Le détaillant de lingerie La Senza, originaire de Sherbrooke, serait incapable de payer ses créanciers et pourrait être poussé à la faillite, selon des médias américains.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Un certain nombre de créanciers de la chaîne de magasins ont réclamé qu’elle se place sous la protection du chapitre 7 de la loi américaine sur la faillite, ont révélé lundi les publications spécialisées Retail Dive et WWD. Selon des documents déposés auprès d’un tribunal au Delaware, les créances totaliseraient 9,3 millions US, écrivent-ils.

Le chapitre 7 de la loi prévoit que l’entreprise cesse toute activité et que ses actifs soient vendus afin de rembourser les créanciers. Ce processus diffère de celui prévu par le chapitre 11, qui suppose plutôt une restructuration des activités, sous la supervision du tribunal.

Selon son site web, La Senza exploite 118 boutiques au Canada, 12 aux États-Unis et plus d’une centaine ailleurs dans le monde, principalement au Moyen-Orient, mais aussi au Venezuela, entre autres.

Depuis 2018, La Senza appartient au fonds d’investissement privé Regent.

Il n’a pas été possible d’obtenir lundi après-midi les commentaires de l’entreprise au sujet de la démarche de ses créanciers.

Sœur de Victoria’s pendant 12 ans

Auparavant, le destin de l’entreprise fondée à Sherbrooke en 1966 était dirigé par le géant L Brands, connu mondialement pour sa marque Victoria’s Secret.

Lors de la transaction de 2018, les ventes de La Senza étaient « en décroissance », selon Retail Dive. Peu de temps après, le détaillant a commencé à accuser des retards de paiement, selon les documents déposés en cour.

En 2006, quand la société mère de Victoria’s Secret a mis la main sur La Senza pour 710 millions, cette dernière était cotée à la Bourse de Toronto et la croissance était au rendez-vous. Le géant américain estimait que le potentiel de la marque était encore grand et souhaitait en outre profiter de son expertise à l’international.

L’enseigne québécoise possédait alors 318 points de vente au Canada, en plus de 327 boutiques dans 34 autres pays.

Dans les années qui ont suivi, le siège social de Dorval a été fermé (en 2012) et la gestion de la chaîne a été transférée à Columbus, en Ohio.

L’enseigne Victoria’s Secret a pour sa part migré au nord de la frontière canado-américaine. Mais d’ambitieux projets d’expansion devant se concrétiser en 2016 ont été abandonnés en raison de la faiblesse du huard.

En 2018, la boutique phare de La Senza rue Sainte-Catherine, au centre-ville de Montréal, a fermé ses portes. Sa grande sœur Victoria’s Secret éprouvait elle aussi des difficultés.

Depuis un an, le titre de L Brands est passé d’environ 27 $ US à 20 $ US, un recul de quelque 26 %. Sur cinq ans, la dégringolade est encore plus sévère : près de 80 % (de 92 $ US à 20 $ US).