Après une année dans le rouge, RDS est redevenue rentable, même si la chaîne sportive de Bell Média a perdu 11 % de ses abonnés en un an.

Vincent Brousseau-Pouliot
Vincent Brousseau-Pouliot La Presse

RDS a rebondi en 2019-2020 en générant des bénéfices avant intérêts et impôts de 8,4 millions sur des revenus de 138 millions, selon les chiffres rendus publics par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). L’année précédente, la chaîne sportive de Bell Média – longtemps la plus rentable au petit écran francophone – avait connu une première année déficitaire (pertes de 161 000 $) depuis des décennies. En 2015-2016 et en 2016-2017, RDS avait généré des profits de 26 millions par an.

En incluant RDS Info – dont les résultats financiers sont publiés séparément, car il s’agit de deux licences distinctes –, les chaînes sportives francophones de Bell Média ont généré des profits de 2,2 millions en 2019-2020. RDS Info a perdu 6,2 millions au cours de l’année de diffusion se terminant le 31 août 2020.

De son côté, TVA Sports, qui n’a pas fait de profits depuis sa création en 2011, continue de réduire ses pertes annuelles, qui sont passées de 17 millions en 2018-2019 à 9,97 millions en 2019-2020.

Il s’agit de la deuxième année de suite où TVA Sports réduit ses pertes. De 2011-2012 à 2019-2020, la chaîne a perdu 202 millions en neuf ans, soit 22 millions par an en moyenne.

RDS et TVA Sports perdent des abonnés

RDS et TVA Sports font face au même problème : elles perdent des abonnés. Beaucoup d’abonnés. En 2019-2020, RDS a perdu 11,4 % de ses abonnés (- 264 000 abonnés) alors que TVA Sports a perdu 7,2 % de ses abonnés (- 111 000 abonnés). En quatre ans, RDS a perdu le tiers (32 %) de ses abonnés (3 millions à 2 millions), TVA Sports, le quart (24 %) de ses abonnés (de 1,9 million à 1,4 million).

Les revenus d’abonnement représentent généralement de 70 % à 80 % des revenus d’une chaîne sportive spécialisée. Le reste des revenus provient de la publicité. Les chaînes sportives paient généralement le même montant qu’elles ont négocié pour les droits télé, peu importe leur nombre d’abonnés. Moins il y a d’abonnés, plus il est difficile pour ces chaînes de rentabiliser ces contrats de droits télé.

De surcroît, les contrats télé les plus chers au Québec – avec la Ligue nationale de hockey pour TVA Sports et avec le Canadien de Montréal pour RDS – ont été négociés avant cette baisse du nombre d’abonnés. RDS paie environ 60 millions par an au Canadien, TVA Sports, environ 60 millions par an à la LNH.

Bell Média, propriétaire de RDS, n’a pas souhaité faire de commentaires. Le Groupe TVA n’a pas donné suite au courriel de La Presse.

Attention : début de pandémie

Les résultats de RDS et TVA Sports en 2019-2020 doivent toutefois être interprétés avec prudence. En mars 2020, la pandémie de COVID-19 a forcé la suspension des activités des ligues de sport professionnel. Comme les saisons ont été écourtées, les télédiffuseurs ont souvent payé des droits télé réduits. En 2019-2020, les dépenses totales comme les dépenses liées à la programmation et la production ont diminué de 13 % chez RDS et de 11 % chez TVA Sports.

De façon générale, les chaînes sportives diffusent leurs évènements à perte et font leurs profits avec les revenus d’abonnement. À court terme, il est possible que la pandémie ait eu un léger effet bénéfique sur leurs finances (s’il n’y a pas eu de désabonnements), mais il est impossible de le déterminer avec certitude.

Au Canada anglais, la chaîne sportive TSN (Bell Média) et les trois chaînes sportives de Rogers Sportsnet ont généré respectivement des profits de 142 millions (+ 30 % sur un an) et de 98 millions (- 40 % sur un an) en 2019-2020.

Super Écran est déficitaire

Signe des temps, la chaîne sur demande Super Écran – longtemps l’une des plus rentables – est maintenant déficitaire. En 2019-2020, elle a perdu environ 298 000 $, contre des profits de 6,7 millions l’année précédente. Super Écran a perdu 20 % de ses abonnés en un an. La programmation de Super Écran est aussi offerte sur le service de divertissement en ligne Crave, qui n’est pas comptabilisé dans les données du CRTC.

Au total, les 33 chaînes de télé spécialisées francophones ont généré des profits combinés de 70,6 millions sur des revenus de 667 millions en 2019-2020, une hausse des profits de 2,6 millions sur un an.

Les profits sont en hausse malgré une baisse des revenus de 5,5 %. Pourquoi ? Parce que les chaînes ont réduit leurs dépenses de 6,5 %. Leur marge de profit a été de 10,6 %.

Pour la troisième année de suite, Canal D est la chaîne de télé spécialisée francophone la plus rentable.