait».

Mme Kosciusco-Morizet a également mis en avant la question de l'information renforcée pour le public, notamment le décret bientôt publié rendant obligatoire l'affichage du débit d'absorption spécifique (DAS, indiquant le niveau des émissions) des téléphones portables, «compréhensible et lisible», mais également «une information précise sur la localisation des différents équipements». Enfin, les plans de déploiement des antennes au niveau des communes seraient validés par les préfets, et non par les élus locaux.

Ces recommandations, qui ne marquent que le «début» du débat, pourraient être modifiées après l'avis très attendu de l'Afsset (Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail) prévu en septembre 2009.

Les associations qui ont participé à cette table ronde étaient assez partagées. Robin des toits, qui avait proposé «le test grandeur-nature du seuil de précaution à 0,6 volt/m» pour les antennes relais, est dans «l'expectative» sur cette question, a indiqué Etienne Cendrier, son porte-parole. «On ne voit pas du tout comment cela va être mis en place, on attend de voir la suite qui va être donnée à l'expérimentation des villes-pilote.»

«Sur les enfants, on réclame l'interdiction du portable pour les moins de 14 ans», a-t-il martelé, déplorant que «les industriels aient été bien plus représentés» lors de la table ronde.

«Je me méfie des effets d'annonce du gouvernement, je veux voir le concret» avant de poursuivre au sein du comité de suivi, a conclu Etienne Cendrier alors que deux associations, Priartém et Agir pour l'Environnement ont décidé suspendre leur participation.