Le détaillant d’équipement de plein air MEC (Mountain Equipment Co-op) a montré la porte dimanche à plusieurs de ses employés des magasins de Montréal, Longueuil, Laval et Québec. Un groupe d’employés dénonce le manque de transparence dans les critères de licenciement, tandis que le chef de la direction Phil Arrata est heureux d’annoncer qu’il convertit des postes occasionnels en postes à temps plein et partiel. La coop enregistrait une perte nette de 11,49 millions pour l’exercice clos le 24 février 2019.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

Les 2400 employés des 22 magasins MEC à travers le Canada ont été convoqués le dimanche 19 janvier pour une rencontre avec leur employeur. Certains employés ont appris qu’ils étaient licenciés, tandis que d’autres se sont vu offrir un poste à temps plein ou partiel avec des avantages sociaux.

Selon Phil Arrata, 159 postes ont été supprimés et 153 postes ont été créés au Québec. « On est très contents, dit-il en entrevue téléphonique avec La Presse. Notre taux de roulement pour les employés occasionnels était de 80 %. On veut des employés à plus long terme qui vont améliorer leur connaissance des produits. »

Parmi les employés licenciés, certains travaillaient pour la coopérative depuis des années. Ils tentent de comprendre quels étaient les critères de sélection pour les licenciements et les offres de postes.

« Je travaillais seulement 4 heures par semaine à cause de mes études. Je ne sais pas pourquoi on m’a offert un poste à temps partiel de 15 heures avec des avantages sociaux, explique au téléphone une ex-employée du MEC à Montréal qui préfère ne pas être identifiée. Comme je n’ai pas pu accepter le statut, ils m’ont donné deux mois de salaire. »

« Je suis abasourdie  ! s’exclame une employée du MEC de Montréal qui travaillait depuis six ans à temps plein. Personne ne m’a dit pourquoi j’avais été renvoyée. On m’a seulement donné un numéro de téléphone. Je suis arrivée ici avec plein d’amour pour la coop, je suis membre depuis 1991, je m’attendais à avoir des valeurs plus humaines, plus alignées avec une coop. Ce n’est pas le cas. »

La jeune femme souhaite garder l’anonymat, car elle ne veut pas nuire à ses chances d’embauche chez un nouvel employeur. Tout comme un autre employé de MEC à Longueuil, très impliqué dans la coopérative, qui faisait même partie d’un comité de résolution de problèmes. « Trois des quatre membres du comité ont été renvoyés. Est-ce que l’employeur pensait qu’on voulait créer un syndicat  ? s’interroge-t-il au téléphone. Je ne comprends pas pourquoi ils ont gardé une employée qui était là depuis seulement deux semaines et renvoyé les plus anciens. »

Gaël Deguire, employé de MEC à Montréal, considère que les licenciements se sont faits d’une façon cavalière. « Ç’a été très sec. On nous a divisés en sous-groupe. Ça a duré une minute. On ne nous a donné aucune information sur la restructuration en question. La coop se targue d’être transparente, mais elle ne l’est pas. »

Quels critères ?

Questionné sur les critères de licenciement, Phil Arrata, chef de la direction de Mountain Equipment Co-op, a expliqué à La Presse au téléphone que son rôle au sein de la coop ne lui permettait pas de connaître chacun des employés.

« On ne me parle pas des détails concernant les individus, alors je ne veux pas entrer là-dedans, dit-il. On a un processus par lequel on évalue la performance de nos employés. Quand on a ajouté les postes à temps plein et à temps partiel, on a regardé les évaluations et les besoins de chaque magasin. »

Phil Arrata confirme qu’il y aura prochainement des embauches d’employés saisonniers et que les gens licenciés pourraient être réembauchés.

« Le printemps, c’est une période où on est occupés, où nos membres se préparent pour l’été. Il y a une augmentation des ventes, alors on ajoute des employés saisonniers pour nous aider. »

Restructuration

L’ancien chef des finances de Best Buy Canada, qui s’est joint à MEC à l’été 2019, doit équilibrer les finances de la coop. Elle enregistrait une perte nette de 11,49 millions pour l’exercice clos le 24 février 2019 par rapport à un bénéfice net de 11,75 millions pour l’exercice précédent.

Début janvier 2020, un médiateur a imposé une première convention collective avec des hausses salariales pour les employés nouvellement syndiqués de Vancouver et de Victoria. La direction de MEC a décidé d’offrir cette même augmentation salariale à tous les employés à travers le Canada, syndiqués ou non.

L’entreprise a réduit les coûts annuels des dépenses technologiques et cherche à sous-louer les bureaux de son siège social, car elle compte déménager dans un autre espace. Phil Arrata affirme qu’il a aussi revu la quantité de stocks. Les produits pour animaux seront éliminés, ceux pour le yoga, diminués tandis que l’offre pour l’escalade augmentera.

« C’est un projet qu’on a commencé, mais qui va prendre un peu de temps avant qu’on voie l’impact dans les magasins », conclut-il.