Le CRTC refuse d’abaisser ses exigences en termes de vidéodescription envers le Groupe TVA. À partir du 1er septembre, la chaîne de télévision devra produire 28 heures de contenu vidéodécrit par semaine pour les téléspectateurs en perte de vision.

Thomas Dufour Thomas Dufour
La Presse

Dans sa décision publiée le 17 juillet, le CRTC a rappelé l’importance de l’« accessibilité à la programmation pour les personnes ayant un handicap ».

Au tournant des années 2000, le CRTC avait imposé aux diffuseurs canadiens d’augmenter progressivement leur contenu en vidéodescription. À partir de la rentrée prochaine, les grands diffuseurs devront offrir une description sonore du contenu visuel aux heures de grande écoute (entre 19 h et 23 h).

En novembre 2017, le Groupe TVA avait demandé au CRTC de se soustraire à certaines exigences, évoquant des coûts élevés pour la description du contenu visuel. TVA souhaitait éviter de devoir produire une vidéodescription pour les émissions déjà diffusées par le passé ainsi que pour ses chaînes facultatives comme Yoopa, Prise 2 et AddikTV.

TVA souhaitait passer de 79 % à 53 % de contenu vidéodécrit pour ses stations traditionnelles aux heures de grande écoute.

« Québecor Média […] avait avancé que les coûts reliés à la vidéodescription pourraient représenter jusqu’à 25 % du budget de programmation de certains services facultatifs, ce qui forcerait ces derniers à faire des coupures au niveau du contenu », a écrit le CRTC dans sa décision.

L’organisme public a conclu que puisque Québecor possède 37,6 % des parts du marché francophone au Canada, le groupe est en mesure de produire le niveau de vidéodescription demandé. Nos demandes d’entrevue au Groupe TVA sont restées sans réponse.

Autres médias, autres demandes

TVA n’est pas le seul groupe à demander au CRTC d’abaisser ses normes de vidéodescription. En mars, Bell Média, Corus Entertainment et Rogers Media ont demandé au CRTC de pouvoir « diffuser sans vidéodescription des émissions non canadiennes reçues moins de 72 heures avant leur diffusion ». La décision n’a pas encore été rendue.

Radio-Canada/CBC ne se voit pas imposer les mêmes normes puisque sa licence de diffuseur est révisée à des cycles différents par le CRTC. Le diffuseur d’État doit produire seulement quatre heures de vidéodescription par semaine. Le CRTC indique qu’il révisera la situation cette année.

Victoire pour les téléspectateurs 

« Je suis plus que contente de cette décision », s’est exclamée Doris Pineault au bout du fil. La dame de 58 ans utilise la vidéodescription depuis qu’elle a perdu partiellement la vue en 2017.

Elle ne peut plus regarder la télévision sans description du contenu visuel. « District 31 n’est pas disponible en vidéodescription, explique Mme Pineault. Chaque fois que ça joue, j’appelle ma sœur et son conjoint pour qu’ils me décrivent ce qui s’est passé. Sinon c’est trop plate. »

Pour David Demers, directeur général de la division québécoise de l’Institut national canadien pour les aveugles (INCA), c’est une victoire pour les personnes aveugles au Canada. « C’est une amélioration de notre qualité de vie », explique celui qui est aveugle à 70 %.

« Ça permet d’avoir une participation sociale égale, de pouvoir parler de télévision avec les collègues autour de la machine à café », dit M. Demers.