(Londres) Mis sous pression budgétaire par l’État britannique, la BBC supprime 1000 emplois et accélère son virage numérique, avec un plan radical qui va se traduire par la fusion de ses chaînes d’informations nationale et internationale et le passage en ligne de plusieurs autres.

Publié le 26 mai
Germain MOYON Agence France-Presse

Déjà soumis à plusieurs plans d’économies ces dernières années et au vieillissement de ses audiences, le géant de l’audiovisuel public, institution dont l’influence dépasse largement les frontières britanniques, a vu son horizon financier s’assombrir cette année avec la décision du gouvernement conservateur de geler la redevance pour deux ans.

Les nouvelles mesures annoncées jeudi par l’institution dans un communiqué visent ainsi à économiser 500 millions de livres par an (800 millions), dont 200 millions de livres pour combler la plus grande partie du trou béant creusé par cette décision.  

Le reste doit être investi dans le numérique « pour construire une BBC donnant la priorité au numérique, quelque chose de vraiment nouveau […] une force positive pour le Royaume-Uni et pour le monde », a plaidé le directeur général Tim Davie en s’adressant au personnel.

Est notamment prévue la création d’une chaîne d’informations unique BBC News pour les audiences britannique et internationale, actuellement séparées, « tout en maintenant la possibilité de diffuser des contenus distincts selon les évènements ».

Le groupe va cesser de diffuser en linéaire sa chaîne pour enfants CBBC (pour les 6-12 ans) et sa chaîne culturelle BBC 4, dont les contenus basculeront donc en ligne.

Certains services en langues étrangères passeront également en ligne uniquement, tandis que la diffusion radio par grandes ondes sera supprimée après consultations avec les services maritimes.

Au total, cela se traduira par 1000 emplois de moins, sur un total actuel d’environ 22 000 employés.

« Question existentielle »

Le groupe s’est fixé comme objectif de réaliser 75 % de ses audiences via sa plateforme numérique iPlayer.

Des investissements seront réalisés pour des contenus pour cette plateforme et celle réservée aux contenus sonores BBC Sounds, dont les contenus les moins performants seront supprimés.

La vénérable « Beeb » traverse une période difficile en raison des bouleversements des habitudes de consommation de ses audiences, avec l’émergence de Netflix ou Disney+, et des relations difficiles avec le pouvoir conservateur, encore aggravées récemment avec la nomination au ministère de la Culture de Nadine Dorries, ouvertement hostile à l’audiovisuel public.

Cette dernière a gelé en janvier pour deux ans la redevance (159 livres, 255 $) et mis en doute la survie à long terme de ce mode de financement mal aimé, surtout en période d’inflation historique.

Le pouvoir conservateur accuse la BBC d’avoir couvert le Brexit de manière partiale, avec un biais hostile à la sortie de l’Union européenne.  

Il lui reproche plus généralement d’être centrée sur les préoccupations des élites urbaines plutôt que des classes populaires, des attaques qui reçoivent un écho favorable dans une partie de l’électorat conservateur et de tabloïds pourfendeurs du « wokisme » et prompts à s’en prendre à la BBC.

L’annonce de ce plan de transformation coïncide avec le lancement d’une revue de la mission du groupe public par Nadine Dorries, personnalité très conservatrice autrice de romans descendus par la critique et l’une des ministres les plus loyales à Boris Johnson pendant les scandales.

Ces travaux visent à rendre la BBC « plus impartiale, plus accessible et telle qu’elle reflète mieux la variété des opinions ». Ils doivent aboutir à une obligation légale de 25 % du personnel issus de classes populaires et que la majorité des programmes soient produits hors de Londres d’ici à 2027.

À cette occasion, le gouvernement a confirmé vouloir étudier « la faisabilité » de supprimer la redevance à partir de 2028.

La direction du groupe s’est dite cette semaine ouverte à toutes les options, y compris à un modèle basé sur des abonnements pour les programmes de divertissement ou fictions, son président Richard Sharp soulignant que la BBC faisait face à « une question existentielle ».

Au-delà de la BBC, le gouvernement a provoqué un tollé récemment en annonçant vouloir privatiser Channel 4, propriété de l’État, mais financée par la publicité. Elle réinvestit ses profits dans la création, avec des émissions ou séries innovantes à succès, d’où la préoccupation des milieux culturels sur son sort.