Olymel pourra aller de l’avant avec sa stratégie visant à diminuer ses activités d’abattage. La Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec (RMAAQ) a rendu une décision jeudi permettant à l’entreprise de réduire ses achats de 10 000 porcs québécois chaque semaine et de 15 000 en provenance de l’Ontario.

Publié le 5 février
Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

Les Éleveurs de porcs du Québec n’ont pas réagi publiquement à la suite de cette annonce. Le président de l’organisation, David Duval, a toutefois envoyé une lettre à ses membres. « Les Éleveurs prennent acte de la décision de la RMAAQ et vont, dans les prochaines heures, analyser les différentes options pour la suite des choses, a-t-il écrit. Nous vous informerons de ces orientations au fur et à mesure qu’elles seront entérinées par les diverses instances. Bien que nous ayons pu sauver 220 000 porcs sur les 750 000 annoncés, cette décision vient ébranler un bon nombre d’entre nous. Comme nous le mentionnons depuis l’avis d’Olymel du 22 octobre dernier, la priorité au centre de toutes nos représentations est que tous les éleveurs québécois soient traités équitablement face à une diminution d’abattage. Notre objectif demeurera l’équité pour l’ensemble de nous tous. »

En octobre 2021, Olymel avait annoncé son intention de cesser, au printemps, ses activités d’abattage à son usine de Princeville afin de pouvoir se consacrer à la découpe.

En raison d’un manque criant de main-d’œuvre, elle devait ainsi redéfinir les tâches de ses employés, ce qui faisait en sorte qu’elle manquerait de ressources pour poursuivre l’abattage, avait-on alors expliqué.

À l’origine, Olymel voulait plutôt réduire ses achats de 15 000 têtes par semaine au Québec, et de 10 000 en Ontario. Une situation dénoncée alors par les éleveurs québécois, qui souhaitaient que l’entreprise favorise les producteurs d’ici. Dans sa décision toutefois, la Régie a inversé le nombre de porcs en moins en provenance de chaque province en autorisant une réduction de 10 000 au Québec et de 15 000 chez nos voisins.

« On a toujours respecté les décisions de la Régie des marchés agricoles, a fait savoir Paul Beauchamp, premier vice-président d’Olymel. Les avis ont été donnés. Ce n’était pas notre choix initial, mais on est capables de vivre avec. »

Des contrats à respecter

Pourquoi ne pas arrêter d’acheter des porcs en Ontario pour favoriser les éleveurs québécois ? « Nous avons des fournisseurs de l’Ontario avec qui nous avons des relations contractuelles de longue date, des contrats qui ont cours, auxquels on ne peut mettre fin comme ça, explique le premier vice-président d’Olymel. Au Québec, ce n’est pas nous qui allons décider qui ne livrera plus chez Olymel. » Ce sont plutôt les éleveurs de porcs qui prendront les décisions, en vertu de la Convention de mise en marché des porcs. Ils ont jusqu’au 22 février pour le faire.

Ce ralentissement de l’abattage devrait commencer en mars. Impossible pour le moment de connaître la durée de ce nouveau régime. « On ne le fait pas avec un horizon qui est à court terme », lance sans détour M. Beauchamp.

C’est un choix, il n’y a pas de main-d’œuvre. Et au-delà de la main-d’œuvre, il y a une série de facteurs économiques qui nous ont amenés à prendre la décision. Il faut que l’ensemble des paramètres soit intéressant pour qu’on considère la possibilité d’augmenter à nouveau [les activités d’abattage].

Paul Beauchamp, premier vice-président d’Olymel

Au début de l’année, on comptait quelque 200 000 porcs en attente au Québec. Reste à voir quels seront les effets de ces réductions d’abattage. « Les éleveurs de porcs devraient être capables de faire aussi bien qu’Olymel l’a fait, soutient M. Beauchamp. On s’est occupé [des porcs en attente] au cours des dernières semaines, des derniers mois, des dernières années. On en a vendu, des porcs, à l’extérieur du Québec. Pour ce volume-là, ce n’est plus à Olymel d’en être responsable. Olymel, ce n’est pas le joueur qui dépanne tout le monde. On a des droits en vertu de la Convention, on pouvait réduire notre niveau d’abattage. »