Peut-on détester un jeu tout en étant complètement hypnotisé ? Considérer que c’est du grand art tout en se demandant si l’artiste se paie notre tête ? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles une quinzaine d’heures de plongeon dans la plus récente exclusivité pour PS5, Returnal, ne nous ont pas permis de répondre.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Comme son nom l’indique, tout le concept de Returnal est basé sur le recommencement. Vous personnifiez Sélène Vassos, une exploratrice qui s’écrase sur un monde angoissant et changeant, Atropos. Vous commencez avec un simple pistolet qui se recharge constamment, par bonheur. C’est bien la seule fleur que les concepteurs du jeu vous font.

Démo pour la PS5

Vous devez ensuite explorer ce monde où pullulent des formes de vie agressives, aux allures de fantômes, d’araignées psychédéliques et de tourelles militaires. Vous tombez sur des artefacts d’une civilisation perdue, ramassez des gemmes qui augmentent votre endurance ou votre capacité d’amélioration de votre armement et retrouvez de temps à autre des témoignages d’une version précédente d’Astra qui est décédée.

Il s’agit du premier jeu utilisant pleinement les capacités de la PS5, à commencer par la touche haptique de la manette DualSense qui gronde, vibre, frétille sous la pluie au gré des combats. Le graphisme et l’animation sont magnifiques, d’un réalisme à couper le souffle. Les séquences s’enchaînent sans interruption, grâce à la rapidité de la PS5. L’immersion est complète avec une technologie 3D Audio qui vous fait ressentir la moindre bribe d’action, le plus petit mouvement, les hurlements des ennemis et les éléments qui vous tombent dessus.

Les joies du roguelike

Cette planète est divisée en six grands secteurs, appelés « biomes », où on passe de ruines à un désert pourpre tout en revenant sans cesse à une maison mystérieuse qu’on devine liée au passé d’Astra.

Décrit de cette façon, Returnal ressemble à un bon RPG dans lequel on s’améliore constamment en explorant l’environnement et en combattant férocement. Un Assassin’s Creed ou un Tomb Raider spatial avec une touche d’horreur, disons.

Mais non, on est ailleurs.

C’est ici qu’on fait la connaissance d’un concept très déroutant qui a ses inconditionnels, le roguelike. Nommé d’après le jeu Rogue sorti en 1980, ce genre combine des environnements générés de façon aléatoire et des combats déloyaux que vous êtes pratiquement sûr de perdre. Surtout, il vous force à tout reprendre à zéro à chaque mort.

SAISIE D’ÉCRAN LA PRESSE

Notre bilan après 15 h 24 de jeu : 41 décès, 891 ennemis éliminés, 57 zones explorées… et un éternel retour à la case départ.

En 15 h de jeu, nous sommes mort 41 fois, revenu chaque fois au site de l’écrasement avec ce damné pistolet au lieu des magnifiques armes sophistiquées trouvées en chemin. Même si nous avons éliminé 891 ennemis, ramassé des centaines de gemmes, augmenté notre santé et nos capacités, on se retrouve à tout recommencer comme si on venait de mettre un jeton dans une machine d’arcade.

En fait, non, soyons juste, certains éléments comme l’éther et les plaques déchiffrées demeurent en mémoire.

Jouer à mourir

Pire, vous ne pouvez pas compter sur vos expériences précédentes pour anticiper ce qui vous attend. L’ordre des tableaux change sans cesse, les récompenses et les ennemis ne sont jamais au même endroit, la cartographie n’est jamais la même. Ce qui fait qu’en 15 h, nous n’avons même pas réussi à franchir le premier biome. Honte.

D’abord parce que les possibilités de se refaire une santé, avec des gemmes vertes, sont très rares. Ensuite parce que mourir fait partie intégrante du jeu. Vous croyez que tout va bien, que votre santé est maximale et que vous disposez de l’équipement adéquat ? Détrompez-vous, une horde de « boss » vous tombera dessus à l’improviste pour vous laminer dans un espace clos d’où vous ne pouvez pas vous échapper.

L’écrasante majorité des améliorations ne vous sont pas accessibles puisque vous avez perdu toutes les ressources accumulées. Si vous avez eu le bonheur une fois de trouver la bonne technologie, elle est perdue après votre mort et tout est à recommencer.

Le terme « frustrant » semble bien faible dans les circonstances.

Note et dilemme

Et pourtant, ce jeu est passionnant. On a toujours un petit frisson en repartant du site de l’écrasement en espérant que cette fois sera la bonne. La qualité graphique et la jouabilité atteignent des sommets, et l’ambiance angoissante est totalement immersive.

SAISIE D’ÉCRAN LA PRESSE

Le graphisme et l’animation de Returnal sont magnifiques, d’un réalisme à couper le souffle.

Mais il est même temps si déloyal, si frustrant qu’il faut être un tantinet masochiste pour y plonger. Après toutes ces heures, on ne sait toujours pas si on l’aime ou on le déteste. Dans les circonstances, nous suivons pour une fois l’exemple de quelques sites spécialisés qui ne donnent plus de notes aux jeux vidéo. Returnal, à notre avis, est un cas bien trop complexe pour être résumé par un seul chiffre.

Returnal

Développeur : Housemarque

Éditeur : Sony Interactive Entertainment

Prix : 89,99 $, en vente à partir du 30 avril 2021