La pression observée vendredi sur le titre de la Banque Nationale n’avait aucun effet sur l’humeur de Louis Vachon pour terminer la semaine. Le recul boursier n’allait pas empêcher le PDG de la plus importante institution bancaire au Québec de se réjouir de la performance trimestrielle présentée par l’organisation qu’il dirige.

Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

Si bien qu’au lendemain de la victoire en prolongation du Canadien contre les Maple Leafs, Louis Vachon a même lancé : « Go Habs go ! » en passant la parole à un collègue au cours de la conférence téléphonique durant laquelle il s’adressait à un groupe d’analystes essentiellement de Toronto.

Malgré la publication de résultats financiers supérieurs aux attentes, l’action de la Banque Nationale a cédé 3 % de sa valeur vendredi, pour clôturer à 94,18 $ à la Bourse de Toronto.

Louis Vachon n’avait pas d’explication précise à fournir pour aider à comprendre la réaction des investisseurs. « Il est difficile de commenter la performance de l’action à court terme. Nos résultats sont très bons sur une base relative, mais le titre a beaucoup monté aussi », a-t-il dit en entrevue pour tenter de mieux circonscrire l’humeur des marchés.

L’action de la Banque Nationale est aujourd’hui à un niveau beaucoup plus élevé qu’avant la pandémie. Les avis demeurent cependant partagés sur Bay Street ; 6 des 11 analystes qui suivent le titre suggèrent l’achat.

Le titre de la Nationale a commencé l’année 2020 à 71 $, mais a reculé à 38 $ au pire de la descente provoquée par la crise sanitaire en mars de la même année. Les investisseurs ont poussé la valeur de la banque à plus de 30 milliards ce printemps. L’action a même progressé jusqu’à 98 $ cette semaine.

Bonification du dividende en vue

Louis Vachon a souligné vendredi que la banque devrait être en position pour bonifier son dividende, et possiblement de manière « assez substantielle sur une base récurrente » lorsqu’elle obtiendra le feu vert des autorités pour le faire.

Le Bureau du surintendant des institutions financières a interdit l’an passé aux banques de bonifier les dividendes et de racheter des actions dans une décision visant à préserver la solidité du système bancaire. Maintenant que le pire de la crise semble passé, l’interdiction pourrait être levée prochainement.

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Louis Vachon, PDG de la Banque Nationale

« Mon hypothèse est pour l’automne, dit Louis Vachon. L’Ontario est encore beaucoup confiné. Je crois que les autorités voudront voir comment le confinement évolue à travers le pays et où nous en sommes rendus avec la vaccination. »

En mode acquisition

Pour ce qui est de racheter éventuellement des actions de la banque à des fins d’annulation, Louis Vachon indique que ça dépendra des acquisitions pouvant être réalisées.

Questionné sur les cibles potentielles, il s’est contenté de répondre que la banque évaluait toujours des acquisitions. « On n’en parle pas parce que la réalité est la suivante : pour 10 acquisitions qu’on considère, on finit par en réaliser une seule. »

Louis Vachon a toutefois fait savoir que la priorité pour réaliser une acquisition était ici, au pays. « Présentement, on regarde beaucoup au Canada et rien à l’international », dit celui qui préfère demeurer vague sur le type d’acquisition dans sa ligne de mire.

Louis Vachon sur la reprise

Outre l’apparition de variants qui ralentiraient un retour à la normale de l’économie, un risque pour la reprise, selon Louis Vachon, est une surchauffe avec une intensification des pressions inflationnistes qui pousseraient la valeur de plusieurs actifs à des niveaux extrêmes.

Si cette pression devait demeurer concentrée dans des actifs comme les cryptomonnaies, qui ne sont pas liées de façon directe au système bancaire, Louis Vachon dit ne pas être trop inquiet. Si ça devait, par contre, toucher des actifs liés au système bancaire et plus précisément le bilan de la Banque Nationale, la prudence serait davantage de mise, et les craintes de Louis Vachon grandiraient.

Le patron de la Nationale se dit certain que « Goldilocks » est là pour un certain temps encore, en faisant référence à l’expression anglaise qui définit le scénario économique parfait, c’est-à-dire une économie qui croît à bon rythme, mais pas trop vite pour causer de l’inflation.

En ce qui concerne précisément le Québec, Louis Vachon constate que l’emploi a presque rejoint son niveau prépandémie, que la construction est « forte » et que le secteur manufacturier « fait bien ». « La vaccination progresse, et l’économie rouvre plus rapidement que prévu. On s’attend donc à observer un beau rebond de l’économie discrétionnaire plus tard cette année et l’an prochain », dit-il.

La rentabilité de la Banque Nationale a augmenté de 111 % durant les mois de février, de mars et d’avril, avec un profit net de 801 millions, l’équivalent de 2,25 $ par action. Le consensus des analystes s’articulait autour d’un bénéfice par action de 2 $.