Google a annoncé lundi matin son intention d’acquérir un terrain à Beauharnois, au Québec, appartenant à Hydro-Québec dans le but d’y construire son premier centre de données au Canada.

André Dubuc
André Dubuc La Presse

«Pour nous, c’est une première de plusieurs étapes pour éventuellement y construire un centre de données qui nous aidera à répondre à la demande croissante de services de données», dit Luiza Staniec, porte-parole de Google,

La construction d’une telle infrastructure nécessite des débours de 735 millions et va occuper 300 à 500 travailleurs en construction. Une fois en exploitation, le nombre d’emplois permanents s’élèvera à près de 30.

Il s’agira du premier centre de données appartenant à Google au Canada. L'entreprise exploite déjà ce qu'elle appelle deux «régions», des zones d’infonuagiques, à Montréal depuis 2019 et Toronto depuis 2020, mais elles utilisaient des centres de données tiers.

Présent au Québec depuis 2004. Google emploiera jusqu'à 1000 personnes au centre-ville de Montréal à l’ouverture de son nouveau bureau après la pandémie, au 425, Viger Ouest. Récemment, l'entreprise s'est engagée à faire de Montréal l'un de ses trois principaux bureaux au Canada.

« La Communauté métropolitaine de Montréal offre un environnement propice au développement de nouvelles technologies permettant de réduire notre empreinte carbone», souligne Stéphane Paquet, président-directeur général de Montréal International, dont l’organisme a accompagné Google au fil des ans dans ses démarches à Montréal.

Google vise à atteindre son objectif d’ici 2030 consistant à exploiter une énergie sans carbone partout et en tout temps. « Nous sommes très heureux que Google choisisse l'énergie propre du Québec, a déclaré Sophie Brochu, PDG d’Hydro dans une déclaration officielle. Il s'agit d'une reconnaissance significative du rôle que peut jouer notre énergie dans la décarbonation du continent. »

Exclusion de la zone agricole et compensation

Ce n’est pas la première fois que l’on entend Google manifester de l’intérêt pour un terrain d’Hydro-Québec à Beauharnois.

La Ville de Beauharnois avait présenté une demande de dézonage du terrain de 94 hectares d’Hydro-Québec à la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ), qui a toutefois rendu une orientation préliminaire négative dans ce dossier le 6 décembre 2018.

En réaction, le gouvernement du Québec avait retiré le dossier des mains de la CPTAQ en septembre 2019 en utilisant une mesure d’exception, utilisée à seulement quelques reprises seulement depuis 1978. En vertu de l’article 96, c’est le gouvernement qui accorde l’exclusion du terrain convoité de la zone agricole.

La Ville voisine de Salaberry-de-Valleyfield avait un terrain de dimension semblable en zone blanche à proposer pour accueillir Google, mais Hydro-Québec l’a rapidement rejeté sans le proposer à la CPTAQ comme une solution de remplacement au dézonage d’une terre agricole.

Finalement c’est 62,4 hectares qui seront exclus de la zone agricole à Beauharnois. Le 28 avril 2021, le gouvernement a adopté le décret no 599-2021 concernant l'exclusion de la zone agricole des lots requis pour l'implantation d'un centre de données sur des terrains d'Hydro-Québec.

Des mesures de compensation sont prévues. Ainsi, une superficie équivalente de terrains hors zone agricole appartenant à Hydro-Québec, et voisine aux terrains qu'achètera Google, sera incluse dans la zone agricole pour ensuite être confiée à la Fiducie agricole UPA-Fondaction.

« Nous sommes devant une situation exceptionnelle, où pour une première fois, le gouvernement reconnaît de façon concrète la nécessité de maintenir les superficies de notre zone agricole en compensant les pertes de territoire agricole », se réjouit par écrit Marcel Groleau, président-directeur général de l'UPA.

En plus, Hydro-Québec cédera à la Fiducie agricole UPA-Fondaction un terrain d'environ 150 hectares situé à Saint-Stanislas-de-Kostka, dans la région de la Montérégie.

Aussi, le gouvernement du Québec versera 3,54 millions à la Fiducie agricole UPA-Fondaction. Une subvention de 2,7 millions sera donnée à la Communauté métropolitaine de Montréal pour assurer la mise en œuvre du Parc métropolitain agricole.