De plus en plus d’entreprises québécoises profitent du crédit d’impôt pour la production de titres multimédias (CTMM), surtout conçu pour la production de jeux vidéo, même si celui-ci profite encore en majorité à des filiales de sociétés étrangères.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Selon des données compilées par Investissement Québec, l’organisme responsable de l’administration de ce crédit, le nombre total d’entreprises ayant reçu une attestation dans le cadre de ce programme est passé de 102 à 170 entre 2013-2014 et 2018-2019, soit une période de six ans.

Au même moment, la proportion de ces entreprises ayant leur siège social à l’extérieur du Québec est passée de 25 % à 17 %. La quasi-totalité des 68 entreprises s’étant ajoutées durant cette période étaient donc de propriété québécoise, est-il possible de déduire.

Cette période correspond à l’apparition de dizaines de nouvelles entreprises de jeux vidéo, pour la grande majorité fondées par d’anciens employés de grands studios étrangers présents à Montréal, notamment Ubisoft, Warner Bros., Electronic Arts ou Square Enix/Eidos.

« Ce crédit a été créé pour un studio étranger en particulier, le plus gros au monde [Ubisoft Montréal], mais n’a jamais été limité seulement aux grands studios étrangers », rappelle Louis-Félix Cauchon, président du studio Borealys et de la Guilde des développeurs de jeux vidéo indépendants du Québec, qui regroupe plus de 180 studios.

Si on a déjà entendu les récriminations de ces petites entreprises à propos du CTMM, notamment sur la lourdeur du processus pour des fondateurs dont l’expérience administrative était déjà limitée, ce n’est plus le cas, assure M. Cauchon.

« Les gens s’améliorent, et il y a beaucoup de partage d’expertise sur ce plan-là entre les entreprises. »

La part du lion

Selon toute vraisemblance, ce sont encore les entreprises étrangères qui recueillent la part du lion de ce crédit.

D’après des données fournies par Investissement Québec, 76 % des employés qui faisaient l’objet du crédit d’impôt l’an dernier travaillaient pour une société étrangère. Ces données souffrent toutefois d’une lacune importante, puisqu’un même employé peut y être comptabilisé à plus d’une occasion s’il change de projet, même au sein de la même entreprise. Ces mouvements sont plus susceptibles de survenir dans de grandes entreprises, de telle sorte que les studios étrangers y sont probablement surreprésentés.

La même lacune est à l’origine de fluctuations très importantes quant au nombre d’employés attestés compilé par Investissement Québec. Ce nombre est ainsi passé de 32 433 en 2016-2017 à 21 269 l’année suivante, avant de revenir à 36 206 l’année dernière, malgré l’absence de bouleversements dans l’industrie.

La cagnotte totale attribuée à ce programme, elle, est en progression constante. Selon les données du ministère des Finances, elle est passée de 152,2 millions de dollars en 2013 à 215 millions en 2018.

D’autres indices permettent aussi de dire que les sociétés étrangères accaparent une grande partie de cette somme. En 2016-2017, plus récente année où elle a présenté séparément le CTMM québécois dans ses états financiers, Ubisoft en avait tiré un peu plus de 90 millions.

Le ministère des Finances évalue à 190,5 millions le coût du programme en 2016, ce qui signifie qu’Ubisoft en aurait à elle seule reçu 47 %. L’année financière d’Ubisoft s’est terminée le 31 mars 2017, ce qui rend un calcul précis impossible.

— Avec William Leclerc, La Presse