Concrete Genie, la plus récente exclusivité pour la PS4 disponible à compter d’aujourd’hui, est un petit chef-d’œuvre, d’un graphisme et d’une originalité à couper le souffle. Dommage que sa mécanique de jeu soit si embrouillée.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

C’est au plus petit studio de Sony Interactive Entertainment, Pixelopus, qu’on doit cet ovni vidéoludique qu’est Concrete Genie. On a ainsi entre les mains un jeu vidéo qui a l’originalité et l’audace des œuvres d’un studio indépendant, avec tous les moyens techniques et la maîtrise de Sony.

Imaginez un film d’animation 3D de Tim Burton, genre Frankenweenie ou Corpse Bride, dont on aurait fait un jeu vidéo. Ici, on personnifie Ash, un adolescent qui erre dans les rues de sa ville de Denska, un ancien port victime d’une mystérieuse malédiction. Autrefois animé et joyeux, Denska est maintenant sombre et triste.

Intimidateurs et démons

PHOTO FOURNIE PAR SONY INTERACTIVE ENTERTAINMENT

Ash se promène de quartier en quartier, illumine les murs, nettoie les moisissures, redonne vie à des génies qui l’aident à accomplir ses tâches.

Sauf qu’Ash est un jeune peintre qui tombe sur un pinceau magique qui lui permet de redonner vie et couleurs à sa ville natale. Il se promène de quartier en quartier, illumine les murs, nettoie les moisissures, redonne vie à des génies qui l’aident à accomplir ses tâches. C’est le joueur qui contrôle la peinture sur les murs et donne la forme qu’il souhaite à ses génies. On utilise notamment une mécanique que nous n’avions encore jamais expérimentée avec la PS4, le pinceau suivant les mouvements de la manette.

Les méchants, ici, ce sont d’affreux garnements qui l’intimident, l’attendent au détour de ses missions, lui volent son pinceau et ses croquis et l’enferment dans des poubelles. Ils sont sinistres et multiplient les commentaires désobligeants. On ne peut pas faire grand-chose contre eux à part les éviter et crier pour les détourner. À mi-chemin du jeu, on a également affaire à des génies malfaisants qu’il faut neutraliser, mais rien de très sanglant. Enfin, s’il arrive parfois qu’on saute dans le vide ou dans l’eau, on reprend tout simplement l’action comme si de rien n’était.

Bref, rien de très stressant.

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C’est le joueur qui contrôle la peinture sur les murs et donne la forme qu’il souhaite à ses génies.

Génies à la rescousse

Dans les trois tableaux que nous avons complétés en une dizaine d’heures de jeu, nous avons eu à résoudre des énigmes allant de très faciles à incompréhensibles pour trouver des façons de passer d’un secteur à l’autre, allumer les ampoules et retrouver nos croquis. Souvent, il fallait demander l’aide d’un génie pour accomplir une tâche spécifique - par exemple, un génie électrique pour alimenter en électricité une porte, un génie du vent pour pousser un bateau à l’eau. Pour lutter contre les moisissures, il faut obtenir de la super-peinture, que les génies nous octroient quand on dessine sur les murs ce qu’ils demandent.

On ne peut s’empêcher de trouver le monde de Concrete Genie tout simplement magnifique. Ce jeu est paradoxal : Denska a beau être sinistre, Ash et ses couleurs nous font sourire à tout coup, tandis que les génies multiplient les clowneries. Les intimidateurs ont beau être insupportables, on se prend à les plaindre quand on découvre leur passé. Les génies ont beau émettre des sons dignes d’un film d’horreur, ce sont des petits toutous qui ne veulent que s’amuser.

L’anti-Fortnite

Toujours dans la même veine paradoxale, on a beau profiter de multiples conseils pour la prochaine mission, disposer de cartes et de pistes lumineuses, on est plutôt perdu devant la mécanique de ce jeu. On ne sait pas très bien ce que peuvent faire les génies, comment les débloquer quand ils sont coincés, à quoi servent exactement les peintures qu’on nous encourage à faire sur les murs.

PHOTO FOURNIE PAR SONY INTERACTIVE ENTERTAINMENT

Denska a beau être sinistre, Ash et ses couleurs nous font sourire à tout coup, tandis que les génies multiplient les clowneries.

Quelques exemples : les génies semblent incapables de traverser un mur qui n’a pas été peint, mais ils le font parfois sans qu’on puisse l’expliquer. Ils nous demandent de temps en temps des dessins qui ne sont pas dans notre réserve ou font des requêtes en gesticulant que nous n’avons pu comprendre.

Trop souvent, nous avons dû errer à la recherche de l’indice, de l’appareil à débloquer, du bout de papier manquant sans être sûr de ce qu’on nous demandait. Une certaine lassitude guette le joueur après toutes ces heures à peindre des murs, à recharger son pinceau de super-peinture et à s’amuser avec ses génies. Évidemment, on comprend après quelques minutes qu’on n’a pas affaire à Fortnite, ici : pas de combats survitaminés, mais plutôt une ambiance onirique dans laquelle on plonge tout doucement, pour laquelle il faut prendre son temps. Et on est totalement séduit par cette ambiance, même si on aurait aimé un peu plus d’action et des objectifs un peu plus clairs.

Le verdict : du point de vue artistique, pour son souffle et son originalité, Concrete Genie est un pur chef-d’œuvre. Ça n’en fait malheureusement pas un jeu vidéo très bien ficelé.

★★★★

Concrete Genie. Développeur : Pixelopus. Éditeur : Sony Interactive Entertainment. Date de lancement : 8 octobre 2019. Prix : 39,99 $ (édition standard).