(Paris) Le groupe chinois Huawei a présenté jeudi au monde, par une conférence vidéo sur YouTube, son nouveau téléphone haut de gamme, qui se passe du magasin d’applications et des services de Google et propose à la place un magasin de logiciels et des services maison.

Agence France-Presse

Huawei avait présenté à l’automne son nouveau téléphone Mate, qui déjà se passait de Google. Mais le nouveau P40, le téléphone intelligent représentant la vitrine de la gamme Huawei avec des performances photo très poussées et sa compatibilité 5G, marque pour de bon l’entrée du géant chinois dans un monde sans Google.

Il doit contribuer à démontrer que Huawei peut créer un environnement « alternatif » au géant américain, en séduisant les fournisseurs de contenus – qui doivent adapter leurs applications au magasin Huawei – et bien sûr les utilisateurs finaux.  

Symbole de cette émancipation, le nouveau P40 propose le moteur de recherche franco-allemand Qwant, concurrent de Google, en version tout installée sur ses appareils vendus en France, Allemagne et Italie.

Huawei, qui était en 2019 le deuxième fabricant mondial de téléphones intelligents en part de marché (environ 17 %) derrière Samsung, ne peut plus travailler avec Google, car il fait l’effet l’objet de restrictions d’accès aux technologies américaines depuis un an.

L’administration Trump considère le groupe chinois comme potentiellement dangereux pour la sécurité intérieure américaine et a interdit aux groupes américains de commercer avec lui.  

Pour l’instant, la gamme Huawei propose encore le plus souvent des appareils faisant appel aux services de Google, mais ils vont progressivement disparaître.

Huawei n’a pas précisé à quel rythme ce basculement hors du monde Google s’effectuerait.

Le P40 est proposé à un prix allant de 799 à 1399 euros, selon les versions, et sera disponible en France à partir du 21 avril et dès le 7 avril dans d’autres régions.

Huawei joue gros en tentant de convaincre les consommateurs européens que son écosystème d’applications et de services peut rivaliser avec celui de Google.

S’il ne réussit pas, il risque de se trouver évincé de ce marché clef, alors que le marché américain lui est déjà interdit.

Seuls les marchés d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud lui resteraient alors ouverts.

Pour Thomas Husson, de la société d’études économiques Forrester, Huawei a présenté un appareil techniquement très performant, en photo notamment.

Mais le magasin d’applications proposé par Huawei « est encore très loin d’offrir une alternative au Google Play Store », a-t-il estimé.

« Il faudra beaucoup plus de temps, d’effort et d’argent pour que Huawei puisse concurrencer l’écosystème d’applications et de services de Google », a-t-il estimé.

Huawei a précisé de son côté qu’il était possible d’accéder à certains services comme Facebook très facilement, même s’ils ne figurent pas dans le magasin d’applications.

Le magasin d’application Huawei est en effet capable de rediriger l’utilisateur vers le site de Facebook, pour qu’il puisse installer le service et l’utiliser.