Alimentation Couche-Tard risque de savoir bientôt si elle a un rival digne de ce nom dans sa quête pour acquérir Caltex, et si l’entreprise australienne accepte ou non sa dernière proposition.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Le choix des mots utilisés par Couche-Tard cette semaine dans le communiqué précisant son projet d’acquisition – « prix d’offre optimal et final » – vise à pousser tout prétendant sérieux à se manifester.

C’est ce que croit Irene Nattel, chez RBC. Cette analyste voit aussi ce dernier développement comme une façon de forcer un dénouement, alors que la chaîne de dépanneurs américaine Speedway représente aussi une occasion d’achat dans le marché à ne pas rater.

Filiale de la pétrolière américaine Marathon, Speedway est une des plus grandes chaînes de dépanneurs et de stations d’essence aux États-Unis. Marathon envisagerait de vendre Speedway.

Compte tenu des sommes en jeu, si Couche-Tard devait se porter acquéreur de Speedway, cela écarterait clairement une acquisition de Caltex, affirme Peter Sklar, de la BMO, dans une note publiée jeudi.

Je présume que le conseil d’administration de Caltex doit répondre à Couche-Tard à l’intérieur d’un certain délai.

Irene Nattel, dans une note également publiée jeudi

La formulation « prix d’offre optimal et final » utilisée par Couche-Tard a des conséquences en vertu de la réglementation en vigueur en Australie en matière de prise de contrôle, ajoute l’analyste.

Les mots « prix d’offre optimal et final » disent ce qu’ils ont à dire. « Mais ils sont encore plus lourds de sens dans ce cas-ci, car les règles australiennes empêchent Couche-Tard de bonifier son offre pour une période d’environ un an, bien qu’il soit précisé par Couche-Tard qu’il s’agit d’un prix d’offre optimal et final en l’absence d’une proposition concurrente », souligne-t-elle.

Un rival potentiel ?

Le nom de la britannique EG Group, notamment, circule depuis quelques semaines comme prétendant potentiel pour Caltex.

Il y a trois scénarios possibles, note Michael Van Aelst, de la TD. « Caltex accepte l’offre de Couche-Tard, il la rejette, ou une offre concurrente émerge provoquant une surenchère », dit-il.

« Bien que je comprenne l’importance stratégique de Caltex, je préférerais voir Couche-Tard acquérir Speedway en raison des synergies plus grandes à réaliser. »

Couche-Tard a offert mercredi à Caltex de l’acheter en lui présentant un prix supérieur de 2 % à son offre précédente.

« Même si c’est seulement une bonification de 2 %, ça semble très attrayant », affirme Michael Simotas, chez Jefferies. Car les choses ont beaucoup changé depuis la première offre de Couche-Tard à l’automne, explique-t-il. « Les marges de raffinage ne sont pas ce qu’on espérait, la concurrence est plus féroce, et Caltex a fait savoir qu’elle perdait accès à sa marque. »

« Cette proposition révisée représente une prime très intéressante pour les actionnaires de Caltex, ainsi qu’une certitude immédiate de valeur », affirme le patron de Couche-Tard, Brian Hannasch, dans un communiqué.

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« Nous considérons depuis longtemps la région de l’Asie-Pacifique comme un marché stratégique pour la croissance future. Nous demeurons déterminés à acheter intégralement Caltex, car nous voyons en celle-ci une occasion de mettre à profit notre savoir-faire opérationnel et notre expertise à l’échelle mondiale pour soutenir et développer Caltex », ajoute le PDG.

Si Couche-Tard parvient à acquérir Caltex, il est possible que l’entreprise de Laval décide de vendre certains de ses actifs, notamment ses activités de carburant et infrastructures qui génèrent environ 66 % des bénéfices de Caltex.

Couche-Tard a formé l’an passé un consortium avec des partenaires (IFM Investors et Trafigura) pour tenter d’acquérir Caltex, selon des médias australiens. Couche-Tard aurait conservé les magasins de détail et laissé les autres actifs à ses partenaires (raffinerie, réseau de distribution, etc.). L’idée du groupe aurait finalement avorté en raison de divergences sur la valeur des actifs, et Couche-Tard a décidé de procéder en solo. Les observateurs estiment que ce projet est toutefois révélateur des intentions de Couche-Tard.

Mercredi, un grand quotidien australien a révélé que l’investisseur institutionnel new-yorkais Global Infrastructure Partners (GIC) s’intéressait à certains actifs de Caltex, mais pas à sa raffinerie de Brisbane. Appelée à réagir, la direction de GIC a simplement fait savoir qu’elle ne commentait pas la spéculation des marchés.