Avec le pic sans précédent de la demande d’électricité enregistrée le 11 janvier dernier, de nombreux clients d’Hydro-Québec se demandent si la société d’État pourra répondre aux besoins croissants, générés notamment par un parc de véhicules électriques en forte augmentation. La centrale virtuelle est l’une des réponses à cette question.

Publié le 17 janvier
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

La prochaine centrale d’Hydro-Québec est actuellement en construction et devrait générer en 2028 autant d’électricité que La Romaine-2, soit plus de 600 mégawatts.

Sans barrage ni turbines, la première centrale virtuelle du Québec sera alimentée par les économies d’énergie réalisées chez les clients d’Hydro-Québec équipés de thermostats intelligents.

« Ce qu’on est en train de développer chez Hilo, ce sont des outils au service de la centrale virtuelle, qui, elle, est au service du réseau d’Hydro-Québec », résume le président-directeur général d’Hilo, Sébastien Fournier, lors d’un entretien avec La Presse.

En 2028, la clientèle d’Hilo devrait fournir la plus grande partie de cette énergie, soit 621 mégawatts, et le reste viendrait des programmes de tarification dynamique (crédit hivernal et tarif Flex), qui sont là pour de bon parce qu’ils s’adressent à une clientèle différente, comme les locataires qui ne peuvent pas ou ne veulent pas investir dans l’équipement de domotique.

Ce sont donc près de 1000 mégawatts qui approvisionneraient la centrale virtuelle d’Hydro-Québec.

« C’est une solution absolument nécessaire » pour un réseau comme celui d’Hydro-Québec, qui doit répondre à des besoins de chauffage importants et qui peine à répondre à la demande pendant seulement une centaine d’heures par année, dit Sébastien Fournier.

La centrale virtuelle ne servira pas uniquement à satisfaire la demande de pointe hivernale comme celle qui s’est produite le 11 janvier dernier ; la demande a atteint un sommet de tous les temps à près de 40 000 mégawatts. Hydro-Québec utilise différents moyens pour faire face à ces périodes, dont l’achat d’énergie sur les marchés voisins.

Une partie croissante des besoins en pointe sera fournie par cette centrale virtuelle, qui aura aussi d’autres utilités.

Sébastien Fournier explique qu’elle pourrait servir en toutes saisons, en cas de panne du réseau de transport, par exemple, pour alimenter les clients touchés. « Le but ultime, c’est que cette centrale virtuelle réponde aux besoins du réseau en temps réel », explique-t-il.

Au-delà du chauffage

Actuellement, l’offre d’Hilo est limitée au chauffage, mais elle doit être élargie sous peu à d’autres appareils énergivores comme les chauffe-eau et les bornes de recharge des véhicules électriques.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Sébastien Fournier, président-directeur général d’Hilo

Si le déploiement se fait lentement, c’est que les ambitions sont grandes, explique le PDG. Contrairement aux entreprises qui offrent déjà des équipements de gestion de l’énergie, « Hilo rend un service énergétique très précis à Hydro-Québec, on a une courbe de consommation très précise établie par Hydro-Québec. Les autres n’ont pas ce contrôle, c’est le client qui décide, et on n’a aucune garantie que tout le monde va participer. »

Les clients d’Hilo s’engagent pour une période de trois ans et acceptent aussi de participer à un certain nombre de « défis » lancés par Hydro-Québec pour réduire leur consommation. Ils reçoivent en échange une compensation financière basée sur les coûts évités par Hydro-Québec pendant les périodes de réduction de la consommation.

Hilo subventionne l’équipement nécessaire, et la rentabilité de l’entreprise n’est pas pour demain, convient Sébastien Fournier.

« La mission d’Hilo n’est pas d’être rentable à court terme, dit-il. C’est d’offrir des technologies qui vont venir aider le réseau d’Hydro-Québec. On a un plan d’affaires sur plusieurs années. On est prêts à être patients et à subventionner de façon importante l’équipement pour que les clients puissent contribuer à l’effort collectif. »

Concurrent et allié

Sinopé Technologies, entreprise de Saint-Jean-sur-Richelieu, offre les mêmes services qu’Hilo. Mais ses clients doivent acheter eux-mêmes les thermostats et la passerelle qu’Hilo offre et installe gratuitement.

« On parle de 100 $ par thermostat, en plus de l’installation par un électricien », estime Maxime Caron-Labonté, chef de l’exploitation de l’entreprise.

Malgré ce désavantage évident, Sinopé connaît une forte croissance, selon lui. « On offre une plus grande flexibilité à nos clients », explique-t-il.

PHOTO FOURNIE PAR SINOPÉ TECHNOLOGIES

Thermostat intelligent de Sinopé Technologies

Avec Éco Sinopé, il n’y a ni engagement ni obligation de participation à des défis de la part des utilisateurs qui participent aux programmes de crédit hivernal et de tarif Flex d’Hydro-Québec. Ceux-ci reçoivent les mêmes compensations financières de la part d’Hydro-Québec en échange de la réduction de leur consommation d’électricité.

« On est des concurrents, mais aussi des alliés d’Hydro-Québec », résume Maxime Caron-Labonté. Comme ceux d’Hilo, les clients de Sinopé aident Hydro-Québec à gérer la demande de pointe qui stresse le réseau électrique.

Hydro-Québec est arrivée sur le tard avec sa solution de gestion de la consommation d’électricité. Au Québec et ailleurs au Canada, la demande était déjà là bien avant, et des entreprises comme Sinopé s’en sont fait une spécialité.

Hilo, nouvelle filiale d’Hydro-Québec, a choisi de s’associer à un seul fournisseur (Stelpro), ce qui a coupé l’herbe sous le pied des autres entreprises du secteur. Certaines, comme CaSA, ne s’en sont pas remises et ont fermé boutique.

Sinopé, de son côté, offre aussi ses produits et ses services à l’extérieur du Québec, où la demande est en forte croissance, selon Maxime Caron-Labonté.

Ultimement, Hilo promet d’ouvrir son écosystème à d’autres fournisseurs, dont Sinopé.

« En attendant, il y a de la place pour se battre », dit-il.

Lisez notre texte « Énergie : des entreprises court-circuitées par Hilo ? »