Pour se sortir du pétrin et réduire son exposition au risque, SNC-Lavalin vient de donner suite à une série d’engagements qu’elle avait pris il y a 18 mois – au plus fort de sa descente aux enfers – en annonçant la vente de ses activités dans le secteur pétrolier et gazier et en prenant de nouvelles provisions sur ses projets d’ingénierie clés en main déficitaires. Un recentrage et une décarbonisation qui devraient améliorer le bilan de l’entreprise montréalaise.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

SNC-Lavalin a confirmé mardi matin qu’elle avait trouvé un repreneur pour les activités de son secteur Pétrole et gaz, l’entreprise Kentech, qui met aussi la main sur les contrats de construction clés en main (CMPF) qui sont toujours en voie d’exécution.

Ian Edwards, PDG de SNC-Lavalin, réalise donc la promesse qu’il a faite en juillet 2019 lorsqu’il a dit souhaiter que l’entreprise quitte ce secteur d’activité dans lequel elle était devenue omniprésente depuis l’acquisition de la société britannique Kentz, en 2014.

L’acquisition de Kentz avait été présentée par le PDG de l’époque, Robert Card, comme une étape transformationnelle pour SNC-Lavalin, puisque l’entreprise élargissait son empreinte pour devenir un acteur d’envergure mondiale dans le secteur pétrolier et gazier.

En réalisant cette acquisition au prix de 2,1 milliards, SNC-Lavalin mettait la main sur une force de 15 500 employés répartis dans 36 pays et haussait de 5000 à 20 000 ses effectifs de la division Pétrole et gaz de son secteur Ressources naturelles. Les activités pétrolières et gazières, qui généraient 9 % des revenus totaux de l’entreprise, ont subitement explosé pour représenter 40 % du chiffre d’affaires annuel du groupe d’ingénierie.

La chute des prix du pétrole combinée aux tensions diplomatiques grandissantes entre le Canada et l’Arabie saoudite – où travaillaient 6000 employés de SNC-Lavalin – ont fait chuter les revenus et la profitabilité de l’entreprise et accélérer la déchéance de sa crédibilité, déjà fort bien entachée par les problèmes éthiques et juridico-politiques liés au scandale de corruption en Libye.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

À l’heure où l’économie mondiale est en plein processus de décarbonisation et que le mouvement vers les énergies renouvelables s’accélère, la forte présence de SNC-Lavalin dans le secteur du pétrole et du gaz apparaissait aux yeux de plusieurs comme anachronique.

L’action de SNC-Lavalin, qui s’échangeait à plus de 60 $ en juillet 2018, a soudainement chuté sous les 20 $ un an plus tard…

En quelques mots, SNC-Lavalin, qui tentait de redorer son blason pour ne pas être exclue des appels d’offres sur les travaux d’infrastructures au Canada, n’avait pas besoin de s’engluer davantage dans un secteur aux perspectives de moins en moins prometteuses.

Le virage de la décarbonisation

En juillet 2019, SNC-Lavalin a donc décidé de faire une croix sur ses activités dans le secteur du pétrole et du gaz au moment même où l’entreprise comptabilisait une perte de 1,9 milliard liée à ces actifs qui ne cadrent plus avec sa volonté de revenir à ses activités d’origine, qui sont les services d’ingénierie.

Mardi, SNC-Lavalin a donc confirmé sa sortie du secteur pétrolier et a aussi annoncé qu’elle allait prendre une série de charges financières sur les contrats de construction clés en main dans lesquels elle est toujours impliquée.

Ce nouveau nettoyage des activités et du bilan à venir de SNC-Lavalin a été très bien accueilli, puisque la valeur de son action s’est appréciée de 11 % à la Bourse de Toronto durant la séance de mardi, pour clôturer à 25,31 $, son plus haut niveau des 10 derniers mois.

À l’heure où l’économie mondiale est en plein processus de décarbonisation et que le mouvement vers les énergies renouvelables s’accélère, la forte présence de SNC-Lavalin dans le secteur du pétrole et du gaz apparaissait aux yeux de plusieurs comme anachronique.

La Caisse de dépôt, actionnaire principal de SNC-Lavalin, qui clame sur toutes les tribunes son indéfectible engagement d’investisseur socialement responsable, doit sûrement voir d’un bon œil cette réorientation stratégique davantage inscrite dans la perspective du développement durable.

Dans une entrevue qu’il m’a récemment accordée, le PDG Ian Edwards m’expliquait que l’avenir de SNC-Lavalin devait s’articuler de façon prioritaire autour des activités d’ingénierie pure, de conception et de gestion de travaux, des infrastructures, du nucléaire et des ressources naturelles.

Or, justement, en cette époque de quête incessante d’énergies renouvelables, les activités dans le secteur du nucléaire s’annoncent abondantes au Canada et ailleurs dans le monde, alors que la remise à neuf de dizaines de centrales nucléaires existantes sera nécessaire et urgente au cours des prochaines années.

Seulement en Ontario, les travaux de carénage de plusieurs centrales nucléaires vont nécessiter des milliards d’investissements, et SNC-Lavalin est bien placée pour devenir le maître d’œuvre de la majorité de ces projets si les autorités décident d’aller de l’avant et de prolonger la vie de ces centrales électriques. Le nucléaire, c’est moins sympathique que le solaire ou l’éolien, mais c’est quand même mieux que le pétrole et le gaz.