(Montréal) « On a peut-être dit le mot “ record ” un peu trop de fois », constate tout sourire David Cataford, le chef de la direction de Champion Iron, la société qui détient et exploite la mine du Lac Bloom, près de Fermont, sur la Côte-Nord.

Michel Saba La Presse Canadienne

Et il avait de quoi être heureux lors de l’appel, jeudi, avec des analystes pour commenter les résultats du quatrième trimestre de l’exercice terminé le 31 mars. Champion Iron affichait un résultat net de 155,9 millions, ou 34 cents par action, comparativement à 18,4 millions, ou 4 cents par action, au même trimestre l’an dernier, soit une hausse de 750 %.

Ces juteux profits sont principalement attribuables à la hausse du prix du minerai de fer, « mais surtout », a-t-il insisté, graphiques à l’appui, parce que la prime pour le minerai de haute teneur en fer, soit ce qui est exclusivement produit à la mine, est en forte augmentation.

Les revenus de la société sont passés à 396,7 millions, par rapport à 175,7 millions au trimestre correspondant de l’exercice 2020. Le prix de vente moyen réalisé net a explosé en passant de 93,1 $ par tonne il y a un an à 201,3 $ par tonne.

L’indice de référence continue de progresser. Le prix IODEX 65 % Fe CFR China Index, appelé « P65 », s’établissait vendredi à l’équivalent de 268 $ canadiens.

« Nous sommes désormais parmi les exploitants aux coûts les plus bas dans le monde », a noté M. Cataford, qui constate que le minerai du Lac Bloom se positionne clairement comme « un produit “ premium ”, non seulement maintenant, mais pour les années à venir ».

Les finances de la minière sont particulièrement en santé. Après trois ans de production, Champion a une trésorerie nette de 331 millions. « C’est un peu étourdissant quand vous regardez ce chiffre parce que vous devez prendre un pas de recul et réaliser qu’on aura au-dessus de 4,5 milliards d’infrastructures entièrement payées, aucune dette, alors qu’on se dirige vers une production annuelle de 15 millions de tonnes. »

Les volumes extraits, incluant le stérile, ont progressé de 10 % au quatrième trimestre, passant à 9,4 millions de tonnes, par rapport à 8,5 millions de tonnes un an plus tôt. La quantité de minerai extrait a été 5,6 millions de tonnes, comparativement à 5,4 millions de tonnes au quatrième trimestre de 2020. Les coûts sont demeurés stables à 54,4 $ par tonne, par rapport à 53,9 $ par tonne il y a un an.

Les mines d’ArcelorMittal et de Rio Tinto, deux joueurs majeurs dans les environs, ont également une production de concentré entièrement considérée à haute teneur.

Demande verte

Les acheteurs internationaux réclament du fer qui engendre moins d’émissions de gaz à effet de serre, comme celui produit au Québec, et Champion Iron va jusqu’à se targuer d’avoir des activités « excessivement vertes ».

« Lorsque vous regardez le prix des crédits carbone et la quantité de carbone générée dans la fabrication de l’acier, nous avons basculé d’“ être favorisés ” à “ nous sommes prêts à payer ”, (… à) “ nous voulons sécuriser des stocks ” parce qu’il y a très peu de stocks dans le monde », a noté M. Cataford.

Côté écologique, on repassera, estime cependant la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine. « Allez voir le rapport du BAPE sur le projet d’agrandissement de la mine du Lac Bloom », lance son porte-parole, Ugo Lapointe, au bout du fil.

Minerai de fer Québec (MFQ), la filiale de Champion Iron qui exploite la mine du Lac Bloom, tente d’obtenir un permis pour agrandir son parc de stockage de résidus miniers et stériles afin d’augmenter sa production. Son projet initial aurait eu pour conséquence de détruire plusieurs lacs.

Le rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) publié en février conclut que MFQ a écarté des solutions de rechange qui auraient moins d’impacts écologiques et recommande que le projet ne soit pas approuvé tel que présenté.

« Pour nous, l’enjeu environnemental numéro un du secteur minier, ce n’est pas forcément les gaz à effet de serre, c’est vraiment les résidus miniers, les déchets miniers et les enjeux de pollution de l’eau associés à ces déchets-là », a résumé M. Lapointe lors d’une conversation avec La Presse Canadienne.

Le cours de l’action de Champion Iron reculait de 18 cents à 6,16 $ vendredi en milieu d’après-midi. Les analystes attendaient en moyenne des résultats supérieurs, soit des revenus de 408,6 millions et un bénéfice ajusté par action de 34 cents, selon les prévisions recueillies par le site d’information financière Refinitiv.

Précision :
Ceci est une version corrigée d’une dépêche de La Presse Canadienne transmise le 27 mai 2021. La version d’origine indiquait que Champion Iron souhaitait augmenter sa production à 15 milliards de tonnes. Il aurait plutôt fallu lire que l’entreprise souhaite extraire 15 millions de tonnes.