(Montréal) Après avoir fait le ménage dans ses actifs et ses activités devenus trop gênants pour sa valeur d’entreprise, la société d’ingénierie SNC-Lavalin recentre son plan d’affaires d’ici trois ans sur le regain de croissance de ses activités existantes et le retour à des surplus de liquidités issus d’une meilleure rentabilité.

Martin Vallières
Martin Vallières La Presse

Tels que présentés mardi à un auditoire d’investisseurs et d’analystes financiers d’influence en Bourse canadienne, les principaux objectifs financiers de SNC-Lavalin d’ici trois ans s’appuient surtout sur la croissance interne (sans acquisition) des revenus de son principal secteur d’activité, SNCL Services d’ingénierie.

Cette croissance est maintenant prévue aux environs de « 4 à 6 % » par an d’ici la fin de son exercice 2024, accompagnée d’un rehaussement de la marge bénéficiaire d’exploitation (BAIIA ajusté) jusqu’au niveau « de 14 % à 16 % ».

Si ses objectifs principaux sont atteints, les hauts dirigeants de SNC-Lavalin anticipent un chiffre d’affaires total de l’ordre de « 7 à 7,6 milliards de dollars » au terme de son exercice 2024, soit presque 1,5 milliard de plus que le montant atteint lors de son exercice terminé en décembre 2020.

Par ailleurs, si elle se raplombe aux environs de 15 %, la marge bénéficiaire d’exploitation (BAIIA ajusté) de la division SNCL Services d’ingénierie – qui compte pour les deux tiers des revenus totaux – serait alors comparable à celle de ses principaux concurrents canadiens : WSP Global, dirigée de Montréal, et Stantec, dirigée d’Edmonton, en Alberta.

PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Le chef de la direction de SNC-Lavalin, Ian Edwards

« Depuis deux ans, nous avions pour objectif de simplifier l’entreprise et d’atténuer les risques afin de libérer le potentiel de SNC-Lavalin. Maintenant, nous entamons la prochaine étape de notre parcours et prenons le virage de la croissance », a indiqué Ian L. Edwards, président et chef de la direction de SNC-Lavalin, lors de la vidéoconférence de présentation aux investisseurs et aux analystes.

« Grâce à notre capacité de pointe à déployer localement l’expertise et les compétences de nos équipes auprès de nos clients, à notre offre unique de services complets tout au long du cycle de vie d’un actif, et aux possibilités créées par les investissements gouvernementaux dans l’environnement bâti et naturel, je suis convaincu que SNC-Lavalin est bien placée pour enregistrer une croissance interne soutenue jusqu’en 2024. »

Dans son nouveau plan d’affaires d’ici trois ans, SNC-Lavalin indique qu’elle « concentrera ses efforts dans trois principales régions, soit le Royaume-Uni, le Canada et les États-Unis, où elle a une présence de premier plan ».

Aussi, SNC-Lavalin prévoit entretenir des « activités ciblées dans certains marchés en Europe, au Moyen-Orient, en Asie-Pacifique et en Amérique latine ».

Quant à ses principaux secteurs d’activité, après avoir délaissé le marché de l’industrie pétrolière et gazière, ainsi que le marché des contrats de type clés en main à prix forfaitaire (CMPF), SNC-Lavalin entend désormais se concentrer dans « sept marchés finaux clairement définis ».

On cite notamment les infrastructures de transports, les grands bâtiments d’usage public et les installations industrielles d’envergure, ainsi que les infrastructures d’environnement hydraulique et les projets du secteur de l’énergie, à commencer par la réfection ou le démantèlement de centrales nucléaires âgées.

Un peu de scepticisme

En Bourse, les investisseurs en actions de SNC-Lavalin ont semblé manifester un peu de scepticisme envers les objectifs de son nouveau plan d’affaires sur trois ans. Ils ont laissé glisser de 2,3 % le cours des actions négociées à la Bourse de Toronto mardi, jusqu’à 35,68 $ en fin de séance.

Cette valeur boursière de SNC-Lavalin est ainsi redescendue à son plus bas depuis le début de septembre, mais néanmoins encore proche du récent sommet de 37 $ par action depuis deux ans.

Parmi les analystes qui ont SNC-Lavalin à l’œil, on était un peu plus conciliant envers la teneur de la présentation et des objectifs énoncés mardi par ses hauts dirigeants.

Du point de vue de Maxim Sytchev, analyste chez la Financière Banque Nationale à Toronto, « la direction de SNC-Lavalin a fourni des informations supplémentaires sur les capacités de l’entreprise de cibler un objectif de croissance organique (sans F & A) de 4 % à 6 % par an, ce qui est plus que ce que je pensais possible », indique-t-il dans une note à ses clients-investisseurs obtenue par La Presse.

« Dans l’ensemble, je considère la présentation [de mardi] en continuité des attentes des investisseurs car elle leur a fourni plus de profondeur sur les intentions et les capacités de SNC-Lavalin, mais sans être surprenante avec des cibles trop agressives ou irréalistes. »

De l’avis de l’analyste Benoit Poirier, chez Valeurs mobilières Desjardins à Montréal, « les cibles de croissance et l’objectif d’un flux de trésorerie disponible [free cash-flow] dévoilés mardi sont alignés sur les capacités des services d’ingénierie de SNC ».

Aussi, ajoute M. Poirier dans une courte note à ses clients-investisseurs obtenue par La Presse, « je crois que les commentaires de la direction [de SNC-Lavalin] sur sa stratégie de déploiement de capital seront un facteur clé sur l’évolution de la valeur de ses actions ».

D’ailleurs, parmi les analystes répertoriés par la firme d’informations boursières Refinitiv, le prix cible moyen pour les actions de SNC-Lavalin se situe à 41 $, ce qui augure d’un rendement potentiel de 17 % d’ici un an.

SNC-Lavalin en chiffres

Siège social : Montréal

Effectif : 37 000 employés (Canada, États-Unis, Royaume-Uni, Australie, Scandinavie, Moyen-Orient, Amérique latine)

Chiffre d’affaires (annualisé au 30 juin) : 6,38 milliards (+2,2 % sur un an)

Perte d’exploitation (annualisée au 30 juin) : 11,9 millions (107 millions il y a un an)

Perte nette (annualisée au 30 juin : 669 millions (826 millions il y a un an)

Capitalisation boursière (au 28 sept.) : 6,2 milliards

Principaux actionnaires : Caisse de dépôt et placement du Québec (19,9 %), Jarislowsky Fraser (Montréal, 13,7 %), fonds RBC Global Assets (Toronto, 9,4 %), fonds Fidelity Investments Canada (Toronto, 2,8 %), fonds Vanguard Gr. (Pennsylvanie, 2,5 %)

Valeur de l’action (au 28 sept.) : 35,68 $

Prix cible moyen (un an) des analystes : 41 $

Sources : Refinitiv, Bourse de Toronto, SNC-Lavalin