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Québecor s'en prend «au fondement même du système», estiment des experts

La menace brandie par Québecor de priver les abonnés de Bell de la chaîne TVA... (PHOTOMONTAGE LA PRESSE)

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PHOTOMONTAGE LA PRESSE

MÉLANIE MARQUIS, NATHAËLLE MORISSETTE
La Presse

La menace brandie par Québecor de priver les abonnés de Bell de la chaîne TVA Sports à partir de 19 h ce soir n'est peut-être « qu'un coup d'épée dans l'eau », mais il n'en reste pas moins qu'elle s'en prend « au fondement même du système », selon des experts consultés par La Presse.

Depuis quelques semaines, Québecor mène une campagne intense pour protester contre les redevances d'abonnement versées aux chaînes spécialisées du Groupe TVA par le télédistributeur Bell, que Québecor juge inéquitables. Québecor juge que la situation est particulièrement problématique pour TVA Sports, par comparaison avec RDS, une chaîne de Bell Média. En fin de semaine, Québecor a précisé sa menace de carrément couper le signal de TVA Sports aux abonnés de Bell Télé.

Pour Québecor, c'est « un coup d'épée dans l'eau », selon Pierre C. Bélanger, professeur titulaire au département de communications de l'Université d'Ottawa. C'est qu'avec l'élimination du Canadien, les amateurs de hockey québécois ont moins d'intérêt à regarder les autres équipes se battre pour la coupe Stanley.

« Si Montréal avait fait les séries, il [Pierre Karl Péladeau, grand patron de Québecor] n'aurait pas posé ce geste. » - Pierre C. Bélanger, au cours d'un entretien téléphonique avec La Presse

Et si l'entreprise met son plan à exécution, il serait très étonnant que les abonnés de Bell décident de migrer vers Vidéotron, selon un autre expert. « C'est toujours très risqué de mettre le consommateur au milieu d'une chicane d'entreprises, souligne Jean Gosselin, stratège en communication corporative. Les consommateurs ne sont pas dupes. Si on les utilise, ils n'aiment pas ça. »

Selon Bell, environ 400 000 de ses abonnés canadiens ont accès à TVA Sports. En entrevue à RDI Économie hier soir, M. Péladeau a dévoilé que la chaîne percevait une redevance mensuelle de 3,59 $ chez Bell, contre 5,00 $ chez « tous les autres distributeurs ». L'écart correspondrait donc à environ 6,8 millions de dollars par an. M. Péladeau n'a pas donné suite aux demandes d'entrevue de La Presse.

La bataille de Québecor contre Bell va au-delà de TVA Sports. En entrevue hier après-midi sur les ondes de LCN, M. Péladeau n'a pas exclu la possibilité que LCN elle-même fasse l'objet du même traitement, à un moment donné. « On doit envisager tous les scénarios. »

« Hautement inhabituel »

Le professeur en droit des télécommunications à l'Université d'Ottawa Michael Geist est d'avis que la décision unilatérale de Québecor de couper le signal va carrément à l'encontre des règles qui ont été mises en place pour protéger les consommateurs.

Car le système réglementaire est précisément « conçu pour faire en sorte que les consommateurs ne soient pas pris en otage en cas de querelle commerciale. C'est le fondement même du système », a-t-il dit en entrevue à La Presse, hier.

« C'est hautement inhabituel de voir une compagnie dire tout simplement qu'elle ne va pas respecter les règles. » - Michael Geist

« Ça me donne l'impression qu'on assiste à un bras de fer, où l'un cherche à voir qui va flancher en premier », a illustré le professeur Geist. Il n'est pas clair, pour le spécialiste, si Québecor pourrait s'exposer à des sanctions.

Au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), hier, on a refusé de répondre aux questions de La Presse à ce sujet. L'organisme a « un certain nombre d'outils pour aider les parties », a précisé la porte-parole Patricia Valladao.

La veille, le directeur exécutif pour la radiodiffusion au CRTC, Scott Husson, avait fait parvenir une missive aux deux parties afin de leur faire une mise en garde et leur rappeler leurs obligations.

« Le Groupe TVA est tenu de fournir ces services, et Bell est tenue de distribuer ces services [...] jusqu'à ce que les deux parties règlent leur différend ou que le Conseil rende une décision », a-t-il noté dans la lettre.

Il les a invitées à « continuer de chercher une solution bilatérale à leur litige le plus rapidement possible » ou à « demander une décision au Conseil » si la paix commerciale ne peut être rétablie. M. Péladeau a indiqué hier sur les ondes de LCN que les négociations étaient toujours en cours.

« Poche », réagit Pablo Rodriguez

L'affaire a rebondi dans l'arène politique, hier.

Le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, n'a pas voulu se prononcer sur la querelle en sa qualité de ministre. Mais il a dit trouver la manoeuvre de Québecor regrettable à titre d'amateur de hockey.

« Sur le fond des choses, vous savez que c'est le CRTC qui va prendre des décisions là-dessus, et je pense que ça va se faire de façon assez rapide », a-t-il exposé en point de presse.

« Maintenant, d'un point de vue d'amateur de hockey, ce que je suis et que j'ai toujours été, je trouve ça poche, a lâché M. Rodriguez. Et j'espère qu'on va arriver à une entente rapidement, parce que c'est les séries, les gens veulent les regarder. »

Invitée à commenter, la direction de la Ligue nationale de hockey a fait savoir qu'elle était au courant de la situation et qu'elle en suivait l'évolution. 

- Avec la collaboration de Guillaume Lefrançois, La Presse




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