Si certains analystes estiment que le Challenger 650 est désuet, NetJets, important client de Bombardier, voit les choses d’un autre œil. Ce jet d’affaires est toujours capable de tirer son épingle du jeu, croit l’entreprise appartenant au conglomérat du milliardaire Warren Buffett.

Publié le 2 déc. 2021
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Les commentaires de la clientèle ont même incité le spécialiste de la propriété partagée et de la location de jets d’affaires à introduire le Challenger 650 – une plateforme qui émane de la fin des années 1970 – dans sa flotte en Europe.

« Nos clients apprécient l’espace dans la cabine […] et c’est l’un de nos principaux outils », a commenté le président des ventes, du service et du marketing de NetJets, Patrick Gallagher, jeudi, de passage dans les hangars de Bombardier à Dorval.

Au cours d’une cérémonie réunissant plus de 500 personnes, dont des employés, NetJets a reçu le premier de ses 20 Global 7500 – vendus 75 millions US l’unité – commandés il y a 10 ans. L’entreprise exploite déjà 156 jets de Bombardier dans sa flotte de plusieurs centaines d’appareils.

Pour Bombardier, il s’agissait également de la 1000livraison d’un avion de la famille Global, dont les premiers appareils ont été mis en service en 1999.

Depuis le début de la pandémie, l’aviation d’affaires a pris de l’altitude puisque les mieux nantis se tournent vers les luxueux jets privés pour se déplacer, ce qui stimule les ventes. Mais ce regain de popularité rend la concurrence plus féroce.

Selon certains analystes, dans le segment des appareils de taille intermédiaire, le G400 de Gulfstream, qui doit être livré à compter de 2025, pourrait bien donner des maux de tête au Challenger 650.

« [Le Challenger 650] ne prendrait pas une plus grande place au sein de notre flotte si on ne croyait pas à l’appareil », a répondu M. Gallagher, interrogé pour savoir si l’avion de Bombardier était trop vieux. Tous les appareils peuvent aussi être améliorés, n’est-ce pas. »

On dénombre 27 Challenger 650 chez NetJets, filiale du conglomérat Berkshire Hathaway. Cette version de la plateforme a été présentée en 2014.

Aucun changement de cap

Bombardier analyse les produits de ses rivaux et « est toujours en train d’évaluer » les prochaines étapes pour son portefeuille de produits, a expliqué son président et chef de la direction, Éric Martel.

Celui-ci dit ne ressentir aucune inquiétude.

« Je l’ai dit publiquement : présentement, il n’y a rien que mes concurrents font qui nous inquiète ou qui nous fait accélérer certaines choses », a dit M. Martel, en mêlée de presse, aux côtés du représentant de NetJets.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Éric Martel, président et chef de la direction de Bombardier, et Patrick Gallagher, président des ventes, du service et du marketing de NetJets

Brian Foley, de la firme Brian Foley Associates, fait partie de ceux qui croient que Bombardier aura une décision à prendre pour éviter de céder des parts de marché à ses concurrents.

« Dans cette industrie, si vous ne rafraîchissez pas vos produits tous les sept à dix ans, ils ressemblent à ce qui est offert sur le marché d’occasion, a expliqué l’analyste, au cours d’un entretien téléphonique. Je crois que Bombardier est à la croisée des chemins. »

En raison de sa lourde dette, l’avionneur québécois, qui vient d’offrir une cure de rajeunissement à son Challenger 350, rebaptisé Challenger 3500, n’a probablement pas les moyens de financer le développement d’un tout nouvel avion.

Walter Spracklin, chez RBC Marchés des capitaux, s’est montré du même avis dans une note publiée plus tôt cette semaine.

Un rafraîchissement respecterait le cadre financier de l’entreprise. Un nouveau modèle représenterait une hausse importante des dépenses par rapport aux prévisions.

Walter Spracklin, analyste

Des retombées

Parallèlement à l’évènement, Bombardier a diffusé une étude commandée à PricewaterhouseCoopers (PWC) qui avance qu’entre 2010 et 2019, le programme du Global 7500 a contribué à hauteur de 4,8 milliards au produit intérieur brut canadien.

C’est le Québec qui a obtenu la part du lion des retombées, avec 3,4 milliards, selon PWC.

À la Bourse de Toronto, jeudi, l’action de Bombardier a clôturé à 1,68 $, en hausse de 8,4 %, ou 13 cents.