Courriels, sites de nouvelles, Facebook. Votre navigation quotidienne sur l'internet se porte très bien. Jusqu'à ce que vous ayez de la difficulté à télécharger une vidéo. Bah, vous n'avez pas le temps d'attendre, vous passez à autre chose. Et si votre connexion avait été délibérément ralentie en fonction des sites que vous visitez ou du moment de la journée? De grandes compagnies comme Bell et Rogers ont admis au cours des 12 derniers mois qu'elles pratiquaient ce type de gestion du trafic. Au grand dam de nombreux internautes, qui militent en faveur d'un web neutre et ouvert.

Patricia Cloutier, collaboration spéciale
Patricia Cloutier, collaboration spéciale LE SOLEIL

Le principe dit Internet Neutrality a fait couler beaucoup d'encre aux États-Unis ces dernières années. Les citoyens s'opposent à ce qu'un média qui prend de plus en plus d'importance dans leur vie, la Toile, soit à la merci de l'entreprise privée, qui pourrait décider un bon matin d'interdire l'accès à certains sites ou, à tout le moins, en privilégier d'autres.

Avant d'être élu, Barack Obama s'est prononcé en faveur de la neutralité de l'internet et poursuit son travail en ce sens aujourd'hui.

Au Canada, la question s'est posée le 24 juillet 2005, quand Telus a bloqué l'accès au site du syndicat de ses employés en grève. C'est là qu'on s'est rendu compte que les compagnies de télécommunications ont un grand pouvoir. Elles ne sont pas seulement des pipelines qui transportent l'information, les données, les courriels, mais elles peuvent aussi jouer le rôle de gardien, en mettant des barrières ou non à la circulation de l'information.

Bell a fait l'objet d'une plainte l'an dernier parce qu'en période de pointe, soit de 16h30 à 2h, la compagnie limite la bande passante (la vitesse) de ceux qui regardent des vidéos en ligne ou qui téléchargent de la musique, question d'éviter la congestion. En novembre, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a statué que l'entreprise gérait le trafic de façon non discriminatoire, donc, qu'elle avait le droit de le faire.

Ça a provoqué la colère de plusieurs observateurs, dont Steve Anderson, initiateur du site www.saveournet.ca. Il y voit une dangereuse brèche dans un réseau qui a toujours été libre, gratuit et égalitaire. Si on laisse les compagnies gérer le trafic, est-ce qu'elles feront un jour payer les gros sites web en leur promettant un chargement rapide, ce qui laisserait en arrière les sites plus modestes, gérés par des citoyens, des artistes débutants ou des PME?

Pour faire le tour de la question, le CRTC a convoqué des audiences publiques pour le 6 juillet. Tous les fournisseurs internet y seront, dont Vidéotron, qui n'abaisse pas la vitesse de navigation de ses clients aux heures de pointe, selon Marc Labelle, directeur aux communications.