Guy Laliberté voit grand en matière de réalité virtuelle et de réalité augmentée : il annoncera ce mardi la création d’une équipe de divertissement en réalité virtuelle et augmentée (la réalité « mixte », dans le jargon) au sein de sa société Lune Rouge. Il s’agira de l’un des projets importants de la société.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Selon le cofondateur du Cirque du Soleil, la réalité mixte donnera lieu à des occasions majeures pour les créateurs au cours des cinq prochaines années. Et Lune Rouge veut être au premier plan de cette révolution technologique et créative, autant pour créer et produire du contenu de réalité mixte que pour développer des installations de réalité mixte pour aider d’autres créateurs.

« Il y a cinq ans, je passais pour un extraterrestre [en parlant de réalité mixte], c’était de la science-fiction pour les gens, dit Guy Laliberté en entrevue à La Presse. Pour moi, ce n’est pas de savoir si ça va arriver, c’est de savoir quand ça va arriver. Je suis hyper excité d’un point de vue créatif. Je veux positionner [Lune Rouge] comme la première compagnie de divertissement qui va amener la notion de réalité augmentée dans les spectacles en direct. »

Dans l’univers du divertissement, de quoi parle-t-on quand on parle de réalité mixte ? Principalement de deux choses.

Premièrement, la réalité mixte permettra bientôt d’ajouter des effets visuels dans un spectacle. Un peu comme les films 3D au cinéma, un spectateur pourra voir une partie ou la totalité d’un spectacle en réalité augmentée. Au début, le spectateur aurait le choix de louer ou non les lunettes de réalité augmentée pour un spectacle donné.

En pratique, on est déjà rendu là. Avant la pandémie, Guy Laliberté venait de terminer des tests concluants pour les effets de réalité augmentée de son spectacle Au-delà des échos (Through the Echos) dans la pyramide PYI de Lune Rouge au Texas. « La pyramide a été construite pour intégrer les technologies mixtes », dit Guy Laliberté.

Vers un deuxième guichet virtuel

Deuxièmement — et on parle ici d’un changement majeur, selon Guy Laliberté —, la réalité mixte permettrait d’assister de son salon à un spectacle à l’autre bout du monde comme si on y était (grâce aux lunettes de réalité augmentée).

Si cette option devenait populaire, la donne s’en trouverait changée dans l’industrie du spectacle.

À titre d’exemple, au Centre Bell, un concert peut accueillir 15 000 spectateurs, dont quelques centaines juste à côté de la scène. Avec la réalité mixte, on peut laisser quelques sièges vides près de la scène pour des spectateurs virtuels. Et on peut avoir autant de spectateurs virtuels (chacun dans son salon) que l’on veut. On crée ainsi un deuxième guichet virtuel pour rentabiliser un spectacle.

Vous pourriez donc payer pour assister, dans votre salon, à un spectacle de U2 à Londres ou du Cirque du Soleil à Las Vegas dans un siège de la première rangée. Ou encore à une prestation intime de votre groupe préféré avec seulement des spectateurs virtuels (comme si ceux-ci étaient sur place, au contraire des spectacles virtuels qui ont lieu actuellement durant la pandémie).

« Les possibilités sont tellement grandes, dit Guy Laliberté. Il y aura un bond phénoménal de l’investissement en culture. On ne sera plus limité au nombre physique de places grâce à ce [guichet] virtuel. »

Mais nous n’y sommes pas encore, prévient Guy Laliberté. Principalement parce que les lunettes de réalité augmentée coûtent très cher — environ 3500 $ la paire. Tôt ou tard, cette technologie deviendra plus abordable et plus accessible. Le cofondateur du Cirque du Soleil pense qu’il faudra cinq ans avant que la réalité mixte puisse remplir toutes ses promesses. En plus du prix des lunettes virtuelles, il faudra des réseaux 5G assez puissants pour faire fonctionner tous ces projets.

En réflexion depuis une vingtaine d’années

Ce n’est pas la pandémie de COVID-19 qui a donné l’idée à Guy Laliberté de se lancer dans la réalité mixte. Son entreprise Lune Rouge y travaille à l’interne depuis quatre ans. Et le cofondateur du Cirque du Soleil en parle en privé depuis une vingtaine d’années.

« Il y a 20 ans, quand j’étais au Cirque du Soleil, la Silicon Valley venait me voir et faisait plein de promesses, dit-il. On avait de belles présentations, mais la techno ne suivait jamais. »

Maintenant que la technologie commence à être à point, l’entreprise montréalaise de Guy Laliberté veut se positionner comme un précurseur de la réalité mixte. À court terme, Lune Rouge envisage de faire des partenariats à Miami et à Las Vegas afin de créer des studios de création de contenu de réalité mixte.

Dans l’après-pandémie, la réalité mixte aura-t-elle la cote ou les gens voudront-ils revenir uniquement à des spectacles en personne ? Pour Guy Laliberté, la tendance voulant que la réalité mixte vienne compléter les spectacles traditionnels est inévitable. « On va avoir besoin de contacts humains [après la pandémie], mais quand on regarde ce que le téléphone a fait à nos enfants qui aiment mieux jouer en ligne avec leurs amis [que les voir en personne]… la réalité mixte n’empêchera pas que les gens voudront vivre des expériences humaines, mais elle va faciliter énormément de choses. On s’en va là. »

Le jour où on pourra assister à un spectacle de U2 en réalité augmentée n’est peut-être pas si lointain. Et lorsqu’il arrivera, on ne devra pas s’étonner que Lune Rouge soit dans le portrait. Car avant de se lancer dans la réalité mixte, le cofondateur du Cirque a échangé des idées avec son réseau d’amis créatifs aux quatre coins de la planète. Dont Bono et The Edge, deux des membres de U2.

« Je suis un créateur et je veux utiliser mon savoir-faire pour être un leader créatif dans ce domaine, dit Guy Laliberté. Plus que jamais, le contenu va être roi. L’univers va s’ouvrir pour la famille créative du monde. C’est énorme, ce qui s’en vient. »