Pas de publicité. Pas de séries ou de films américains. Pas de concepts étrangers adaptés au Québec. Accès gratuit à toutes les émissions sur ICI Tou.tv. Davantage d’émissions sur l’éducation, la culture, la jeunesse, les affaires publiques, les nouvelles et la science.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Voilà ce que demande Québecor pour les cinq prochaines années à Radio-Canada. Le diffuseur public renouvelle actuellement ses licences télé et radio devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), qui prend les suggestions des citoyens et de l’industrie avant d’émettre les conditions de licences de Radio-Canada pour les cinq prochaines années.

Dans sa comparution attendue aux audiences mardi, Québecor a plaidé que Radio-Canada doit se « recentrer » sur sa mission et cesser ses « dérapages » commerciaux.

« Les dérapages se sont succédé. [Radio-Canada] a perdu [de vue] ce sur quoi elle devait se concentrer : enrichir les Canadiens et les Canadiennes de contenu canadien », a indiqué Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Québecor, le principal concurrent de Radio-Canada en divertissement au Québec (par le biais du Groupe TVA, contrôlé par Québecor).

Québecor aimerait que le CRTC interdise la publicité sur toutes les plateformes de Radio-Canada. Mais le conglomérat dirigé par Pierre Karl Péladeau critique particulièrement Tandem, le nouveau service de contenu de marque de Radio-Canada pour ses plateformes numériques. Tandem a été critiqué par plusieurs intervenants, dont des employés et ex-employés de Radio-Canada. Selon M. Péladeau, Tandem symbolise cette « volonté exacerbée [chez Radio-Canada] de toujours vouloir aller chercher des revenus publicitaires ». « [La] publicité est à l’origine de tous les maux [chez Radio-Canada], dit-il. On s’en plaint parce qu’on s’éloigne de la mission radio-canadienne. [Il y a] une obsession de faire du copier-coller avec les diffuseurs privés alors que les sources de financement sont différentes. »

La fin de l’Extra de ICI Tou.tv souhaitée

Québecor aimerait que le CRTC force Radio-Canada à offrir gratuitement toutes ses émissions sur ses plateformes numériques. Ce serait ainsi la fin de l’Extra de ICI Tou.tv, qui demande 6,99 $ par mois pour accéder à du contenu exclusif sans publicité. Selon la proposition de Québecor, la version gratuite de ICI Tou.tv diffuserait gratuitement le contenu de Radio-Canada.

« Lorsqu’on demande de payer pour avoir accès à des contenus exclusifs, [lorsque Radio-Canada est] un distributeur, ça m’apparaît complètement en dehors de sa mission », dit M. Péladeau. Comme « les contribuables participent au financement de toutes les activités de Radio-Canada », ils ne devraient pas devoir payer à nouveau pour accéder au contenu, selon M. Péladeau. (Lors de sa présentation, Québecor ne remettait toutefois pas en cause les redevances des chaînes de télé spécialisées de Radio-Canada.)

En 2018-2019, 71 % des revenus de Radio-Canada provenaient de fonds publics (1,2 milliard) et 29 %, de revenus commerciaux (490 millions, dont 249 millions en publicité et 124 millions en revenus d’abonnement).

Une programmation plus diversifiée

Québecor estime aussi que la programmation télé Radio-Canada devrait être davantage diversifiée, au lieu de se livrer à une guerre des cotes d’écoute avec TVA.

Au début des audiences, Radio-Canada a rejeté cet argument de Québecor au motif qu’elle prenait davantage de risques créatifs que les diffuseurs privés. Le diffuseur public a cité en exemple sa populaire série District 31, qui n’était pas destinée au départ à des cotes d’écoute moyennes de 1,8 million de téléspectateurs.

« Personne de notre équipe ne va dénoncer le succès de District 31 [qui est] exactement dans le mandat [de Radio-Canada], a dit France Lauzière, présidente et chef de la direction du Groupe TVA, mardi durant les audiences du CRTC. Mais il nous semble normal qu’il y ait un spectre [d’émissions] beaucoup plus large [à Radio-Canada]. On souhaiterait que la programmation soit axée davantage [sur des thèmes] que le secteur privé ne peut pas se permettre pour différentes raisons [documentaire, jeunesse, nouvelles, culture, affaires publiques]. Les lundis, mardis et mercredis [soir], on est nez à nez, on n’est pas dans la complémentarité. Le consommateur canadien y perd. Il pourrait y avoir une contre-programmation plus forte [à Radio-Canada]. »

Un exemple d’émission au cœur du mandat de Radio-Canada ? L’émission Zone économie, animée par Gérald Fillion à RDI, « l’une des plus belles illustrations du service public » selon Pierre Karl Péladeau.

Québecor a profité de sa comparution devant le CRTC pour dénoncer certaines pratiques de Radio-Canada qu’il qualifie d’« anticoncurrentielles » : des « offres publicitaires aux annonceurs qui sont complètement hors des normes du marché », et de la publicité sur son service numérique OHdio sur des émissions diffusées sans publicité à la radio (en raison des conditions de licences des stations de radio de Radio-Canada).

Les nombreuses demandes de Québecor à l’égard de Radio-Canada tranchent avec celles de Bell, l’autre concurrent du petit écran québécois. Bell détient la chaîne généraliste Noovo, plusieurs chaînes spécialisées (ex : RDS) et le service numérique Crave. Contrairement à Québecor, Bell n’avait rien à dire au sujet de la programmation ni du modèle d’affaires de Radio-Canada. Sa seule suggestion au CRTC : que RDI ne soit plus distribué obligatoirement avec le forfait de base au Canada anglais (idem pour CBC News Network au Québec). Cette distribution obligatoire vise à assurer au moins une chaîne d’information continue aux communautés linguistiques minoritaires. Québecor aussi suggère de mettre fin à la distribution obligatoire de RDI au Canada anglais et de CBC News Network au Québec.