Pour la première fois en près de 30 ans, les supermarchés québécois ont l’ordre de rester fermés un dimanche qui n’est pas férié. Une mesure gouvernementale qui ne semble pas avoir suscité de ruée samedi.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

« Je m’attendais à ce qu’il y ait une file épouvantable dehors : c’est pareil qu’hier ou jeudi », a indiqué Sandra Deschênes, propriétaire du IGA Deschênes à Québec, samedi après-midi. Le nombre de clients étant limité à 50 à la fois, des files se sont formées par moment durant la journée, mais pas davantage que les jours précédents, dit-elle.

Même constat chez Pasquier, un supermarché indépendant de 90 000 pieds carrés à Saint-Jean-sur-Richelieu « L’achalandage n’est pas plus élevé qu’un autre jour », témoigne la directrice de magasin, Annie Paquette. Les habitudes de magasinage avaient déjà changé avec le confinement, précise-t-elle. Bien qu’une petite pointe demeure les jeudis et vendredis, une partie de la fréquentation s’est déplacée les lundis, mardis et mercredis. Et l’habitude de faire ses emplettes « à l’européenne », en faisant des achats chaque jour, a disparu. « Les clients sont moins nombreux en magasin, mais le coût par panier a augmenté énormément. »

La fermeture des supermarchés durant tous les dimanches d’avril, annoncée par le premier ministre François Legault lundi, est du jamais-vu pour beaucoup de consommateurs québécois. Le changement à la loi qui a permis l’ouverture de ces commerces le dimanche remonte en effet à décembre 1992, il y a près de 28 ans. Le seul dimanche où ils sont obligés de rester fermés est celui de Pâques.

L’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ) aurait d’ailleurs préféré que la mesure s’applique seulement à partir de dimanche prochain, le 12 avril, alors que les supermarchés allaient de toute façon être fermés pour Pâques.

« Mais on regarde en avant, on a préparé nos équipes en fonction d’aujourd’hui », a assuré le porte-parole de l’ADAQ, Stéphane Lacasse, samedi.

Des marchands ont fait rentrer 10 à 15 % plus de personnel en prévision des clients qui attendaient déjà avant l’ouverture, à 8 h du matin. « Et vendredi aussi après la fermeture, pour que les frigos et les comptoirs soient pleins, pour que les gens puissent avoir leurs produits le plus rapidement possible. »

« On veut que les employés prennent du repos », a expliqué François Legault en annonçant cette fermeture du dimanche. Et les patrons ? Sandra Deschênes compte en profiter pour « mettre de l’affichage, changer les batteries des caisses, désinfecter les bacs de livraison » pendant qu’il n’y a personne dans le magasin. « Déjà, être dans le confort de son foyer… Je vais peut-être cuisiner », rêve Annie Paquette.