Après avoir occupé différentes fonctions au sein de l’entreprise, dont celle de chef de la direction financière, Rémi Lalonde est depuis maintenant une semaine le nouveau PDG de Produits forestiers Résolu. Il s’est donné pour mission de poursuivre la transformation de l’entreprise et de développer la plateforme industrielle de l’avenir, mais avec un futur incertain pour les usines de papier journal d’Amos et de Baie-Comeau, fermées depuis près d’un an en raison de l’effondrement de la demande de papier journal.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

La chute de la demande mondiale de papier journal se poursuit, et elle vous a forcé à fermer, il y a un an, deux de vos usines, à Amos et à Baie-Comeau. Quel est l’avenir de ces deux gros actifs industriels ?

J’ai débuté chez Résolu en 2009 et depuis 10 ans maintenant, la demande pour le papier journal a chuté de près de 75 %. Depuis le début de la pandémie, on a enregistré une nouvelle chute de 30 % de la demande, et c’est la raison pour laquelle on a dû ajuster nos capacités de production, ce qui a entraîné la fermeture des usines d’Amos et de Baie-Comeau, qui employaient chacune plus ou moins 400 personnes.

On est conscients du rôle économique que l’on joue dans les communautés, mais il n’y a pas une panoplie de solutions.

Il n’y a pas moyen de transformer ces usines pour y fabriquer d’autres types de produits, comme l’a fait Kruger avec certaines de ses installations ?

On n’a pas encore pris de décision sur une relance de ces usines. Mais une chose est certaine, la production de papier journal est terminée. C’est comme si la crise de la pandémie venait d’accélérer l’obsolescence des journaux. On ne voit pas de reprise de la demande.

On a déjà eu une quinzaine d’usines de papier journal, et maintenant, on n’en a plus que trois, dont deux au Québec, à Clermont et à Gatineau, et une à Thunder Bay.

Au cours de la dernière année, on a dépensé 20 millions pour assurer la maintenance de nos usines fermées à Amos et à Baie-Comeau.

Il ne serait pas plus avantageux d’investir dans la transformation de ces usines pour reprendre une production industrielle plutôt que de dépenser pour seulement les maintenir en vie ?

On travaille avec les comités de relance pour voir ce que l’on pourrait faire, mais nous, on ne voit pas pour l’instant de solution. Transformer une usine de papier journal en usine de carton ou de papier tissu nécessite des investissements de 200 millions.

Le problème, c’est qu’il n’y a pas de marché à proximité pour une usine de papier tissu, les coûts de transport sont trop élevés. Pour la transformer en usine de carton, il faut avoir une usine de pâte kraft pour la faire fonctionner, et là encore, on a de gros problèmes de logistique.

Est-ce que vous pourriez demander de l’aide au gouvernement québécois, comme Kruger vient de le faire à Trois-Rivières et à Brompton ?

L’objectif est de poursuivre la transformation de l’entreprise et de l’amener dans des secteurs porteurs, mais il faut le faire avec des projets viables. Si on voit qu’il y a du potentiel, on va le faire.

Délaissons un peu les activités où ça va mal pour discuter un peu de celles où ça va bien, le bois d’œuvre. Vos scieries opèrent au maximum de leur capacité et les prix sont au zénith. Est-ce que cette conjoncture favorable est là pour durer ?

Les prix du bois d’œuvre sont présentement au-dessus des 1000 $ US le mille pieds-planche, contre 400 $US il y a un an, c’est du jamais-vu. Et ce contexte de prix favorable va durer encore pour un bon bout de temps. Le télétravail a amené les gens à améliorer leur milieu de vie en réalisant des rénovations.

Beaucoup de travailleurs ont aussi décidé de quitter la ville, ce qui provoque un changement dans la structure de l’offre et de la demande. Ajoutez à cela le fait qu’il s’est bâti beaucoup moins de nouvelles maisons aux États-Unis dans les 10 dernières années que la norme historique.

Il y a donc du rattrapage aux États-Unis, et c’est la raison pour laquelle on a acheté trois scieries dans le sud-est des États-Unis l’an dernier qui vont ajouter 500 000 pieds-planche à notre production annuelle de 2 milliards de pieds-planche.

Et ces 500 000 pieds-planche additionnels vont être libres de droits compensateurs, ça doit aider, ça aussi ?

Oui, les droits punitifs que nous a imposés le département du Commerce des États-Unis font mal et sont surtout totalement injustifiés.

On est l’entreprise canadienne à qui on a imposé les plus gros droits punitifs, soit 21,2 %, contre 10 % pour des concurrents qui sont sur le même territoire de coupe. Depuis 2017, ce sont plus de 250 millions US qui nous ont été imposés par le département du Commerce. On souhaite vraiment qu’une entente négociée vienne mettre fin à ce litige.

Ce n’est pas seulement le département du Commerce des États-Unis qui juge que vous bénéficiez de droits de coupe trop avantageux. Beaucoup de citoyens québécois estiment que votre accès aux terres publiques pour récolter de la ressource devrait être beaucoup mieux encadré. Qu’est-ce que vous leur répondez ?

On récolte le bois sur les terres publiques. La limite nordique a été reculée de façon importante, essentiellement pour protéger le caribou forestier.

Nous, on récolte sur les territoires où le bois est disponible, et contrairement à ce que plusieurs avancent, on paie la fibre à un coût très élevé au Québec. C’est sûr que lorsqu’on se rapproche des aires de villégiature, les gens le voient davantage. Mais la valeur économique perdue si on ne récoltait pas le bois serait plus grande.

L’industrie forestière a généré des revenus de 41 milliards en 2019 et elle est responsable de 140 000 emplois directs et indirects au Québec. On utilise de la ressource renouvelable et on contribue à la régénération des forêts matures qui sont des puits de carbone.