Estimant que l’offensive de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) visant à acquérir l’Américaine Kansas City Southern (KCS) est trop risquée, l’un des principaux actionnaires de l’entreprise montréalaise estime qu’elle doit y renoncer.

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Par l’entremise d’une lettre ouverte publiée mardi, TCI Fund Managament, le cinquième actionnaire en importance du CN avec une participation d’environ 3 %, estime qu’il serait « irresponsable » pour l’entreprise de continuer à aller de l’avant avec sa proposition de 33,7 milliards US en raison des obstacles réglementaires.

Le fonds londonien est également le plus important actionnaire du Canadien Pacifique (CP), qui convoite également le transporteur ferroviaire américain, avec qui il avait préalablement conclu une entente de 25 milliards avant de voir son rival renchérir le mois dernier.

Les actifs ferroviaires de KCS au Mexique font de l’entreprise une cible de rachat enviable. Les deux chemins de fer canadiens souhaitent chacun être propriétaire d’un réseau qui traverse les États-Unis pour se rendre au Mexique.

Toutefois, le CN doit convaincre le Surface Transportation Board (STB) – l’organisme de réglementation américain qui régit les fusions des chemins de fer – de mettre sur pied une fiducie de vote pendant que la transaction est examinée par les autorités réglementaires.

« Il est maintenant clair que le CN devrait cesser de convoiter KCS à moins que l’accord ne soit modifié afin qu’il ne soit pas subordonné à la mise en place d’une fiducie », fait valoir TCI dans sa missive.

Le plus important transporteur ferroviaire au pays doit verser 1 milliard à KCS si le STB refuse sa demande visant à créer une fiducie de vote. Le transporteur ferroviaire établi à Montréal a également accepté de payer la facture des frais de résiliation estimée à 700 millions $ US si KCS met fin à son entente avec le CP.

Lundi, le CN s’était heurté au STB, qui avait rejeté sa demande visant à mettre en place une fiducie de vote. Le régulateur américain avait expliqué ne pas pouvoir encore se pencher sur le plan de la compagnie puisqu’il ne comportait pas d’accord détaillé sur le regroupement proposé. Le STB a également indiqué que la transaction proposée entre KCS et le CN serait examinée en vertu des règles adoptées en 2001 et qui sont plus strictes.

« Le STB a envoyé un signal clair et le conseil d’administration du CN a le devoir d’écouter, a souligné TCI. Le risque que la fiducie de vote ne soit pas approuvée est trop important pour être ignoré. »

Dans une déclaration envoyée par courriel, le transporteur ferroviaire montréalais a indiqué qu’il « accueillait favorablement les commentaires constructifs de ses actionnaires » en ajoutant qu’il continuait à échanger avec le STB à propos de la fiducie de vote.