Radio-Canada a entendu les critiques à son égard devant le CRTC au cours des trois dernières semaines. Mais le diffuseur public estime qu’il « est pratiquement impossible de satisfaire tout le monde. » Et demande toujours des conditions de licences télé moins sévères pour les cinq prochaines années.

Publié le 28 janv. 2021
Vincent Brousseau-Pouliot
Vincent Brousseau-Pouliot La Presse

« Les attentes des Canadiens envers leur diffuseur public sont très élevées. […] Ils veulent qu’on en fasse plus et qu’on le fasse mieux. C’est ce que nous voulons nous aussi. Mais nous savons que c’est un exercice complexe et qu’il est pratiquement impossible de satisfaire tout le monde dans les limites de notre financement actuel. C’est un défi que nous essayons de relever tous les jours », a dit Catherine Tait, PDG de CBC/Radio-Canada, lors de son discours lors de la dernière journée des audiences du CRTC sur le renouvellement des licences du diffuseur public.

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) décidera notamment du nombre minimal d’émissions canadiennes d’intérêt national (ex : des séries dramatiques comme District 31 et Les Pays d’en haut) diffusées à ICI Télé en heures de grande écoute. Radio-Canada veut réduire son obligation de diffuser des émissions canadiennes d’intérêt national en heures de grande écoute (19 h à 23 h) de sept à six heures par semaine sur sa chaîne généraliste ICI Télé. En pratique, ICI Télé en a diffusé 10 heures par semaine en moyenne en 2019-20.

En contrepartie, Radio-Canada s’engage d’en diffuser huit heures par semaine en comptant ICI Télé et sa plateforme numérique ICI Tou.tv (cet engagement ne serait pas contraignant car le CRTC a ne réglemente pas les plateformes numériques pour l’instant). « Nous avons besoin d’une marge de manœuvre pour innover et prendre des risques », dit Catherine Tait, PDG de Radio-Canada.

Plusieurs intervenants, dont l’Union des artistes et l’Association québécoise de production médiatique (AQPM) qui représente les producteurs télé, s’opposent aux demandes de Radio-Canada de réduire ses obligations à ICI Télé. L’Union des artistes et les producteurs télé estiment que Radio-Canada doit plutôt revenir à une obligation d’en diffuser 10 heures par semaine, comme c’était le cas avant un allégement octroyé en 2013 par le CRTC (pour passer à sept heures) en raison des coupes au financement public de Radio-Canda.

Radio-Canada estime ces demandes « figées dans le passé ». « Notre mandat nous demande de desservir tous les Canadiens. Nous ne pouvons pas risquer de perdre la prochaine génération, au risque de perdre toutes les générations à venir », dit Catherine Tait, PDG de Radio-Canada.

Si le CRTC accepte les demandes de Radio-Canada, l’Union des artistes et les producteurs télé ont peur que Radio-Canada investisse moins dans les séries dramatiques et autres émissions canadiennes d’intérêt national, parce que le budget de ces émissions sur les plateformes numériques (ICI Tou.tv) est généralement moins élevé que sur les plateformes traditionnelles (ICI Télé).

Radio-Canada réplique avec l’exemple de C’est comme ça que je t’aime, sacrée meilleure série dramatique aux derniers Gémeaux. La série a d’abord été diffusée sur la plateforme numérique l’Extra de ICI Tou.tv au printemps avant d’être disponible sur ICI Télé cet automne. Selon Radio-Canada, le « succès » de la série sur l’Extra d’ICI Tou.tv « n’a pas eu d’effet négatif sur son écoute, dit Michel Bissonnette, vice-président principal de Radio-Canada. Cela démontre clairement que le numérique vient s’additionner au linéaire. Si on veut rejoindre les Canadiens sur le numérique, il faut leur offrir le même niveau de qualité qu’ils retrouvent sur les grandes plateformes internationales. »

Plusieurs intervenants, dont Québecor, demandent au CRTC de mettre fin à Tandem, le service de contenu publicitaire de marque de Radio-Canada sur ses plateformes numériques, ainsi qu’à l’abonnement payant l’Extra de ICI Tou.tv. Québecor demande aussi au CRTC de recentrer la programmation de Radio-Canada.

Autre demande d’allègement réglementaire de Radio-Canada : une définition de « production originale de première diffusion en français » moins exigeante que celle des diffuseurs privés, qui interdit de comptabiliser les émissions anglophones canadiennes doublées en français. Radio-Canada aimerait pouvoir compter sur son ancienne définition pour diffuser des émissions jeunesse doublées en français et des émissions jeunesse en coproduction avec Télé-Québec.

Combattre le racisme systémique

Le diffuseur public a aussi comme objectifs de faire une plus grande place à la diversité et de combattre le racisme systémique. « CBC/Radio-Canada est engagée à faire plus et à faire mieux – pas seulement pour améliorer la représentativité [de la diversité] mais aussi pour combattre le racisme systémique – sur toutes nos plateformes, dans notre contenu et au sein de notre organisation et dans notre culture d’organisation », dit Catherine Tait, PDG de Radio-Canada.

La question de la représentativité de la diversité est « déjà très présente dans le choix des invités » dans des émissions de télé comme Tout le monde en parle et En direct de l’univers, selon Michel Bissonnette, vice-président principal de Radio-Canada.

Le CRTC, qui a entendu 71 intervenants depuis trois semaines, décidera au cours des prochains mois des conditions de licence de Radio-Canada pour les cinq prochaines années.