Les premières ondes de choc économique provoquées par la pandémie ont frappé dans les résultats du Mouvement Desjardins pour son premier trimestre.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Et les prochains trimestres s’annoncent aussi tumultueux, anticipent ses hauts dirigeants, tant que les perspectives économiques ne reprendront pas du mieux.

« Nos prévisions économiques démontrent que les deuxième et troisième trimestres vont demeurer difficiles. On voit une certaine reprise à la fin de l’année 2020 et au début de l’année 2021, mais certainement pas aux niveaux atteints en 2018 et en 2019 », a indiqué Guy Cormier, président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, lors de la téléconférence de presse des résultats du trimestre terminé le 31 mars.

Parmi les faits saillants de ces résultats, Desjardins affiche des revenus totaux en baisse de 16 %, à 4,7 milliards, par rapport à 5,6 milliards pour le trimestre correspondant un an plus tôt.

Aussi, les excédents du premier trimestre ont été amputés de près d’un tiers (- 29 %), à seulement 285 millions, par rapport à 401 millions un an plus tôt.

Une telle chute des excédents est surtout attribuable à l’augmentation substantielle de la « provision pour pertes de crédit » comptabilisée par Desjardins en fin de trimestre, afin de parer au risque de détérioration de la situation financière de ses clients-emprunteurs au cours des prochains mois.

À cet égard, Desjardins a comptabilisé une provision de 324 millions au premier trimestre, un montant presque trois fois plus élevé que celui qui avait été inscrit pour le trimestre comparable un an plus tôt.

« Parmi les principaux déterminants de la provision de pertes de crédit que nous comptabilisons à chaque trimestre, il y a notamment les scénarios économiques à court et moyen termes. Or, les scénarios que nous avons utilisés à la fin du premier trimestre étaient beaucoup plus pessimistes que ceux utilisés à pareille date l’an dernier », a indiqué Alain Leprohon, premier vice-président aux finances et à la trésorerie au Mouvement Desjardins.

Quant au risque de crédit plus spécifique dans les prêts aux entreprises, le président Guy Cormier a souligné que « l’hôtellerie, la restauration, les loisirs et les sports sont des secteurs sous pression ».

Aussi, Desjardins n’observe pas encore de disparités du risque de crédit entre les entreprises établies dans la région de Montréal, où le déconfinement se fait attendre, et le reste de la province déjà en réouverture progressive.

Résultats sectoriels

Parmi ses principaux secteurs d’activité, Desjardins rapporte une baisse des excédents de 37 %, à 213 millions, dans le secteur des « Particuliers et entreprises » au premier trimestre, alors que son secteur de « Gestion de patrimoine et assurance de personnes » a basculé en déficit de 41 millions contre un excédent de 133 millions un an plus tôt.

Parmi les principaux facteurs négatifs en assurance, les hauts dirigeants de Desjardins ont fait état de la comptabilisation d’une provision spéciale de 175 millions pour les « pertes anticipées dans l’assurance-voyage » en conséquence des nombreuses annulations provoquées par la crise sanitaire de pandémie.

En contrepartie, dans le secteur de « l’Assurance de dommages », Desjardins rapporte un excédent de 73 millions à son premier trimestre comparativement à un déficit de 81 millions comptabilisé un an plus tôt.

Malgré ses résultats à court terme affectés par la crise de la COVID-19, le président Guy Cormier a tenu à affirmer que « le Mouvement Desjardins demeure en mesure de continuer de prendre des actions afin de supporter ses membres-clients et l’économie québécoise vers la reprise ».

D’une part, « avec 75 % de son bilan en prêts hypothécaires et personnels, Desjardins est moins exposé que les banques concurrentes au secteur des prêts aux entreprises qui pourraient être plus affectées par les difficultés économiques ».

D’autre part, a expliqué M. Cormier, le Mouvement Desjardins dispose d’un « coussin financier très adéquat » de 25 milliards en capital de base, ainsi que d’une gestion des liquidités « bien stabilisée » avec l’assistance de la Banque du Canada aux institutions financières.