Malgré deux ans de pandémie et une montée de la désinformation, 67 % des adultes québécois font « assez ou totalement » confiance aux médias traditionnels, révèle une étude. Une statistique « réconfortante » pour le métier de journaliste, selon des experts.

Publié le 3 juin
William Thériault
William Thériault La Presse

À l’inverse, seulement 25 % des répondants considèrent comme crédible l’information qu’ils voient circuler sur les réseaux sociaux, selon une enquête NETendances réalisée par l’Académie de la transformation numérique de l’Université Laval (ATN) auprès d’environ 1000 personnes. De plus, 65 % des adultes québécois ne font « peu ou pas du tout » confiance à ce genre de publication.

Ces chiffres montrent que « les gens ont le réflexe de ne pas faire confiance aux réseaux sociaux, affirme Hervé Saint-Louis, professeur en médias émergents à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Ça demande un filtre, un peu plus de travail. Et les gens n’ont souvent pas le temps de faire la vérification. Les médias traditionnels, eux, font la vérification. Donc c’est bon pour le métier de journaliste. C’est une bonne nouvelle. »

Aux États-Unis, il y a une dynamique bipartisane entre les sources d’information, note Hervé Saint-Louis. Les républicains regardent Fox News, tandis que les démocrates se fient à CNN. « C’est un peu plus homogène ici, soulève-t-il. Tout le monde fait à peu près la même job. Il n’y a pas de clivage idéologique. C’est bon pour la société de voir qu’il n’y a pas de grand conflit, et c’est pour ça qu’en général les gens font confiance aux médias. »

Je trouve ça réconfortant pour quelqu’un qui œuvre dans le domaine de l’information. Ça montre que le travail des journalistes et des médias est encore apprécié.

Bruno Guglielminetti, porte-parole des enquêtes NETendances à l’ATN

Les réseaux sociaux progressent, la télé demeure forte

Même si une bonne partie des adultes québécois accorde une crédibilité aux médias traditionnels, il n’en demeure pas moins que le tiers d’entre eux utilisent les médias sociaux comme source principale pour se tenir à jour dans l’actualité, révèle l’enquête NETendances. Chez les plus jeunes, cette proportion augmente : c’est le cas de 50 % des 25-34 ans, puis de 67 % des 18-24 ans.

Les personnes immigrantes, de leur côté, sont plus nombreuses que la population générale à s’informer sur le web (57 %) ou à consulter les réseaux sociaux. « C’est un lien avec leur pays de provenance, résume Bruno Guglielminetti. Ça leur permet de garder le contact avec leurs amis à des milliers de kilomètres, mais c’est aussi une façon de s’informer dans sa langue de base par rapport à ce qui se passe dans le monde. »

Désormais, le journal papier ne rejoint plus que 20 % de la population, une conséquence du retrait progressif de l’impression des principaux journaux. « C’est très bas, pointe Hervé Saint-Louis. Les gens vont sur le web plutôt que sur la version imprimée. »

La télévision demeure le véhicule le plus populaire auprès des Québécois pour s’informer. En plus des réseaux sociaux et de la presse écrite, la télé (64 %) surplombe le web (43 %), la radio (31 %), les applications mobiles (20 %) et les forums de discussion (5 %).

Pour M. Saint-Louis, l’explication est simple. « La télévision, c’est l’un des médias les plus faciles d’accès. Tu peux aisément prendre ta télécommande et flipper les postes. Ça fait plus de 60 ans que le monde fait ça. Et ça vient aussi avec l’habitude, comme avec les nouvelles diffusées à des heures précises. »

De plus en plus dépendants

En moyenne, un Québécois d’âge adulte passe un peu plus de 3 h 30 par jour à naviguer sur Facebook, Twitter, Instagram et compagnie. Bruno Guglielminetti trouve que cette statistique « devrait soulever des questions sur l’emprise des réseaux sociaux ». Hervé Saint-Louis va même plus loin : il a l’impression que les gens sous-estiment leur temps d’utilisation – et qu’ils donnent une réponse non représentative de la réalité.

Et en général, 30 % des adultes québécois disent « avoir de la difficulté à se déconnecter ».

« Les deux dernières années n’ont pas aidé, croit Bruno Guglielminetti. Pour les plus jeunes, c’est l’outil pour les communications : le travail, les amis, les entreprises avec qui ils font affaire, leurs choix de divertissements… le web est devenu un endroit incontournable dans leur vie. »

« Si on se base sur les dernières années, les usages ne feront qu’augmenter, complète-t-il. Les téléphones sont plus faciles d’utilisation et les applications sont toujours plus intéressantes. Donc, c’est juste normal que les individus trouvent cela agréable et pratique. »

En savoir plus

  • 71 %
    Pourcentage d’adultes québécois qui utilisent un téléphone portable pour accéder aux réseaux sociaux. Ce nombre baisse à 52 % pour les ordinateurs, à 29 % pour les tablettes électroniques, à 10 % pour les télévisions intelligentes et à 3 % pour les montres intelligentes.
    Académie de la transformation numérique de l’Université Laval
    76 %
    Pourcentage d’adultes québécois qui s’entendent à dire qu’il y a de plus de plus de commentaires négatifs sur les réseaux sociaux. 66 % d’entre eux pensent que les exploitants de ces plateformes doivent faire davantage d’efforts pour modérer ce qu’on y écrit.
    Académie de la transformation numérique de l’Université Laval