Du simple petit robot qui saute quand on appuie sur la touche B au jeu 3D totalement original de tir dans l’espace, Game Builder Garage, la dernière nouveauté pour la Nintendo Switch, a un objectif principal : apprendre à des enfants de 8 à 12 ans les bases de la programmation des jeux vidéo. Et il fallait Nintendo pour obtenir cette simplicité apparente, basée sur des personnages amusants et enfantins, qui cache un monde complexe de possibilités.

Karim Benessaieh
Karim Benessaieh La Presse

Nintendo a déjà proposé deux éditions de Super Mario Maker, pour la WiiU et la Switch, dans lesquelles le joueur pouvait configurer ses propres tableaux avec quelques modèles de base. Ubisoft offre également un jeu adorable pour apprendre aux plus jeunes les bases de la programmation depuis 2019, Les lapins crétins : Apprends à coder. Et on peut ajouter Swift Playgrounds, d’Apple, qui permet de comprendre le fonctionnement d’une appli mobile.

Programmer sans code

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Avec Game Builder Garage, on est dans un registre un peu différent. Tout le langage de la programmation est personnifié par de petits personnages, appelés Nodons, qui s’activent en arrière-plan pour donner un jeu vidéo. Il y a près d’une centaine de Nodons qui attendent que le joueur pousse un bouton précis pour envoyer une commande vers un autre Nodon qui, lui, contrôle un robot, un chat ou un vaisseau spatial à l’écran.

Certains petits artisans de l’ombre s’occupent de formes simples comme les sphères et les cubes, d’autres peuvent accomplir des opérations mathématiques pour compter le nombre de fois où il faut accomplir une opération pour déclencher une action. On y retrouve même des opérateurs booléens comme ET et NON et des générateurs de choix aléatoires.

Leçons et casse-tête

Tout cela vous semble bien complexe ? Ça l’est, mais un peu moins quand on est passé à travers les sept tutoriels, du plus simple vous montrant comment faire sauter un robot à la conception d’un jeu de course, d’un labyrinthe d’où il faut faire sortir une bille, d’un jeu de chat et souris ou de tir dans l’espace.

Les profs, ici, s’appellent Bob et Alice dont les propos (du charabia à la Nintendo) sont retranscrits en français à l’écran. Toute la formation tient en une dizaine d’heures, variable selon les bonnes dispositions et les capacités d’abstraction de l’étudiant.

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Et pour être sûr que vous n’avez pas manqué d’attention, chaque leçon se termine par un petit casse-tête où vous devez appliquer ce que vous venez d’apprendre.

On se retrouve par la suite à réellement mieux comprendre toute la mécanique derrière les jeux plus sophistiqués. Mieux, une fois la base maîtrisée, nous n’avons pu nous retenir de bâtir un simple petit jeu original, une voiture devant contourner des formes géométriques qui lui tirent dessus. Il suffit de placer notre personnage principal au milieu de l’écran de programmation, de lui ajouter quelques Nodons et possibilités de commandes et de voir comment il se comporte en revenant dans le jeu.

On peut même, jusqu’à un certain point, créer ses propres textures pour donner une apparence bien personnalisée à ses personnages. Il faut avoir la patience de travailler point par point le graphisme, mais nul doute que de vrais mordus vont s’y consacrer.

Matière lourde

Ces « créations » peuvent être enregistrées et envoyées à d’autres joueurs, par un code, mais Nintendo n’a pas annoncé la mise en ligne d’une grande base de données des créations de ses joueurs. Qu’à cela ne tienne, quelques joueurs motivés ont mis en ligne sur YouTube des créations tout à fait délirantes, prouvant que ce jeu pouvait réellement être utilisé pour la création.

Évidemment, devenir un maître de Game Builder Garage ne fera pas de vous ou de votre enfant un programmeur patenté. On a ici résumé et réinterprété les principes sur lesquels travaillent les vrais développeurs de jeux vidéo, sans codes apparents et à l’intérieur des paramètres d’un jeu précis.

L’interface est loin d’être parfaite, avec des commandes parfois embrouillées et difficiles à atteindre. L’écran, dans notre cas, était mal centré et rendait certaines portions presque invisibles. Pour plus de maniabilité, on a ajouté la possibilité de brancher une souris à la Switch, mais l’ensemble demeure plutôt inconfortable.

Et il faut être honnête : la matière est tout de même assez aride. L’apprentissage est graduel, rendu le plus léger possible, mais la formation reste exigeante, même pour un adulte disposant de bases minimales en programmation.

Mais on doit saluer la belle façon qu’a trouvée Nintendo de donner le goût aux jeunes et moins jeunes de toucher à cette science mystérieuse qu’est la conception de jeux vidéo. Nous qui avions eu il y a quelques années le projet journalistique de concevoir un jeu pour La Presse, et qui l’avions abandonné devant les centaines d’heures de formation requises, avons trouvé avec Game Builder Garage une jolie voie alternative.

Un incontournable, réellement, pour tout jeune qui rêve de créer ses jeux vidéo.

Game Builder Garage

  • Jusqu’à 8 joueurs
  • Éditeur : Nintendo
  • Date de sortie : 11 juin 2021
  • Prix : 39,99 $
  • Note : 4 sur 5

Ce jeu a été testé sur une Nintendo Switch avec une copie fournie par Nintendo Entertainment.