(Ottawa) Accusant le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, d’être un « voleur de nouvelles », un groupe lance un avis de recherche visant le multimilliardaire en déployant une campagne d’affichage sauvage aux quatre coins du pays. 

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

De Vancouver à Halifax en passant par Toronto et Montréal, le mobilier urbain doit être placardé à compter de mardi d’affiches des Amis de la radiodiffusion à l’effigie du PDG du géant des réseaux sociaux. « Recherché. Vol de journalisme », lit-on sur ces affiches des Amis de la radiodiffusion.

« L’appétit du public pour les nouvelles n’a pas changé. Les entreprises continuent de faire de la publicité. Toutefois, ce ne sont plus les mêmes qui empochent l’argent. Avant, elle était versée aux gens qui produisaient le contenu. Aujourd’hui, elle va aux intermédiaires sans scrupules qui volent cette information », se désole le président du regroupement, Daniel Bernhard, dans une lettre ouverte que La Presse a pu consulter.

IMAGE FOURNIE PAR LES AMIS DE LA RADIODIFFUSION

De Vancouver à Halifax en passant par Toronto et Montréal, le mobilier urbain doit être placardé à compter de mardi d’affiches des Amis de la radiodiffusion à l’effigie du PDG de Facebook, Mark Zuckerberg. « Recherché. Vol de journalisme », lit-on sur ces affiches des Amis de la radiodiffusion.

« Hélas, si Facebook et Google dominent aujourd’hui l’industrie de l’information, c’est parce qu’ils sont des voleurs, un point, c’est tout », enchaîne celui qui est à la tête de ce regroupement citoyen pancanadien de 364 000 personnes qui se donne pour mission de défendre la culture et la démocratie. Il blâme les « gouvernements accommodants », comme le Canada, qui « ferment les yeux sur ces actes ».

Les libéraux ont fait de la taxation des géants du web comme Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft (GAFAM) une promesse électorale. Au début de mai, sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle, le premier ministre Justin Trudeau a toutefois fait valoir qu’imposer une taxe aux richissimes multinationales ne représentait « pas [une] priorité maintenant, avec la COVID ».

L’argument ne tient pas la route, a martelé Daniel Bernhard en entrevue avec La Presse, il y a quelques jours. « L’Australie a agi non pas malgré la crise de la COVID-19, mais à cause de la crise. Le gouvernement s’est dit qu’il fallait agir maintenant, parce qu’un problème sévère est devenu un problème encore plus criant », insiste celui qui livrera ce plaidoyer devant les membres du comité permanent des finances du Sénat, mardi après-midi.

Les médias frappés par la crise

La crise de la COVID-19 a empiré les déboires financiers des médias au pays. Depuis la mi-mars, plus de 2000 emplois ont été perdus et plus d’une cinquantaine de médias ont mis la clé sous la porte, d’après des données colligées et cartographiées par le Media Impact Map for Canada, projet mené par J-Source, le Local News Research Project de l’Université Ryerson et l’Association canadienne des journalistes.

Et pendant ce temps, en s’abreuvant à même des réseaux sociaux comme Facebook, des citoyens se font servir de la désinformation sur la pandémie. « On accorde d’énormes avantages aux GAFAM qui font circuler des informations erronées sur la COVID-19. Et on voit les résultats : un sondage Léger publié la semaine dernière montrait que 53 % des Canadiens croient à une théorie du complot ou à une autre », note le président des Amis de la radiodiffusion.

Le fédéral a donné un coup de main aux médias depuis le début de la crise, notamment en dépensant la vaste majorité de son budget publicitaire de santé publique évalué à 30 millions de dollars dans les médias canadiens. Certains médias comptent se prévaloir de la subvention salariale, mais en revanche, des volets du plan d’aide de 595 millions de dollars annoncé à l’automne 2018 se font encore attendre.

Aux yeux des Amis de la radiodiffusion, la « solution simple » est à portée de main. Avec cette campagne qui sera lancée à Toronto mardi, ils espèrent faire un peu de pédagogie auprès d’un public qui, selon Daniel Bernhard, est derrière l’idée de taxer les géants du web afin de pouvoir compter sur de l’information de qualité. Quant à Mark Zuckerberg, « tant qu’il sera libre de nous voler et de menacer le journalisme canadien d’extinction, il demeurera un homme RECHERCHÉ », prévient le groupe.