Malgré les critiques, Radio-Canada tient à conserver son service publicitaire de contenu de marques Tandem et son service d’abonnement payant Extra d’ICI Tou.tv.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Tandem, un service publicitaire qui propose des balados, des vidéos et d’autres types de contenus publicitaires sur les plateformes numériques de Radio-Canada, est particulièrement critiqué depuis plusieurs semaines. En décembre, 500 artisans et ex-artisans de Radio-Canada et CBC ont demandé son abolition. Devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), l’organisme Les Amis de la radiodiffusion et Québecor demandent aussi l’abolition de Tandem (Québecor demande le retrait de la publicité à Radio-Canada).

CBC/Radio-Canada, qui a révisé en décembre les lignes directrices de Tandem, n’a pas l’intention d’abandonner son service de publicité de contenu.

« [Ce type de publicité] fait partie de la boîte à outils que les annonceurs utilisent aujourd’hui pour rejoindre les consommateurs. Nous offrons ce genre de publicité depuis 2016. Nous avons été un peu surpris par ce tollé, parce que presque tous les organismes de presse respectés comme la BBC, France Télévisions, le New York Times, The Globe and Mail, La Presse ont accepté ce type de publicité. Les médias ont été bouleversés par la technologie. Il y a une énorme fragmentation des auditoires. Les annonceurs utilisent donc plusieurs outils pour rejoindre leur public [dont le contenu de marque sur les plateformes numériques] », a dit Catherine Tait, PDG de CBC/Radio-Canada, en entrevue avec La Presse.

Radio-Canada veut toutefois s’assurer que la distinction soit claire entre le contenu journalistique et le contenu publicitaire (Tandem) sur ses plateformes numériques. La société d’État indique avoir revu les lignes directrices de Tandem le mois dernier pour s’en assurer.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Catherine Tait

Il faut protéger l’intégrité journalistique à CBC/Radio-Canada, nous sommes 100 % d’accord. Nous avons des lignes directrices très strictes, beaucoup plus exigeantes que celles de nos collègues dans les médias canadiens. On accepte que le diffuseur public devrait avoir des normes plus élevées que le reste du système.

Catherine Tait, PDG de CBC/Radio-Canada

Le contenu publicitaire de Tandem préoccupe la directrice générale de l’information de Radio-Canada, Luce Julien. « Dans l’absolu, bien sûr que je préférerais ne pas avoir de publicité de contenu de marques. Est-ce qu’on peut baliser ce type de publicité ? C’est à voir. Ce qui est fondamental, c’est qu’il n’y ait pas de confusion, il faut que ce soit clair pour le citoyen que c’est de la publicité. […] Il ne faut surtout pas mélanger le contenu journalistique [et le] contenu publicitaire », a dit Mme Julien en entrevue à la radio de Radio-Canada la semaine dernière.

« Un modèle d’affaires mixte »

Au cours des trois prochaines semaines, Radio-Canada se présente devant le CRTC afin que l’organisme réglementaire détermine ses conditions de licence pour les prochaines années.

Au nombre des sujets qui seront débattus : le diffuseur public peut-il continuer d’offrir son service payant, l’Extra d’ICI Tou.tv ?

Québecor demande l’abolition de l’Extra d’ICI Tou.tv, prétextant que ce service payant n’est pas dans le mandat du diffuseur public. « Les Canadiens qui s’abonnent à Tou.tv Extra se retrouvent à payer deux fois le contenu [avec le financement public de Radio-Canada et avec leur abonnement] », écrit Québecor au CRTC.

Radio-Canada estime au contraire qu’elle doit continuer de pouvoir offrir l’Extra d’ICI Tou.tv — comme elle exploite déjà des chaînes spécialisées à la télé (RDI, CBC News Network, ICI ARTV, ICI Explora).

« Nous avons toujours un modèle d’affaires mixte [fonds publics et revenus commerciaux], explique Catherine Tait, PDG de CBC/Radio-Canada. Nos homologues dans d’autres pays comme France Télévisions et la BBC ont tous des revenus commerciaux. On sait très bien que ça va continuer [les revenus commerciaux], on ne peut pas dépendre seulement des fonds publics. On essaie de trouver des moyens de gagner nos revenus commerciaux. Chaque dollar gagné est réinvesti. On ne paie pas des actionnaires. Nos actionnaires, c’est le public canadien. Si on gagne 1 $ sur un abonnement à l’Extra d’ICI Tou.tv, c’est pour acheter encore plus de contenu canadien, pour rendre plus de services. »

En 2018-2019, 71 % des revenus de Radio-Canada provenaient de fonds publics (1,2 milliard) et 29 %, de revenus commerciaux (490 millions, dont 249 millions en publicité et 124 millions en revenus d’abonnement).