Que ce soit pour prévenir les incendies, garder le contact avec son vieux père, permettre à grand-maman d’écouter ses chansons ou éclairer le couloir sur son passage, des dizaines de gadgets existent pour aider les aînés en perte d’autonomie. Une entreprise montréalaise, Eugeria, nous présente sa sélection.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

La techno au service des personnes âgées

Module qui coupe la cuisinière en cas d’alarme de feu, pilulier intelligent, cadre numérique pour recevoir des nouvelles de ses proches, lecteur mp3 avec un seul bouton… Il existe sur le marché bien des appareils peu connus conçus pour les aînés en perte d’autonomie, seuls ou tout simplement peu à l’aise avec la technologie. Une jeune entreprise québécoise, Eugeria, s’est donné comme mission de les regrouper sur son site, de les offrir et, dans certains cas, de les franciser. Dans certains cas, on offre la possibilité de les configurer à distance, COVID-19 oblige. Nous en avons testé une douzaine qui nous ont charmé.

Eugeria (« bien vieillir » en grec), ce sont deux camarades de cégep au départ, Valérie Larochelle et Quoc Dinh Nguyen. La première est une entrepreneure qui a longtemps travaillé à l’étranger, le second, un médecin gériatre formé à l’Université de Montréal et chercheur. Il a d’ailleurs été nommé le 10 avril dernier sur l’équipe d’experts pour coordonner la lutte contre la COVID-19 dans les milieux de vie pour aînés.

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Quoc Dinh Nguyen et Valérie Larochelle, cofondateurs d’Eugeria

Il y a deux ans, Mme Larochelle et le Dr Nguyen se sont rencontrés dans un projet commun : « l’innovation pour le vieillissement ».

« On s’est rendu compte dans nos recherches que le Québec est isolé de l’innovation », dit Mme Larochelle, PDG d’Eugeria. « Quand ça vient des États-Unis, ce n’est pas traduit. Quand ça vient de la France, avec leurs prises électriques, ça ne marche pas non plus. Et plein de ces innovations récentes ne sont pas offertes au Québec. »

Trois tests pour un produit

Utiliser la technologie pour limiter la perte d’autonomie n’est pas une idée nouvelle, souligne le Dr Nguyen. « On en parle depuis 20 ans, mais ce n’est pas arrivé dans la réalité, parce que c’est souvent très compliqué. »

Les deux associés ont décidé de regrouper sur une plateforme web tous les produits qui leur semblaient prometteurs, après les avoir testés. Le site eugeria.ca a été ouvert en septembre 2018. Une équipe d’une demi-douzaine de personnes le gère, et un employé en particulier a la mission de répondre à toutes les questions techniques des utilisateurs.

« Pour un produit qu’on met, on en rejette peut-être trois », dit le gériatre.

Le résultat : un catalogue web et papier de quelque 150 appareils. « On essaie de trouver des produits clés en main. Si un proche l’a configuré, la personne le met, il fonctionne », résume le Dr Nguyen.

Limites médicales

Certains gadgets sont d’une ingéniosité renversante, d’autres d’une simplicité désarmante, mais tous peuvent contribuer à améliorer la qualité de vie de certains aînés. Nous en avons testé une douzaine (voir autre onglet).

« Les gériatres sont conscients que le médecin a ses limites, que les médicaments pour quelqu’un qui a des troubles cognitifs ne sont pas extraordinaires, dit le Dr Nguyen. La technologie peut aider. »

Le site a attiré 71 000 utilisateurs uniques. Eugeria ne se contente pas de compiler ces produits, généralement offerts par des entreprises américaines, britanniques ou françaises, mais les garde en stock pour assurer des livraisons rapides.

Dans certains cas, l’entreprise a contribué à la rédaction d’un manuel d’instruction en français et travaille également à franciser certaines interfaces.

Eugeria pourrait-elle concevoir ses propres produits ? « C’est dans les plans… », laisse tomber le gériatre avec un sourire. 

Les besoins sont tellement vastes et l’offre est tellement minime que les responsables d’Eugeria sont sûrs d’avoir trouvé la bonne niche.

Entre 60 et 80 ans, de 10 à 15 % des gens ont des troubles cognitifs. À 85 ans, c’est une personne sur trois. C’est quasiment mainstream, mais on n’en prend pas conscience.

Le Dr Quoc Dinh Nguyen, gériatre et cofondateur d’Eugeria

Rapprochement techno

Ces appareils peuvent servir aux aînés sans pertes cognitives qui ne sont tout simplement pas à l’aise avec la technologie. Ils peuvent en outre permettre dans certains cas de rapprocher les aînés de leurs familles. Le Familink, par exemple, est un cadre numérique sur lequel des proches peuvent envoyer facilement une photo et un petit message à partir de leur téléphone intelligent.

« Certains de nos produits sont particulièrement utiles en ce moment : depuis début avril, la fréquentation de notre site a repris, indique la PDG. Dans ma famille, des membres qui n’utilisaient pas le Familink se sont mis à envoyer des photos comme jamais. »

Le banc d’essai de l’âge d’or

Comme le font les responsables d’Eugeria, nous avons voulu tester quelques appareils destinés aux aînés avant d’en parler, et avons interrogé quelques clients satisfaits. Voici en six temps nos coups de cœur, parfois nos doutes, et quelques agréables surprises.

Familink

Sans conteste, le coup de cœur de notre sélection. Sur ce petit cadre numérique, branché par WiFi ou par réseau cellulaire, s’affichent photos et messages envoyés par une application mobile ou à une adresse courriel personnelle. L’aîné à l’autre bout peut appuyer sur un cœur pour signifier sa satisfaction. « Ma mère habite à Jonquière, je suis à Sherbrooke, la famille est éparpillée un peu partout et ma mère se plaignait d’être la dernière à voir les photos, raconte Richard Moisan. Je lui ai acheté un Familink, c’est exactement ce qu’elle voulait. » Pour l’auteure et conférencière Nancy Mbatika, « difficile de ne pas être vendu » à cet appareil qu’elle a acheté à son grand-père de 97 ans. « On est une dizaine à alimenter le Familink, c’est vraiment un bon coup. »

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Le Familink est un petit cadre numérique, branché par WiFi ou par réseau cellulaire, où s’affichent photos et messages envoyés par une application mobile ou à une adresse courriel personnelle.

Flipper

Il s’agit tout bonnement d’une télécommande universelle dont les fonctions les plus complexes sont cachées sous un clapet. L’utilisateur, lui, n’a le choix qu’entre cinq boutons pour l’alimentation, le volume et les chaînes de la télévision. « J’ai acheté le Flipper à mon père qui a la maladie de Parkinson et qui est en résidence à Québec, dit Julie Lavoie, de Montréal. J’étais obligée d’appeler sans cesse les préposés pour qu’il puisse regarder sa partie de hockey. Je serais mal à l’aise de faire ça en ce moment. Dans le contexte actuel, ce serait déplacé. » Mme Lavoie a programmé la quinzaine de postes préférés de son père. « Avec les gens en perte d’autonomie, on ne peut imaginer à quel point les choses les plus banales deviennent compliquées. Il ne lui reste que ça, la télé, on veut qu’il soit bien. »

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Le Flipper est tout bonnement une télécommande universelle dont les commandes les plus complexes sont cachées sous un clapet. L’utilisateur, lui, n’a le choix qu’entre cinq boutons pour l’alimentation, le volume et les chaînes de la télévision.

Simple Music Player

Ce lecteur MP3 a l’apparence d’un jouet qui serait inspiré des vieilles radios. On peut y transférer avec un câble USB jusqu’à 4 Go de chansons. L’utilisateur n’a qu’à soulever un clapet pour démarrer l’écoute, et l’abaisser pour l’arrêter. C’est tout. « Maman a des troubles cognitifs et une dégénérescence maculaire, elle ne voit pas bien, et ça faisait longtemps qu’elle nous demandait un système de son, précise Sylvie Cloutier. Je lui ai acheté un Simple Music Player, j’ai mis du Tino Rossi et du Charles Trenet, elle est super heureuse avec ça. Elle s’en sert tous les matins en se levant. » Avec la COVID-19, Eugéria offre maintenant la possibilité de charger les chansons sur le Simple Music Player avant de l’envoyer.

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Le Simple Music Player a l’apparence d’un jouet qui serait inspiré des vieilles radios. On peut y transférer avec un câble jusqu’à 4 Go de chansons. L’utilisateur n’a qu’à soulever un clapet pour démarrer l’écoute, et l’abaisser pour l’arrêter.

Wallflower

Très brillant, ce petit module. Il se branche entre la cuisinière et sa prise électrique, puis communique avec l’application mobile, par WiFi, chaque fois que la cuisinière est allumée. On peut configurer les alertes pour recevoir, après un certain temps, une deuxième notification signalant que la cuisinière est restée trop longtemps allumée. « À l’origine, ç’a été lancé non pour les aînés mais pour les familles dont les enfants étaient à la maison », signale Valérie Larochelle, d’Eugeria. Un autre appareil, le FireAlert, se branche sur la cuisinière ou le micro-ondes et interrompt l’alimentation électrique si le détecteur de fumée est déclenché. Au Québec, selon la Sécurité publique, 28 % des incendies naissent dans la cuisine.

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Le Wallflower (à gauche) se branche entre la cuisinière et sa prise électrique puis communique avec l’application mobile, par WiFi, chaque fois que la cuisinière est allumée. Le FireAlert (à droite) se branche sur la cuisinière ou le micro-ondes et interrompt l’alimentation électrique si le détecteur de fumée est déclenché.

Horloge-calendrier Alzheimer

Nous ne pensions pas être séduit par cet écran de 8 po, monochrome, qui ne sait faire qu’une chose : afficher l’heure et la date. Et pourtant, c’est arrivé. Précisons d’abord que l’horloge-calendrier Alzheimer affiche également le jour de la semaine et, surtout, le moment de la journée : matin, soir, nuit, aux aurores… On ne peut douter de l’utilité de cet appareil pour tout aîné souffrant de pertes cognitives, et même pour celui dont les contacts sociaux sont limités et qui en perd la notion du temps. « Ce n’est pas une grosse technologie, mais c’est quelque chose qu’on a vu aider beaucoup de gens, dit la PDG d’Eugeria. Mon grand-père a testé cette horloge-là, il trouve qu’elle lui dit tout, elle le sécurise, il voulait absolument la garder. »

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L’horloge-calendrier Alzheimer est un écran de huit pouces, monochrome, qui ne sait faire qu’une chose : afficher l’heure et la date et, surtout, le moment de la journée-matin, soir, nuit, aux aurores…

En vrac

ReminderRosie est un assistant vocal sommaire qui sert essentiellement à une chose : répéter la phrase que vous lui dictez à une heure précise, jusqu’à ce qu’on lui tape dessus pour l’arrêter. Côté reconnaissance vocale, il n’est malheureusement pas très futé, avons-nous constaté. Le Clarity est un téléphone avec de grosses touches, au son amplifié et dont on programme neuf boutons avec photo. Le pilulier TabTime Medelert sonne chaque fois qu’il est temps de prendre un comprimé – des dizaines de combinaisons sont possibles – et ne s’arrête que quand on le renverse. Enfin, Eugeria propose deux modèles de veilleuse avec détecteur de mouvement, un à batterie et l’autre rechargeable, pour guider les aînés la nuit et leur éviter des chutes.

  • ReminderRosie est un assistant vocal sommaire qui sert essentiellement à une chose : répéter la phrase que vous lui dictez à une heure précise, jusqu’à ce qu’on lui tape dessus pour l’arrêter.

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    ReminderRosie est un assistant vocal sommaire qui sert essentiellement à une chose : répéter la phrase que vous lui dictez à une heure précise, jusqu’à ce qu’on lui tape dessus pour l’arrêter.

  • Le Clarity est un téléphone avec de grosses touches, au son amplifié et dont on programme neuf boutons avec photo.

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    Le Clarity est un téléphone avec de grosses touches, au son amplifié et dont on programme neuf boutons avec photo.

  • Le pilulier TabTime Medelert sonne chaque fois qu’il est temps de prendre un comprimé – des dizaines de combinaisons sont possibles – et ne s’arrête que quand on le renverse.

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    Le pilulier TabTime Medelert sonne chaque fois qu’il est temps de prendre un comprimé – des dizaines de combinaisons sont possibles – et ne s’arrête que quand on le renverse.

  • Eugeria propose deux modèles de veilleuse avec détecteur de mouvement, une à batterie et l’autre rechargeable, pour guider les aînés la nuit et leur éviter des chutes.

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    Eugeria propose deux modèles de veilleuse avec détecteur de mouvement, une à batterie et l’autre rechargeable, pour guider les aînés la nuit et leur éviter des chutes.

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