(Toronto) Des cadres canadiens sont nombreux à se tourner vers l’application Clubhouse en tant que nouvelle tribune.

Tara Deschamps
La Presse Canadienne

À l’approche de la saison des résultats financiers, le chef des services corporatifs de Restaurant Brands International (RBI), Duncan Fulton, passe des journées entières à se préparer à des appels avec des journalistes, analystes et investisseurs, mais il n’a presque jamais la chance de s’adresser à ses clients qui fréquentent les succursales de Tim Hortons ou Burger King.

Cela a changé en février lorsqu’il a rejoint le chef de la direction de RBI, Jose Cil, sur Clubhouse — une plateforme audio lancée au printemps dernier qui donne la possibilité d’organiser et de participer à des discussions sur tous les sujets imaginables.

M. Fulton la décrit comme une forme de « radio parlée avec tribune téléphonique réinventée, mais où on est le réalisateur ». Il a lui-même animé une discussion au lendemain de la publication des derniers résultats trimestriels de RBI. « Nos clients se fichent de notre BAIIA ajusté. Ils se soucient des vraies affaires, de notre nourriture, de nos marques, alors nous nous sommes dit : “Pourquoi ne pas utiliser Clubhouse ?” »

Tandis que la COVID-19 se répandait à travers le monde et que des millions de personnes étaient confinées à leur domicile, les dirigeants des principales sociétés de capital-risque et entreprises de technologie ont commencé à lorgner cette application sur invitation seulement.

En début d’année, des centaines de chefs d’entreprise et d’autres utilisateurs canadiens se trouvaient sur Clubhouse, qui a offert un nombre croissant d’invitations depuis la fin de 2020.

Ils ont pu entendre le président et chef de la direction de SpaceX, Elon Musk, dire s’il croit ou non aux extraterrestres ; les dirigeants de Shopify Tobi Lutke et Harley Finkelstein s’épancher sur l’entrepreneuriat ; et le fondateur de Wattpad, Allen Lau, aborder sa récente décision de vendre l’entreprise.

Cela permet de démocratiser l’accès à ces hauts dirigeants, soutient M. Fulton, qui a lui-même découvert l’application grâce au restaurateur Stephen Beckta, pour sa part invité par M. Finkelstein de Shopify.

M. Fulton dit apprécier la nature exploratoire de la plateforme et la possibilité pour les modérateurs de contrôler qui peut parler et à quel moment.

Le professeur de médias numériques à l’Université Ryerson Richard Lachman reconnaît que la plateforme peut s’avérer utile pour les cadres désireux de gérer leur image. Cependant, les utilisateurs se désintéresseront rapidement des conversations ennuyeuses ou trop scénarisées, note-t-il, et des situations gênantes peuvent survenir si les cadres ne savent pas comment répondre aux questions « agressives » ou expulser un participant assez rapidement.

Bien que l’application ne se présente pas comme privée, l’adhésion sur invitation uniquement a créé une ambiance décontractée, même si la base d’utilisateurs ne cesse de croître.

Clubhouse, qui n’a pas donné suite à une demande de commentaire de La Presse Canadienne, dispose d’une « règle » interdisant la transcription, l’enregistrement ou le partage d’informations personnelles entendues sur l’application. Pourtant, une recherche rapide sur d’autres réseaux sociaux révèle des dizaines d’enregistrements et de citations tirés de l’application.

L’an dernier, d’éminents investisseurs en capital-risque ont fait l’objet de critiques lorsqu’une fuite audio a révélé qu’ils ridiculisaient une journaliste du New York Times et se plaignaient de la soi-disant « culture de l’annulation » ou « cancel culture » en anglais.

Par ailleurs, avec l’arrivée d’autres applications audio et le flot de nouveaux utilisateurs, il deviendra encore plus difficile pour les chefs d’entreprise de faire leur marque sur Clubhouse, a prédit M. Lachman en entrevue.

« Cela a peut-être de la valeur en ce moment, mais dans un an ou deux, ça peut se perdre. »