Il y a deux semaines, le premier ministre François Legault a annoncé durant la COP26 que le Québec allait investir plus de 5 milliards de dollars d’ici 2030 pour électrifier son réseau d’autobus urbains, alors qu’aux États-Unis, le président Joe Biden souhaite lui aussi accélérer l’implantation du transport collectif à zéro émission partout sur le territoire américain. Martin Larose, président du constructeur d’autobus Nova Bus de Saint-Eustache, nous explique comment son entreprise se positionne pour faire face à cette nouvelle demande.

Jean-Philippe Décarie
Jean-Philippe Décarie La Presse

Durant la COP26, le premier ministre Legault s’est engagé à ce que les grandes villes du Québec fassent l’acquisition de plus de 2000 autobus électriques d’ici 2030. Nova Bus est bien placée pour répondre à cette commande ?

Oui, on est très bien placé. Présentement, on est en train de terminer la livraison d’une commande de 1500 autobus hybrides diesel-électrique pour l’Association du transport urbain du Québec (ATUQ), qui regroupe les neuf plus grandes sociétés de transport en commun du Québec. On en a livré 1000 et il nous en reste 500 à fabriquer.

On va débuter au cours du premier trimestre de l’an prochain la fabrication d’autobus électriques à charge lente, c’est le modèle qui remplacera les autobus existants au cours des prochaines années.

On va devoir répondre aux appels d’offres des sociétés de transport, mais on est très bien placé puisque l’on fait partie des trois grands fabricants nord-américains avec New Flyer, de Winnipeg, et l’entreprise américaine Gillig. Au Québec, le groupe Lion va offrir des plus petits autobus électriques de 30 pieds et aux États-Unis, deux nouveaux groupes américain et chinois vont aussi offrir des solutions électriques.

Est-ce que les nouvelles commandes d’autobus électriques vont s’ajouter à vos volumes existants ou s’agira-t-il de véhicules de remplacement du parc existant ?

Il s’agira essentiellement de véhicules de remplacement. Il faut comprendre qu’en Amérique du Nord, le transport urbain par autobus n’est pas aussi développé qu’en Europe. Il se vend 1000 nouveaux autobus par année au Canada et 5000 aux États-Unis, dans un marché pourtant 10 fois plus gros.

Mais on l’a vu à la COP26, la volonté de réduire les émissions de carbone est bien là. Aux États-Unis, le nouveau programme d’infrastructures du président Joe Biden inclut la modernisation des infrastructures existantes avec des centrales de recharge alimentées avec de l’énergie renouvelable.

Chez nous aussi. Sur les 5 milliards d’investissements publics qui vont être faits au Québec, la moitié va aller aux infrastructures et l’autre, à l’achat de nouveaux véhicules.

Le siège social de Nova Bus pour l’Amérique du Nord est à Saint-Eustache depuis que Volvo en est devenue votre unique actionnaire au début des années 2000. Quel est votre rôle exactement ?

C’est à Saint-Eustache que l’on développe et que l’on améliore nos autobus pour tout le marché nord-américain, et c’est ici que l’on supervise toutes nos opérations. Notre usine de fabrication dessert tout le marché canadien, et il y a plus de 600 employés qui y travaillent.

On a aussi une usine à Saint-François-du-Lac où sont fabriquées toutes les structures en acier inoxydable de nos autobus, qu’ils soient assemblés à Saint-Eustache ou à notre usine américaine de Plattsburgh. On a 350 employés à Saint-François-du-Lac et on a quelque 500 employés à Plattsburgh.

Vous arrivez à respecter les quotas fixés par le Buy American Act ?

Oui, le Buy American Act permet d’utiliser 30 % de contenu étranger dans la fabrication d’un produit assemblé aux États-Unis, ce qui représente à peu près le pourcentage des structures en acier inoxydable que l’on fabrique au Québec et qui sont exportées à Plattsburgh.

Quelle place occupez-vous dans les marchés canadien et américain et quels sont vos principaux clients ?

On fabrique 600 autobus par année à Saint-Eustache pour un marché de 1000 autobus pour l’ensemble du Canada. On est donc le leader au pays. Notre principal client au Canada reste l’ATUQ, suivie de Metrolinx en Ontario et de la Ville de Vancouver.

On fabrique aussi 600 autobus par année à Plattsburgh, mais pour le marché américain qui en absorbe 5000 par année. On a donc encore du potentiel de croissance aux États-Unis. Notre plus gros client est de loin la Ville de New York, avec qui on a signé un gros contrat de fabrication d’autobus hybrides qui préparera l’arrivée des autobus 100 % électriques. On vend aussi loin qu’à San Francisco, Porto Rico ou même Hawaii.

Vous allez commencer l’an prochain l’assemblage des autobus entièrement électriques à recharge lente. Combien de ces véhicules à zéro émission prévoyez-vous assembler en 2022 ?

On va y aller de façon progressive. On va en fabriquer moins d’une centaine la première année. Il faut d’abord que les sociétés de transport en commun mettent en place les infrastructures de recharge pour faire rouler les véhicules.

On prévoit que cela va prendre cinq ans avant d’optimiser la cadence de production et jusqu’à dix ans aux États-Unis. Nous, on va être prêt, mais il y a plusieurs villes américaines qui n’auront pas les infrastructures d’énergie renouvelable pour recharger les autobus. Ça ne donne rien d’avoir des véhicules électriques qui sont alimentés par des centrales au gaz…

Quelle est la réception de vos clients à votre nouvelle gamme de véhicules entièrement électriques ?

On a mis en marché notre premier autobus électrique en 2016, mais c’est un autobus à recharge rapide, qui doit être réalimenté tous les dix kilomètres. C’est plus complexe à intégrer dans un grand réseau. Notre nouveau modèle à recharge lente, avec une autonomie d’une journée complète d’utilisation, obtient vraiment un très bon accueil.

J’arrive tout juste du congrès de l’American Public Transit Association Show qui se déroulait la semaine dernière en Floride. C’est un évènement qui se déroule tous les trois ans, et pour la première fois, il n’y avait que des autobus électriques en démonstration.

Je n’avais jamais vu ça avant. L’engouement est là, l’argent est là, il y a un vent d’accélération en vue d’une implantation rapide du transport en commun électrique, c’est beau à voir.