(Tokyo) Nintendo a confirmé jeudi ses prévisions pour son exercice 2021-2022 entamé le 1er avril, après des résultats au premier trimestre ayant inévitablement souffert de la comparaison avec l’exceptionnelle demande en jeux vidéo du début de la pandémie au printemps 2020.

Mathias CENA Agence France-Presse

La firme de Kyoto avait réalisé le plus gros bénéfice net de son histoire en 2020-2021, alors que les confinements mis en place dans de nombreux pays face à la COVID-19 ont dopé la demande en équipements de loisirs à domicile, dont les jeux vidéo.

Avec le retour progressif à la normale de l’économie mondiale, grâce aux campagnes de vaccination, les résultats de Nintendo ont pâli en comparaison sur un an.

Entre avril et fin juin de cette année, le groupe a vu son bénéfice net baisser de 12,9 % sur un an à 92,7 milliards de yens (714 millions d’euros) et son bénéfice opérationnel chuter de 17,3 % à 119,7 milliards de yens (922 millions d’euros).  

Son chiffre d’affaires s’est quant à lui établi à 322,6 milliards de yens (2,5 milliards d’euros), en recul de 9,9 % par rapport à l’année précédente, qui avait vu les ventes de sa console Switch exploser avec la sortie du jeu Animal Crossing : New Horizons au tout début des confinements mondiaux.  

Nintendo a annoncé avoir vendu 4,45 millions de Switch sur le trimestre écoulé (-21,7 % sur un an) et 45,29 millions de jeux en tout (-10,2 %).

Une nouvelle Switch pour amortir

« Les gros chiffres ne sont plus là, mais ce n’est pas une surprise », relève Serkan Toto, analyste de la firme tokyoïte Kantan Games, interrogé par l’AFP en amont des résultats.

Il note toutefois que la demande est toujours plus forte qu’avant la pandémie : « Le coronavirus a créé une nouvelle vague de joueurs, davantage d’engagement, de monétisation, et d’attention pour l’industrie vidéoludique en général ».

Conscient de la mission quasi impossible d’égaler ses résultats de l’an dernier, Nintendo avait formulé en mai des prévisions annuelles extrêmement modestes, qu’il a maintenues jeudi.

Il s’attend toujours à un bénéfice net annuel de 340 milliards de yens (2,6 milliards d’euros), ce qui représenterait une baisse de 29,2 % sur un an.

Et il continue de prévoir un bénéfice opérationnel de 500 milliards de yens (3,8 milliards d’euros), soit une chute de 21,9 % sur un an.

Nintendo table enfin toujours sur des ventes annuelles de 1600 milliards de yens (12,3 milliards d’euros, en recul de 9,9 % sur un an) grâce notamment au lancement prévu en octobre d’une version plus puissante de sa Switch, avec un écran Oled et une capacité de mémoire doublée, pour maintenir les ventes de sa console, sortie en mars 2017.

Jeux phares à la rescousse

Les analyses divergent sur le potentiel commercial de cette nouvelle machine. Amir Anvarzadeh de Asymmetric Advisors juge dans une note que « la Switch est déjà trop vieille et (que) cette nouvelle version a peu de chances de relancer les ventes ».

Serkan Toto pense cependant que Nintendo est « en rythme de croisière » avec la Switch : le groupe continue « à la promouvoir agressivement, notamment aux États-Unis, et des millions de gens achètent des Switch chaque trimestre : (Nintendo) est sur une bonne trajectoire ».

Pour lui, le salut pourrait venir des nouveaux jeux développés en interne (« first party ») par Nintendo, issus de ses franchises les plus célèbres, aux sorties prévues dans les prochains mois : trois nouveaux jeux Pokémon sur l’ensemble de l’exercice, mais aussi Zelda : Skyward Sword HD ou Metroid Dread.

« Le contenu first party sera plus fort, en qualité et en quantité, que l’année dernière », alors que la pandémie « avait eu un gros impact sur les développements de Nintendo », ajoute M. Toto.

Comptant sur ces sorties et sur la nouvelle version de sa console, le groupe a ainsi maintenu ses prévisions de 25,5 millions de Switch vendues sur l’ensemble de l’exercice. A fin juin, plus de 89 millions d’exemplaires de cette console avaient été écoulés dans le monde depuis son lancement en 2017.

Jeudi, Nintendo a aussi annoncé un cadeau à ses actionnaires avec le rachat prévu d’un maximum de 1,8 million d’actions pour un montant qui pourrait atteindre 100 milliards de yens (770 millions d’euros).