Pierre Karl Péladeau a affiché davantage de conviction jeudi en parlant des ambitions de Québecor dans le sans-fil à l’extérieur du Québec.

Mis à jour le 12 mai
Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

« Nous sommes prêts à sortir de notre marché historique du Québec et nous avons très hâte d’être présents dans le marché du sans-fil à l’extérieur du Québec aussitôt que possible », a déclaré le grand patron de Québecor au cours d’une conférence de presse organisée en marge de l’assemblée annuelle des actionnaires de Québecor.

« Lorsqu’on constate les différents éléments auxquels nous sommes assujettis dans notre réflexion, on ne peut faire autrement que de mettre en évidence les alternatives qui nous sont offertes et les opportunités qui là aussi se présentent devant nous alors que notre marché historique, celui du Québec, est devenu mature à tous égards sur les produits que nous proposons », précise-t-il.

Pierre Karl Péladeau rappelle que l’acquisition de spectre de la bande de 3500 MHz l’an passé est un exemple de la volonté de Québecor de favoriser une « réelle concurrence » au Canada.

Québecor a déboursé en juillet dernier près de 830 millions pour 294 blocs de spectre, un investissement qualifié de « stratégique » dans le contexte du développement du réseau 5G de l’entreprise.

« Près de la moitié de cet investissement est concentrée en Ontario, au Manitoba, en Alberta et en Colombie-Britannique. Nous comptons maintenant sur la mise en place d’un contexte et de conditions réglementaires favorables à propulser et à maintenir une saine concurrence », a-t-il dit.

CAPTURE D’ÉCRAN

Pierre Karl Péladeau en discussion avec les journalistes, jeudi, en marge de l’assemblée annuelle des actionnaires de Québecor

La revente à profit des licences acquises l’été dernier demeure toujours possible dans le cas où Québecor renoncerait à étendre son empreinte sans fil hors Québec, bien que le discours de la direction n’y fasse aucunement allusion.

Depuis 15 ans, le succès de Vidéotron dans le marché du sans-fil au Québec démontre notre expertise, notre force d’innovation et notre capacité à concurrencer les trois grands joueurs établis canadiens. C’est exactement ce que nous entendons proposer aux consommateurs à l’extérieur du Québec.

Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Québecor

Québecor estime que la récente décision du Bureau de la concurrence de s’opposer au projet d’acquisition de Shaw par Rogers est un élément de plus permettant au propriétaire de Vidéotron de considérer « de plus en plus favorablement » le démarrage de ses activités dans le sans-fil à l’extérieur du Québec en se « procurant les alternatives d’acquisition des actifs sans fil de Shaw susceptibles d’être cédés par Rogers » ou encore le lancement d’une offre sans fil dans les provinces canadiennes où l’entreprise détient le spectre nécessaire pour le faire.

Rogers avait révélé en mars de l’an dernier une entente évaluée à 26 milliards (dette comprise) pour acquérir Shaw. Rogers et Shaw ont indiqué le week-end dernier qu’ils s’engagent dans un processus de vente de Freedom Mobile en vue de répondre aux préoccupations des autorités.

Le Bureau de la concurrence a néanmoins officiellement contesté la transaction lundi en demandant une ordonnance au Tribunal de la concurrence pour l’empêcher de se réaliser.

Appelé à commenter l’état des discussions de Québecor avec Rogers entourant la filiale sans fil de Shaw, Freedom Mobile, Pierre Karl Péladeau n’a pas souhaité se prononcer publiquement. Selon nos informations cependant, les échanges ne font que commencer et les négociations sur le fond, c’est-à-dire notamment sur le prix, n’ont toujours pas débuté.

Québecor a la possibilité de percer le marché du sans-fil sans procéder à l’acquisition de Freedom Mobile. Une décision du CRTC l’année dernière permet aux acteurs régionaux d’avoir accès aux réseaux sans fil des principaux fournisseurs canadiens tels Rogers, Telus, Bell et SaskTel.

Québecor pourrait élargir ses activités dans le sans-fil hors Québec à l’aide d’un accès d’exploitant de réseau mobile virtuel. On ne connaît toutefois pas encore les règles et les tarifs de ce modèle d’opérateur virtuel.

À cet effet, Pierre Karl Péladeau s’est montré plutôt optimiste. Le processus réglementaire se rapproche d’un résultat, a-t-il dit, espérant que les « conditions » seront au rendez-vous. « Nous pouvons penser qu’elles le seront », a dit Pierre Karl Péladeau.

L’action de Québecor a passé la séance de jeudi sous pression à Toronto pour clôturer en recul de 6 % à 26,36 $. Le titre a touché son plus bas niveau des 52 dernières semaines durant la journée.

Le démarrage des activités sans fil à l’extérieur du Québec comporte notamment des risques financiers, ce qui fait craindre une augmentation du niveau d’endettement.

Le succès de Québecor au Québec s’explique notamment par son offre de produits (sans-fil, câble, internet et téléphonie résidentielle). Avoir plus d’un produit à offrir est un avantage dont la direction est bien consciente.

Jérôme Dubreuil, de Desjardins Marché des capitaux, juge quant à lui les inquiétudes des investisseurs exagérées. « Nous continuons de croire que l’action s’échange à un prix attrayant tandis que les investisseurs surestiment les risques liés à ce projet [expansion sans fil hors Québec]. »

Québecor a par ailleurs dévoilé jeudi ses résultats de début d’exercice. La performance s’avère relativement conforme aux attentes. Les revenus pour les trois premiers mois de l’année ont atteint 1,09 milliard, en légère baisse par rapport à un an plus tôt. Le profit ajusté par action s’est élevé à 54 cents alors que le consensus des analystes s’articulait autour de 53 cents par action.

Avec La Presse Canadienne